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Benlama Bouchaïb | Drogues et réduction des risques (RDR) | Hépatite C (VHC) | Laurent Gourarier | Réseau national des correspondants du Comité des familles

Cannabis sur ordonnance

7 mars 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : Docteur Gourarier pouvez-vous me prévoir un rendez-vous afin de faire une demande d’ATU avant que je commence ma prise en charge VHC ? C’est le message Ben, laissé sur le forum du site survivreausida.net. Alors l’ATU c’est Autorisation Temporaire d’Utilisation. C’est l’étape avant l’autorisation de mise sur le marché du médicament, donnée par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Et jusqu’à ce jour, c’est de cette manière que les médecins peuvent prescrire du cannabis thérapeutique, le THC. Le principal principe psycho actif du cannabis. Et comme il s’agit d’une ATU nominative, donc qui peut être accordée que pour une seule personne à chaque fois, ce sont des démarches assez longues pour le médecin qui souhaite prescrire du cannabis thérapeutique à son patient. Voilà pour les explications. On va maintenant écouter Ben, correspondant du Comité des familles, association créée et gérée par des familles vivant le VIH, qui nous explique pourquoi il souhaite bénéficier du THC, appelé marinol dans le cadre des ATU nominatives.

Début du son.

Ben : Actuellement, je suis dans une structure pour arrêter l’alcool. Parce que bientôt je rentre de nouveau, par rapport à la prise en charge de mon hépatite C, qui a été un échec la première fois. Un échec parce que bon, j’ai eu du mal à le supporter. Ce que j’ai entendu de la part du docteur Gourarier, l’émission dernière, il parlait de l’usage thérapeutique du cannabis. Moi j’ai fait des pieds et des mains pour bénéficier d’une ATU et les médecins en France ont été complètement frileux et m’ont envoyé balader. Surtout ceux que je vois souvent dans des colloques de l’année qui prônent l’usage du cannabis thérapeutique pour certaines personnes. Une fois que je les ai pris devant le fait accompli, ils sont partis en courant quoi. Là, je veux faire appel à ce fameux médecin, monsieur Gourarier pour voir si ce n’est pas du vent ce qu’il me raconte. Parce que je dois reprendre un traitement hépatite C à partir du 11 mars . Je refais un bilan au CHRU de Lille. J’aimerais bien qu’il me prescrive une ATU par rapport au marinol ou au bédrocan, qui est un traitement à base de THC que je peux trouver dans les pays de l’Union Européenne, en dehors de la France quoi. Sauf la France. La question que je me pose : les médecins ils ont signé, juré sur le serment d’Hypocrate de soigner toutes les personnes. À l’heure actuelle, on parle de prise en charge de la douleur. Tout en sachant que l’alcool avec un traitement hépatite C, il faut le bannir. Et moi je suis malade alcoolique. Ce n’est pas évident de vivre les effets secondaires du traitement hépatite C. Et j’ai eu des rechutes à l’alcool. Choses que je n’aurais pas eues si j’avais eu un traitement au marinol ou au bédrocan. Alors qu’aujourd’hui on est dans l’Union Européenne. Je ne comprends pas qu’un médecin puisse se dégonfler autant pour me faire une ATU ou bien me faire une prescription, que je puisse m’orienter vers un pays voisin pour bénéficier de ce traitement quoi. En tant que citoyen européen, je ne comprends pas. Mais bon, j’ai appris que par l’émission que certaines personnes ont pu bénéficier de l’ATU, dont le fameux médecin, que Dieu est son âme, le médecin de médecin du monde. Est-ce qu’il y a un accès à ça pour certaines personnes ayant une couche sociale aisée et nous, venant des cités, on est encore des laissés pour compte ?

Sandra : Ton traitement pour l’hépatite C, tu l’as commencé quand et quand est-ce que tu as dû l’arrêter ?

Ben : Je l’ai commencé... il y a quasiment un an. C’était après les fêtes de nouvelle année et au bout de trois mois, on m’a dit qu’on arrête parce que ça ne fonctionnait pas. Effectivement, j’ai eu des rechutes d’alcool. Et comme je disais, non que je ne picolais pas, parce que j’avais peur qu’on me l’arrête. Je disais, ouais je fume du cannabis. Et bah le médecin a dit vous fumez du cannabis, c’est à cause de ça que le traitement n’a pas fonctionné. Parce que bon, elle avait diabolisé le cannabis quoi. Je me suis rendu compte que le médecin qui me suivait, il n’était pas du tout à la hauteur de mon passé, de mon vécu. Alors bon, lorsqu’elle m’a dit stop, je n’ai plus jamais cherché à la revoir. La manière dont elle s’y est prise, c’était de ma faute à moi. Mais elle n’a pas remis en question complètement sa manière de pratiquer. J’ai rencontré le docteur Meulun qui m’avait promis lui aussi de faire le nécessaire, une ATU. Mais bon c’était à un colloque quoi. Avec des personnes co-infectées. Donc, je ne sais pas, depuis le temps que je cherche à le joindre, il est injoignable. Alors s’il m’entend qu’il se rappelle que Ben, il existe, il est toujours à Valenciennes.

Sandra : Est-ce que ton traitement t’a causé d’autres effets secondaires ?

Ben : Énormément ! Énormément. Mélange du jour et de la nuit. Problèmes musculaires. Des grosses fatigues. Des mauvaises humeurs. Tous les effets secondaires inimaginables qu’on peut avoir avec le traitement hépatite C, j’y ai eu droit quoi. En fin de compte, heureusement que j’ai eu des gens autour de moi qui étaient là quoi, des amis. Niveau médical, pas trop quoi.

Sandra : Moralement et physiquement, est-ce que tu te sens prêt à recommencer ce traitement ?

Ben : Ah là oui. Oui bien. Et puis je n’ai rien à y perdre quoi, j’ai tout à y gagner. Là où je fais ma cure en ce moment, je suis entouré de personnes qui voient que leur nombril et c’est tout quoi. Mais bon, cette postcure se termine et puis après, à moi de prendre l’hépatite C à bras le corps quoi. J’espère que, plus on sera nombreux à dénoncer les dysfonctionnements du système de soin et mieux ce sera quoi. J’ai un petit message au fait à un fameux président d’honneur d’une certaine association. S’il pouvait me permettre de bénéficier de son studio à temps plein, de temps en temps, quand je viens sur Paris. Ce serait bien quoi. Parce que j’ai appris que son studio revenait moins cher qu’une chambre d’hôtel. Voilà. À bon entendeur sans ça, bon courage au Comité des familles. Au revoir.

Fin du son.

Sandra : C’était Ben de Valenciennes, correspondant pour le Comité des familles. Tina, je voudrais te poser quelques questions, mais déjà est-ce que tu voudrais réagir à ce que tu viens d’entendre ?

Tina : On entend dans le témoignage de Ben que le traitement pour l’hépatite C est vraiment lourd à suivre. J’ai entendu d’autres personnes en parler, et je pense que c’est vraiment un traitement qui est très difficile et je comprends, qu’il demande de l’aide pour pouvoir tenir, ça dure soit 6 mois ou un an, voir plus, c’est le médecin qui décide. Mais voilà, c’est un moment difficile à passer. Surtout psychologiquement, c’est très difficile.

Sandra : Ben dit que, dans la prise en charge médicale, il y a des laissés pour compte, est-ce que tu es d’accord ? Est-ce que toi, qui vis sur Paris, tu as l’impression d’être favorisée ?

Tina : Oui, c’est sûr qu’à Paris, on a beaucoup plus de possibilités. Il y a différents hôpitaux. Si un hôpital ne nous convient pas, on peut changer. Moi ça m’est déjà arrivé pour certains suivis médicaux en gynécologie. J’ai changé trois fois de médecin jusqu’à que je trouve le médecin qui me convienne. Donc j’imagine qu’à Valenciennes ce n’est pas possible. Et puis après aussi, en région Ile-de-France, selon si c’est des quartiers plus favorables, les hôpitaux sont de meilleures qualités que ceux de banlieues. Donc là aussi il y a d’énormes différences. On avait fait une émission de radio à ce sujet. On a constaté que certains médecins ont une file active près de 800 patients et d’autres, moins de la moitié. Donc on imagine que la personne qui est suivie par un médecin qui a beaucoup plus de temps va avoir un meilleur suivi.

Sandra : Quelle est ton opinion sur le cannabis ? Il dit qu’il a fumé du cannabis pour mieux supporter son traitement hépatite C. Fumer du cannabis pour mieux supporter le traitement, ça peut être une solution envisageable pour toi ?

Tina : Alors vraiment c’est un domaine que je ne connais pas du tout. Mais je pense que ça vaut vraiment la peine d’être étudié. Comme le disait Laurent Gourarier, ce qu’il manque c’est vraiment de s’y intéresser, de voir qu’est-ce que le cannabis thérapeutique peut apporter à une personne malade ; qu’il manque des études en fait. Il ne faut pas y aller avec des préjugés. Bien sûr si une personne qui a des douleurs physiques fortes, si le cannabis peut être un soutien pour cette personne. Voilà il faut tout étudier. Et justement, peut-être que dans le cadre d’un traitement hépatite C, voir que est-ce que c’est bénéfique ou non. Je n’ai aucun avis là-dessus, mais je pense qu’il faut se pencher sur cette question.

Sandra : Isabelle Mercier, vous souhaitez réagir.

Isabelle Mercier : Oui. Moi je voulais dire que sur les frontons de nos mairies il y a écrit : liberté, égalité, fraternité. Nous sommes censés être adultes et responsables de nos actes à 18 ans. Et je trouve toujours malheureux qu’on décide de notre bien à notre place. Effectivement, il y a besoin de peut-être d’atténuer des douleurs pour le soin. Mais il peut avoir aussi simplement une notion de plaisir. Je ne comprends pas toujours pas pourquoi, enfin, de quel droit on interdit à des gens de fumer du cannabis. Somme toute, les gens qui fument du cannabis sont... n’ont pas de violences alors qu’il y a de la violence avec l’alcool. Et je trouve que la base fondamentale, nous sommes libres et responsables de nos actes. Et si normalement nous voulons fumer, nous devrions pouvoir. En plus, bon, pour le côté thérapeutique, il y a des études menées par des médecins à l’étranger. Les malades français ne sont pas différents des malades hollandais. Je ne comprends pas pourquoi ils n’auraient pas droit à ces soins. Pourquoi même quelqu’un qui n’est pas malade n’aurait pas le droit de fumer du cannabis étant responsable de ces actes ?

Transcription : Sandra Jean-Pierre