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Hommage à une combattante (4/8) : Veiller à défendre équitablement toutes les populations sur le front du sida

22 mars 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : Au mois de mai 2006, avait été mis en place une plateforme interassociative de prévention qui rassemble les grandes associations historiques de la lutte contre le sida (Act-Up, Aides Ile de France, Arcat, le Crips, Sida Info Service). Tina je vais te demander de lire un extrait d’une lettre ouverte de Catherine Charles. Lettre que vous pouvez retrouvez dans l’émission du mois de mai 2006, du 2 mai 2006.

« En effet, cette plate forme de prévention a été organisée de façon à bouter les hétérosexuels pauvres, derrière les murs infranchissables du programme de prévention du sida à deux vitesses. Normal, me direz-vous, peut être que les hétérosexuels ne transmettent pas le sida ils se contentent de le choper ?! !

Puis, les plus riches ont besoin des plus pauvres pour les étudier, tester les médicaments, les éprouver scientifiquement, afin qu’ils puissent grâce à eux se soigner et se prémunir dans des conditions optimales ? ! Manque plus que les extractions d’organes de force et obligatoires sur les plus pauvres et la boucle est bouclée ! ! !

C’est de cette façon que ma fille séropositive et moi même percevons l’information. Une fois de plus nous sentons humiliées par ce choix discriminatoire et ferons tout pour le porter soit devant les tribunaux, si nous n’obtenons pas de réponses, soit sur la place publique. D’une façon ou d’une autre, je tenterais de sauver ma fille par n’importe quel moyen. Elle aussi aura peut-être droit à une transplantation cardiaque haut de gamme à l’instar de Charlotte Valandrey, si son cœur fragile venait à lâcher. Et si je n’arrive pas à la sauver, ce ne sera pas faute d’avoir essayé…

Durant toutes ces dernières années, je me suis rapprochée de la communauté gay dans les associations que j’ai pu fréquenter, j’ai discuté, écouté, défendu becs et ongles tous ces mecs contre vents et marées, j’ai dû même parfois, décrypter à ma fille les propos de certains qui portaient leur sexualité débridée comme un étendard, lorsqu’elle en était le témoin ébahi et inopportun.

Plusieurs fois, je suis allée relancer un de mes neveux, homosexuels, malade du sida, dont je suis très proche, pour qu’il m’aide à comprendre les ressorts de la psychologie gay.

Je suis en outre, partie plusieurs fois en ressourcement avec les « sœurs » de la perpétuelle indulgence, pour lesquelles j’ai un profond respect, car elles m’ont sauvé la mise à une certaine époque, donc pas d’homophobie dans mes propos, juste le froid constat d’une réalité issue de la pauvreté et de « l’hétérophobie » .

Aujourd’hui, cette même communauté nous renvoie ma fille et moi ainsi que tant d’autres, à notre néant matériel et identitaire, nous n’existons pas. À leurs yeux, nous sommes déjà morts, ils nous ont déjà enterrés. Mais, ils ont oublié une chose, c’est que certain(e)s, dont je fais partie, ne sont pas prêts à abdiquer devant cette mort programmée d’avance, sur le grand ordinateur du pouvoir et du profit »

Sandra : L’extrait de la lettre ouverte de Catherine Charles que vous pouvez retrouver sur le site survivreausida.net, l’émission du 2 mai 2006. Ali, est-ce que toi aussi comme Catherine Charles tu trouves, là c’était en 2006, on est 2011, est-ce qu’il y a toujours selon toi cette discrimination entre gays et hétérosexuels ou est-ce que c’est du passé ?

Ali : Il y a un truc tout de suite qui me vient à l’esprit. J’entends une femme parler d’hétérophobie, parce qu’à l’époque elle dénonçait des choses. Si ça avait été un homme qui avait dit ces choses-là, il aurait été traité d’homophobe. Quand c’est une femme, et je l’ai constaté il y a peu de temps, quand c’est une femme qui tient de tels propos et il y a une certaine véracité dans ses propos, on ne la traite pas d’homophobe. Elle prend soin d’ailleurs, le phrasé, le vocabulaire et la rhétorique pour ça. Mais en fait, elle dénonçait il y a bien des années ce qui a du mal à rentrer dans les esprits à l’heure actuelle. Certes, ça avance, mais trop doucement. De toute façon le monopole il est là, mais ça ne veut pas dire qu’il faut baisser les bras. Même si on sait qu’on est en minorité, aller de l’avant sans pour autant, comme elle disait, ne pas être homophobe, mais reconnaître qu’il existe de l’hétérophobie et au sein même de la population séropositive.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

Hommage à une combattante : Charles-Catherine Claude

- Hommage à une combattante (1/8) : Sérovolution
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- Hommage à une combattante (3/8) : « Le sida à deux vitesses, il y en a qui a des CD4 à base de paillettes et l’autre qui est en train de crever dans la rue. »
- Hommage à une combattante (4/8) : Veiller à défendre équitablement toutes les populations sur le front du sida
- Hommage à une combattante (5/8) : Fraternité à perpète, contre les prisons et l’enfermement
- Hommage à une combattante (6/8) : Catherine vs. Carla
- Hommage à une combattante (7/8) : Naissance et sacrifice
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