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Criminalisation des séropositifs

Mensonges et manoeuvres des vautours de la criminalisation du VIH : Fight AIDS, not people with AIDS

9 novembre 2004 (lemegalodon.net)

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Condoléances à la famille d’Aurore

L’émission de radio Maghreb-Afrique Survivre au sida présente ses condoléances à la famille d’Aurore, 24 ans [1].

Aurore était une partie civile dans le procès en appel de Christophe M., condamné à six ans de prison pour avoir transmis le VIH [2].

Le taux de suicide est surélevé chez les séropositifs, quel que soit le mode de contamination. Cela en dit long sur l’injustice de la maladie.

Appel à la décence et à la dignité

C’est une nouvelle dramatique, et évidemment le procès a été reporté.

Nous aurions souhaité nous en tenir à ces condoléances. Malheureusement, une petite association a publié un communiqué qui tente de se servir de ce décès pour avancer la cause de la criminalisation [3].

Nous ne savons pas si cette association, qui prétend travailler de manière rapprochée avec Femmes positives [4] et l’avocat des parties civiles, Pascal Bernhard, s’est concertée avant de rendre publique sa position.

L’émission de radio Maghreb-Afrique Survivre au Sida dénonce ceux et celles qui, sur le registre de l’émotion et la charge émotive autour de cette question, militent pour la criminalisation de la transmission du VIH.

Une instrumentalisation de cette mort tragique est indigne et jette la honte et le discrédit sur ceux qui utilisent de tels procédés pour tenter de faire avancer leur cause.

- Survivre au sida demande à cette association de retirer immédiatement son communiqué, et de s’excuser publiquement de son indécence.

- Survivre au sida appelle les associations, les médias et les avocats à prendre leurs responsabilités et à réfléchir aux conséquences de la frénésie autour de ce drame.

Quelques réactions des auditeurs face à l’instrumentalisation de ce décès

Les auditeurs n’ont pas tardé à réagir, voici le point de vue de trois d’entre eux.

Face à la nouvelle du décès, notre dégoût pour toute manipulation de ce fait dramatique semble être partagé :

Quelle est cette association "vautour" ? Je pense que ce n’est pas le moment de polémiquer ni de faire une quelconque récupération...quelle qu"elle soit... Respectons la mémoire d’Aurore et laissons sa famille faire son deuil... Et puis, attendons les résultats de l’enquête.

Chaque personne réagit différement à sa contamination. En témoigne ce message d’une femme séropo, qui refuse les facilités de la culpabilisation du contaminateur :

En tant que séropositive, je joins mon indignation à celle des auteurs. Il me paraîtrait particulièrement incongru et honteux d’intenter un procès à la personne qui m’a contaminée, bien que je connaisse parfaitement son identité. Les séropositifs n’ont pas besoin d’être culpabilisés, mais soutenus et aidés. Gardons-nous bien de devenir procéduriers, cette attitude est indigne, cupide et déresponsabilisante.

Enfin, d’autres auditeurs y ont vu l’occasion de donner leur point de vue sur ceux qui voudraient pousser les séropositifs devant les tribunaux :

Il n’y a pas que le SIDA. En effet, le cancer du col de l’uterus est favorisé par un virus (HPV). Ce virus se transmet par le sexe, c’est une maladie sexuellement transmissible. Alors, imaginez le nombre d’hommes qui vont passer aux tribunaux, pour avoir refilé un cancer à leur copine ou à leur femme. Hé hé, les avocats vont pouvoir se frotter les mains. Sinon tenez bon, le SIDA, c’est comme le fachisme, on finira par avoir sa peau.

En déclinant notre invitation à s’exprimer sur leur communiqué, les partisans de la criminalisation semblent refuser le débat qu’ils prétendent appeler de leurs vœux !

J’ai contacté ce matin l’association qui a publié ce communiqué indécent. J’espèrais qu’ils reconnaîtraient leur erreur et s’excuserait. Au contraire, Olivier, membre de cette association, m’a déclaré qu’il ne « serait pas logique » de nous répondre, car nous avons jugé le communiqué « indécent ». De plus, il a déploré qu’on les mettent en cause (« c’est pas une façon de travailler »)… Bref, si Olivier répond uniquement aux personnes qui sont d’accord avec lui, quid du débat ?

En tout cas, il n’a rien souhaité rectifier ou mettre au point concernant le décès d’Aurore et l’utilisation qu’en a fait son association, me sommant d’attendre la publication de nouveaux textes de son groupe.

On se doute bien qu’il y a des manoeuvres en coulisse dont les enjeux dépassent le procès de Colmar.

En effet, Olivier m’a déclaré : « on a la même position que AIDES, sauf que nous on dit qu’il faut faire quelque chose, en terme de prévention, ce qu’on demande c’est que les associations se réunissent pour discuter, car il n’est pas possible qu’on continue dans une situation où les procès se multiplient. Nous ne voulons pas de procès… ».

Ce double discours est hypocrite et mensonger : il est intenable de saluer à coup de communiqué le procès de Strasbourg [5], tout en affirmant que l’objectif ne serait pas l’enfermement de séropositifs. Les tribunaux envoient pourtant les gens jugés coupables en prison, pas ailleurs !

Ce rapprochement avec AIDES est un élément nouveau du discours tenu par cette association jusqu’ici, mais la géométrie variable s’expliquerait-elle par une appréciation opportuniste du rapport de force ? Quels sont les objectifs réels de cette association en réclamant une répression accrue contre les séropositifs contaminateurs, au nom des « victimes » et de la prévention ?

Dans les tractations en cours — dont les séropositifs sont tenus à l’écart — pour décider si le sida sera grande cause nationale en 2005, AIDES, Act Up, Ensemble contre le sida, ARCAT et les autres associations classiques seraient-elles prêtes à accepter la mise au ban de quelques séropositifs pour payer les frais du tournant répressif pris par la société française, dans l’espoir de conserver la place et les privilèges de leurs structures ?

Quoi qu’il en soit, en déclinant notre invitation à s’exprimer sur leur communiqué, ces partisans de la criminalisation semblent refuser le débat qu’ils prétendent appeler de leurs vœux !

Voici les questions auxquelles Olivier a refusé de répondre :

- Quel est le rapport entre le décès d’une des parties civiles et votre remise en cause du principe de la responsabilité partagée ?
- Sur les 5000 contaminations, combien souhaiteriez-vous envoyer en prison ? Un séropositif qui prend un risque sexuel est-il un criminel ? Qu’en est-il de la responsabilité des séronégatifs ?
- En quoi les associations « traditionnelles » de lutte contre le sida ont-elles opposé « la violence de leur déni » sur les contaminations par mensonge et abus de confiance ?
- Envoyer les « mauvais » séropositifs en prison, en quoi cela va-t-il aider la prévention ? Les Etats-Unis enferment les « contaminateurs » et pourtant c’est le pays le plus touché par le sida…
- En acceptant de classer les séropositifs selon le mode de contamination (victimes d’agissements coupables et les autres) entre les bons et les mauvais (une minorité d’irresponsables dangereux !), n’êtes vous pas en train de reproduire les schémas qui, en rendant les « victimes » responsables de leur propre sort, ressemble à ceux que la communauté homosexuelle avait dénoncé au début de l’épidémie ?
- N’est-il pas hypocrite pour vous de dénoncer les associations traditionnelles, alors que vous en êtes directement issus ?
- Votre groupe a déclaré son soutien à l’association Femmes positives, quel est le lien entre les revendications des homosexuels et l’expérience des couples hétéros au sein desquels il y a contamination ?

Quelle place pour les personnes séropositives dans la prévention ?

En toile de fond, au-delà des enjeux inter-associatifs, c’est le sort de tous les séropositifs qui est remis sur le tapis.

En ce qui nous concerne, nous savons que la répression ne permet pas de réguler une épidémie.

La tentation, dans le climat répressif généralisé, est évidente, pour les opportunistes comme pour les « victimes » qu’on tentent d’ériger en égéries du sida. Mais le prix d’une telle stratégie répressive de la « prévention » sera payé par l’ensemble des séropositifs !

Au contraire, nous appelons au respect de la dignité des séropositifs et de la volonté de toutes les familles touchées de vivre et de se soigner, pour l’égalité des droits face à la maladie de toutes les populations sur le front du sida.

Bref, nous réclamons les moyens de cette dignité et de cette volonté. C’est seulement avec ces moyens, la fin de la mort sociale des séropositifs et la prise de conscience des séronégatifs qu’ils n’échappent pas à l’épidémie, que chacun pourra se protéger.

Fight AIDS, not people with AIDS

Notes

[1] Lire Nos condoléances à la famille d’Aurore, 24 ans.

[2] Lire Pourquoi nous refusons l’enfermement de nos contaminateurs.

[3] Lire Avertissement à ceux qui, oubliant toute décence ou dignité, instrumentalisent le décès d’une partie civile pour prôner la criminalisation du VIH.

[4] L’éditorial de Renée Carton, en Une du Quotidien du Médecin du 9 novembre 2004, oppose les revendications de Femmes positives aux principes défendus par l’émission Survivre au sida, lire Suicide et crime. Ce qui est significatif, c’est que le Quotidien a préféré citer nos deux associations, au lieu des associations classiques. Néanmoins, nous affirmons notre solidarité avec les femmes des Femmes positives comme avec toutes les autres personnes concernées par le virus, quel que soit le mode de contamination, et nous leur avons déjà proposé de s’exprimer dans l’émission. Cela dit, nous les avons mis en garde contre la manipulation dont elles pourraient faire l’objet de la frange la plus réactionnaire de la lutte contre le sida, qui visent d’autres objectifs que l’égalité des droits des séropositifs.

[5] Extrait du communiqué du 29 juin 2004 : « C’est parti. Le débat sur la criminalisation des séropositifs dans le cadre de la contamination volontaire du VIH est lancé. Le tribunal correctionnel de Strasbourg vient de condamner un homme à six ans de prison pour avoir sciemment contaminé deux de ses partenaires sexuelles alors qu’il se savait atteint par le virus du sida. » Quand on condamne un séropositif à la prison, il ne s’agit plus d’un simple débat mais bien du passage à la pratique de la criminalisation !