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Charles-Catherine Claude | Christophe Khider | Femmes séropositives | Génération sacrifiée, 20 ans après | Hommage aux disparus | Prisons

Hommage à une combattante (5/8) : Fraternité à perpète, contre les prisons et l’enfermement

22 mars 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : En 2007, Survivre au sida relaie les appels anticarcéraux de Catherine, mobilisée pour les procès de ses fils. Elle a dit ceci : « On ne condamne plus à mort on condamne à vie ce qui nous permet à nous, citoyens, de dormir la conscience bien proprette, sans plus chercher à savoir ce que la prison produit aujourd’hui. Recrudescence des pathologies mentales, des suicides, d’évasions spectaculaires et d’horreurs en tout genre. Aidez-nous à provoquer un vrai débat. » C’est ainsi que Catherine, maman de Christophe Khider, résume l’appel qu’elle ne cesse de lancer depuis toutes les tribunes auxquelles elle accède depuis l’évasion spectaculaire de son fils et d’un autre détenu.

Ben : Par rapport à ce témoignage, heureusement qu’on ne pratique pas la peine de mort. Mais elle pose la question de la récidive et la question des conditions carcérales des détenus et de l’accès aux soins à travers ce témoignage. Effectivement, ça donne bonne conscience lorsqu’on se dit qu’on est dans un pays qui ne pratique pas la peine de mort. Mais il ne faut pas oublier que la France a été condamnée à multiples reprises par rapport à l’état de ces prisons, par l’Union européenne et par l’observatoire des prisons. On est encore à l’époque des prisons napoléoniennes et très peu de prisons sont adaptées à la réinsertion, à une réelle qualité d’accès aux soins. C’est ce qu’elle dénonce à travers son témoignage et l’effet médiatique. Aujourd’hui à l’heure actuelle, si on n’améliore pas les conditions carcérales, ça ne peut qu’engendrer le pire.

Sandra : Ali est-ce que prison à vie et condamnation à mort, est-ce que c’est la même chose selon toi ?

Ali : On ne va pas rentrer dans le pénal. Pour parler des conditions carcérales selon que tu sois condamné à une peine plus ou moins grande, tu fais ta peine de prison dans une maison d’arrêt d’abord et ensuite en central. En l’occurrence, c’est ce qui semble être arrivé aux deux fils de Catherine. Elle a connu ça. Je rebondis sur ce que je disais. Elle a combattu pour les personnes séropositives et les droits des personnes séropositives, mais comme il se trouve que ses enfants ont malheureusement eu des aléas dans leur vie, ils se sont retrouvés derrière les barreaux, elle a eu plusieurs engagements. En l’occurrence le droit des détenus. C’est des terrains sur lesquels il est hyper difficile de se battre, de se faire entendre. Apparemment, elle était quand même pas mal sollicitée, pas mal écoutée. En revanche, en retour dans la société, qu’est-ce qui s’est amélioré dans les prisons concrètement pour les conditions de vie, pour les soins. Si ce n’est pas beau dehors, ça ne doit pas être beau à l’intérieur. Comme il disait Ben, ils disent qu’ils restaurent je ne sais quoi et tout, même pas ils ne rénovent pas les prisons napoléoniennes. Ils en construisent parce que maintenant les prisons ça devient des industries. Quand tu mets du monde en prison, tu les fais travailler à bas prix pour des grosses firmes et ça fait rentrer de l’oseille dans les caisses de l’État. Donc c’est une autre forme d’esclavage moderne. C’est tout ce qu’à dénoncer Catherine et comme j’ai à peu près son âge, la plupart des trucs qu’elle dénonce voilà, moi je ne le faisais pas p’tre à l’époque qu’elle faisait. Mais voilà pour moi c’est une évidence, c’est un constat et voilà.

Ben : Moi je voudrais rajouter une chose. Il y a des années que Catherine dénonce le non-accès aux outils de prévention en milieu carcéral. À l’heure actuelle, on n’a toujours pas de seringues propres ou de programmes d’échange de seringues. L’accès à la substitution c’est encore très dur à l’avoir. Au niveau de l’anonymat par rapport au VIH, parce qu’en prison, lorsqu’on dit qu’on est hépatite C VIH, on est très vite stigmatisé. Tout ça, ce n’est pas pris en compte. Aujourd’hui moi ça me fait un peu sourire. C’est que les agents pénitencier, ce n’est pas de leur faute, c’est dans leur inconscient, ils se disent oui, mais si on donne une seringue c’est avouer qu’il y a de la drogue en prison. Oui effectivement il y a de la drogue en prison. Il y a du partage de matériel. Et tout ça, ce sont des réalités que Catherine dénonçait et c’est impensable qu’on n’ait encore rien fait. Et moi, tant qu’on n’améliorera pas les conditions carcérales, on est vers la récidive. Il faut s’interroger. Le pourquoi, qu’est-ce qui est arrivé et qu’est-ce qui a fait que les enfants de Catherine se sont retrouvés dans un système qui a fait que les peines ont augmenté. S’ils avaient eu le choix de pouvoir se réinsérer, pensez-vous qu’ils auraient été assez bêtes pour récidiver ? Est-ce qu’on a donné les moyens justement pour éviter la récidive ? Est-ce qu’aujourd’hui quand quelqu’un sait, parce que quand en prison on arrive en dernier dans les traitements, qui se sent condamnés, est-ce qu’il a envie de retenter une chance ? Quelle prise en charge psychiatrique et psychologique ? Il n’y a pas très longtemps un médecin qui dénonçait les conditions de la psychiatrie en milieu carcéral. À l’heure actuelle aujourd’hui il y a une grande réforme sur la psychiatrie, et les médecins-psychiatres dénoncent le côté répressif. Or on met du répressif pour faire plaisir aux législateurs. Comme ça, ils se disent, j’ai bonne conscience, ils vont être punis. Mais ce n’est pas en punissant. La prison elle est là aussi pour réinsérer. On paye nos dettes à la société. On a le droit à la réinsertion. On a le droit à l’accès aux soins. Tout ça, c’est dans le message de Catherine.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

Hommage à une combattante : Charles-Catherine Claude

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