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Charles-Catherine Claude | Femmes séropositives | Financement de la lutte contre le sida | Génération sacrifiée, 20 ans après | Hommage aux disparus | Line Renaud | Prisons

Hommage à une combattante (3/8) : « Le sida à deux vitesses, il y en a qui a des CD4 à base de paillettes et l’autre qui est en train de crever dans la rue. »

22 mars 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : C’est en 2006 que l’émission Survivre au sida fait connaissance avec Catherine, qui veut créer une association avec le soutien de Sidaction, mais rapidement elle dénoncera le sida paillette.

Début du son.

Catherine : Je veux monter une association pour les femmes touchées par le VIH sortantes de prison qui veulent se réinscrire dans un parcours socio professionnel. Et moi, je propose à ces femmes, pas d’arrêter leur traitement, ce n’est pas ça. C’est de permettre de se réapproprier leur image et de renouer un contact avec leur corps et en même temps, avec des médecines parallèles de booster leur traitement ou d’essayer d’atténuer tous les effets secondaires, la perte des cheveux, la perte d’élasticité de la peau...

Reda : Attends, excuse,-moi Catherine, je crois que tu vas un peu vite pour les auditeurs et les auditrices. Pourquoi un projet qui s’adresse aux femmes sortantes de prison particulièrement ?

Catherine : Parce que rien n’est fait pour les femmes qui sortent de prison. Parce que moi-même j’ai fait de la prison il y a longtemps. J’ai deux fils en prison. Donc je suis sensible au sujet. Et comme je sais qu’à l’intérieur rien n’est fait pour ces femmes, ni une fois qu’elles sortent de prison, moi j’ai pensé qu’il serait bien qu’on s’intéresse à cette problématique. Je suis moi-même touchée par le VIH, puisque ça fait 24 ans. Puisque j’ai une fille de 24 ans qui est née séropositive en 1981, au tout début de l’épidémie. Donc voilà, c’est dans cette idée-là, c’est ce qui m’a donné envie de faire quelque chose pour ces femmes en particulier.

Fin du son.

Sandra : C’était le 12 avril 2006 et on va écouter ce qu’elle pense du sidaction toujours lors de la même émission.

Début du son.

Catherine : Bien sûr que c’est fait avec beaucoup de paillettes et beaucoup de poudre aux yeux et que c’est très sélectif. Mais c’est à nous, structure indépendante autour de tout ça, autour de ce truc-là de, justement, de ces paillettes de se mobiliser pour que ce soit redistribué et que ce ne soit pas juste les dons, les donateurs, ne s’adressent pas qu’à des personnes bien pensantes qui ont le VIH et que ce soit pour tout le monde, pour les plus nombreux.

Reda : Pour résumer, tu penses qu’il y a quelque chose à gratter au sidaction quoi ?

Catherine : À gratter ? Si tu as le mot, ouais si tu veux. Mais il y a des choses à faire bien sûr.

Reda : Est-ce qu’on peut vraiment parler d’indépendance quand on a des amis au sidaction ?

Catherine : Bien sûr ! Tu sais, si tu me connaissais un petit peu, je suis indépendante, je pourrais être liée à n’importe qui, même à des politiques, j’en rencontre souvent. Il n’y a pas plus indépendante que moi. Ça fait chier tout le monde, mais c’est comme ça. Je suis quelqu’un qui me bat, il n’y a personne qui peut prétendre copiner avec moi et me récupérer. Je me laisse récupérer que quand j’en ai envie. Le sida à deux vitesses, il y en a qui a des CD4 à base de paillettes et l’autre qui est en train de crever dans la rue. C’est-à-dire que, ce n’est même pas le sida qui tue aujourd’hui, c’est la précarité, la pauvreté. Je n’aime pas le mot précarité parce qu’il y a une notion d’équilibre entre, j’ai peut-être de l’argent, je n’en ai pas. Tandis que la pauvreté c’est une réalité.

Fin du son.

Sandra : Ben, je te vois sourire à l’écoute de ce que dit Catherine Charles. Pourquoi ?

Ben : Je pense avec le sourire oui parce que j’en rigole. Je me souviens de cette émission-là et puis je trouve qu’elle a parfaitement raison. Lorsqu’elle dit les T4 à paillettes, les T4 de ceux qui n’ont rien. Elle a raison quoi. Et aujourd’hui, on le voit encore à l’heure actuelle, c’est très difficile d’avoir un bon accès aux soins lorsqu’on a juste le minimum pour se faire soigner. Effectivement, je suis un peu comme elle, pour me récupérer il va falloir s’accrocher. Et là où il y a à manger et faire plaisir à ceux qui n’ont rien, et bien j’irai. Mais je suis un peu comme elle quoi. Et ça me fait sourire parce que beaucoup de gens pensent qu’on est récupéré non. On essaye de faire avec ce qu’on a. On n’a pas grand-chose, on essaye de faire avec ce peu quelque chose de bien. Mais en même temps, n’oublions pas de dénoncer les dérives.

Sandra : Zina, le sida paillette tu connais ? Ça te parle ?

Zina : Oui, ça me parle. D’ailleurs, j’avais apporté un témoignage. C’était il y a un an je crois, quand on est allé au casino de Paris et j’avais trouvé aussi que ça puait quoi. Que ça puait les paillettes.

Sandra : Pourquoi tu avais été au casino de Paris ?

Zina : C’était pour le sidaction.

Sandra : Tu n’avais pas apprécié ? Quelque chose t’avait dérangé dans leur manière de faire ?

Zina : Oui. Ce qui m’avait dérangée c’est qu’il avait, comme j’avais déjà témoigné, j’avais été un peu choqué, normalement le sidaction c’est pour une cause humanitaire et ce qui m’avait dérangée c’était de voir deux pseudo stars qui étaient là avec pleins de paparazzi pour les photographier, qui en fait n’en avait rien à faire du VIH, qui venaient juste pour être en première page de je ne sais quel magazine à la con. De voir tout ce buffet, tout cet argent dépensé, j’aurai préféré voir cet argent pour les gens concernés parce que je pense que ça a dû coûter sacrément cher.

Ben : Je voudrais juste rajouter une chose. Oui effectivement lorsqu’on voit que l’État remet en question le droit à l’accès aux soins des étrangers, ça fait mal au ventre. Ça me rappelle une phrase de Act-Up. Oui encore aujourd’hui on meurt du sida en France. En prison, effectivement c’était une époque où on mourrait en prison et je suis persuadé qu’on en meurt encore. Aujourd’hui, c’est une vraie marche arrière qui se passe. Elle le dénonçait haut et fort Catherine. Et c’est ce qui est formidable chez elle.

Tina : Dans cette émission, elle explique qu’elle veut demander de l’argent au sidaction parce qu’elle estime qu’on peut prendre cet argent et faire son propre combat. Je ne sais pas les suites, mais je suis bien curieuse de voir si ça a marché. Moi je n’y crois pas en fait. Je crois que, dans ces cas-là on est un peu obligé de se plier aux exigences des gentils donateurs de sidaction et que si ce qu’on fait ne leur plaît pas, l’année d’après, les vivres sont coupés. Donc je dis ça juste, on entend qu’elle parle de son projet et qu’elle y croit au soutien de sidaction peut-être que ce serait intéressant de savoir si ça a marché comme elle a imaginé quoi.

Sandra : Ali ton avis sur le sida paillette.

Ali : J’ai trois exemples qui me viennent à l’esprit. C’est par exemple une des premières fois où j’ai été au sidaction. La seule fois où j’y suis allé, c’est où il y a eu l’agression verbale entre guillemets des deux types d’Act-Up, des deux responsables contre le ministre de la Santé de l’époque Douste-Blazy. Ça avait fait un grand mal au sidaction et par voie de conséquence aux personnes qui sont censées en bénéficier. J’ai eu d’autres exemples, quand je suis allé au CRIPS pour une formation, j’ai bien vu que c’était toujours les mêmes paroisses qui se partageaient l’argent du sidaction ou l’argent des donateurs ou je ne sais quoi. Donc ça n’a pas changé. Et dernier exemple quand on est allé au CNIT, j’ai bien vu qu’il y avait des disparités parce qu’on s’occupe plus d’abord de certaines populations que d’autres. Ce que je dis depuis des années, ce que j’ai entendu d’autres personnes. Comment les choses changeront et est-ce qu’elles changeront ? Je n’en suis pas certain quoi. Pourtant, j’ai beau être optimiste, même la dernière fois au CRIPS, je ne crois pas que les gens qui sont séropositifs et qui n’ont pas certains moyens. Il y aura toujours les pauvres dans la population du sida. Il y en a dans toutes les populations. Tout est fait pour.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

Hommage à une combattante : Charles-Catherine Claude

- Hommage à une combattante (1/8) : Sérovolution
- Hommage à une combattante (2/8) : Des compagnons croisés sur le chemin du combat pour survivre au sida
- Hommage à une combattante (3/8) : « Le sida à deux vitesses, il y en a qui a des CD4 à base de paillettes et l’autre qui est en train de crever dans la rue. »
- Hommage à une combattante (4/8) : Veiller à défendre équitablement toutes les populations sur le front du sida
- Hommage à une combattante (5/8) : Fraternité à perpète, contre les prisons et l’enfermement
- Hommage à une combattante (6/8) : Catherine vs. Carla
- Hommage à une combattante (7/8) : Naissance et sacrifice
- Hommage à une combattante (8/8) : Allô, Sida Info Service