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Bertrand Lebeau | Drogues et réduction des risques (RDR) | Effets indésirables | Laurent Gourarier

Les séropositifs et le cannabis thérapeutique (avec Laurent Gourarier et Bertrand Lebeau)

25 février 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : Tryo disait oui, je veux fumer de l’herbe de qualité, boucher le trou de la sécu, qu’on arrête de me considérer comme un drogué. Laurent Gourarier, qu’est-ce que vous pensez de ça ?

Laurent Gourarier : Je pense que ça regarde monsieur Tryo. Le truc, c’est boucher le trou de la sécu. Ah oui en fait, il ne veut pas fumer de façon légale et payer un impôt à l’État. Oui, mais alors il y a un problème, s’il ne veut pas que ce soit une pratique reconnue. Moi je ne suis pas d’accord avec Tryo. Maintenant, c’est vrai que, ce qui est troublant dans cette histoire, la question que vous posez c’est un truc interdit quand même. Et le type dont vous me parlez c’est une grosse tare.

Sandra : C’est un groupe. Alors attention, il y a Zina qui va intervenir.

Laurent Gourarier : Ce que je veux dire c’est, il y a une espèce de pantalonnade à désigner comme des produits dangereux, graves, etc. A pousser des cris d’orfraie à chaque fois qu’on discute de drogue dans ce pays. Et puis à protéger les champs de pavots en Afghanistan, avec nos soldats, qui risquent leur vie pour ça. Il y a une contradiction. Je ne suis pas pour ou contre quiconque. Je dis juste que si on veut éduquer les jeunes, si on veut faire de la prévention il faut avoir un discours cohérent. Et moi je peux peut-être assumer des contradictions avec monsieur Tryo, mais le débat il n’est pas avec monsieur Tryo.

Zina : Mais non, mais justement ils sont pour la légalisation du cannabis. C’est ce qu’il disait dans la chanson.

Laurent Gourarier : Alors à un moment donné, ils vont payer le double des impôts. Hélas ! Les impôts, ça bouche le trou de la sécu. Je peux discuter de ça sur la sécu, je m’y connais bien maintenant. Ils veulent légaliser. C’est une question importante ça. La plupart des États européens ont dépénalisé l’usage du cannabis. C’est-à-dire qu’en fait, on ne risque pas d’aller en prison. Ouais, mais moi je pense qu’en France, on ne peut pas faire comme ça. Parce qu’en France, le rôle de la justice, le rôle de la société fait que, si on veut traiter ces questions-là, on va être obligé de réglementer. Et c’est important parce que, c’est vrai que par exemple le seul problème qu’ont nos voisins hollandais où les jeunes fument beaucoup moins de cannabis qu’en France, faut le savoir, depuis déjà des années, le seul problème qu’ils ont c’est que précisément, l’argent des coffee shop est un argent qui n’est pas fiscalisé. Ça ne bouche pas leurs finances. Et ça pose un vrai problème. Moi je suis pour fiscaliser le cannabis. Je suis pour ça parce qu’aux États-Unis ce qui est en train de faire que le cannabis va devenir réellement légale aux États-Unis et en Californie c’est précisément qu’on va fiscaliser, on va faire payer des impôts aux cliniques qui dispensent du cannabis à leurs patients. Et par l’impôt on va rendre légal un certain nombre de pratiques qui sont effectivement de l’ordre de, pas seulement de l’égalité aux États-Unis, mais aussi de l’illégal contre les traités internationaux. Pour rentrer à l’ONU par exemple il faut interdire le cannabis.

Sandra : Laurent Gourarier vous êtes psychiatre, vous êtes venu notamment pour parler du cannabis thérapeutique. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet on va écouter Bertrand Lebeau, médecin-addictologue. Donc qui s’occupe des addictions. Il nous explique ce que c’est le cannabis et raconte un peu son histoire. Donc on va écouter Bertrand Lebeau.

Début du son.

Bertrand Lebeau : C’est une plante dont les propriétés sont connues depuis la plus haute antiquité. Il y a 6000 ans, on a découvert dans certaines tombent, les feuilles de cannabis qui avaient en tout cas des traces de présences de cette plante. Elle a servi à beaucoup de choses qu’on ignore aujourd’hui parce qu’en réalité. On va dire c’est une plante, mais c’est plutôt deux plantes. Il y en a une qui est plutôt intéressante pour ces propriétés comme fibre, comme plante à fibre. On appelle ça plutôt le chanvre. Mais chanvre et cannabis en réalité sont des mots identiques. Et par exemple, tous les cordages des bateaux pendant des siècles et des siècles ont été faits avec du chanvre. Et donc il y avait partout en Europe des plantations de chanvre. Mais il existe aussi une autre variété de la plante qui est sa variété psycho active. Qui elle, présente moins d’intérêt comme plante à fibre, que comme plante qui produit un certain nombre de principes actifs qu’on a d’ailleurs mis énormément de temps à isoler. Parce que l’histoire du cannabis est beaucoup plus compliquée étrangement que celle par exemple de l’opium. Si on prend l’opium, qui est le suc d’une autre plante qui s’appelle le pavot, il y a 200 ans maintenant, au début du 19e siècle, on en a isolé le principal principe actif qui s’appelle la morphine. C’était une chimie relativement simple. Cela étant, il fallait que la chimie existe comme science évidemment pour qu’on commence à extraire les principes actifs des plantes. Et pendant tout le 19e siècle, on a extrait ces principes actifs. Ces principes actifs parfois n’étaient pas du tout psycho actifs. Par exemple la colchicine, c’est le principe actif de la noix de colchique. Et ce n’est pas psycho actif. Mais la plupart des substances psycho actives, qui sont encore consommées aujourd’hui, ont été isolées pendant le 19e siècle. La morphine a été isolée entre 1805 et 1817. Ensuite, un autre alcaloïde de l’opium, qui s’appelle la codéine a été isolée en 1932. La cocaïne a été isolée de la feuille de coca en 1959. Et on ne parvenait pas à isoler le ou les principes actifs du cannabis. Il y avait un deuxième problème avec le cannabis c’est que le cannabis est très lipophile et très hydrophobe. C’est-à-dire le cannabis, les cannabinoïdes, les principes actifs du cannabis ont beaucoup d’affinité pour les graisses. C’est pour ça qu’ils se fixent bien dans le cerveau. Mais très peu d’affinité pour l’eau. Au contraire, ils n’ont aucune affinité pour l’eau. Et par voie de conséquences, ce qui était devenu à la fin du 19e siècle un médicament moderne, c’est-à-dire une substance qui se présentait habituellement sous la forme d’une poudre soluble dans l’eau et qui pouvait être injectée, qui pouvaient être mise dans une seringue et injectée avec le cannabis, on n’y parvenait pas. On ne parvenait pas à isoler les principes actifs. Puis il y avait d’autres difficultés c’est qu’on avait constaté que par exemple, les effets du cannabis suivant qu’on le consomme par voie orale ou qu’on le fume, étaient très différents. Les effets étaient aussi différents si on le consommait à jeun ou si on le consommait après avoir mangé. On avait l’impression d’être en face de quelque chose qu’on ne parvenait pas à transformer en un médicament moderne. C’est au 19e siècle qu’on a redécouvert les propriétés thérapeutiques du cannabis. C’est essentiellement un médecin d’origine irlandaise, O’Shaughnessey qui travaillait en Inde et qui a redécouvert les propriétés thérapeutiques du cannabis. Mais ce qui est intéressant c’est que, le cannabis comme médicament a été abandonné avant la prohibition du cannabis comme drogue. Le cannabis a été interdit par exemple aux États-Unis en 1937, c’est-à-dire 3 ou 4 ans après la fin de la prohibition de l’alcool. Mais ça faisait longtemps, en 1937 qu’on n’utilisait plus le cannabis comme un médicament. Parce qu’encore une fois, il n’avait pas les caractéristiques, les propriétés d’un médicament moderne. Le principal principe actif du cannabis, le tétrahydrocannabinol, le THC n’a été isolé qu’en 1964 par un chimiste israélien qui est probablement un des meilleurs connaisseurs des cannabinoïdes, qui s’appelle Raphaël Méchoulam.

Fin du son.

Sandra : Laurent Gourarier, Bertrand Lebeau parlait du THC, cannabis thérapeutique. Est-ce que vous pouvez expliquer à nos auditeurs qu’est-ce que c’est ?

Laurent Gourarier : Il a raison Bertrand Lebeau quand il cause. C’est très difficile d’isoler ce qui marche dans la plante. La plupart des médicaments sont issus des plantes. Il a cité trois, quatre exemples de médicaments, il y en a plein d’autres. Par exemple les médicaments de l’asthme, la théophylline, etc. Les plantes donnent la plupart des médicaments modernes. Dans le cannabis il y a au moins 40 substances à ma connaissance et il est très difficile de savoir laquelle marche, fait les effets, alors les effets psychotropes c’est-à-dire qui changent l’humeur. Et en gros, le THC, c’est le truc qui défonce. On va dire les choses comme ça, le truc qui rend stone dans le cannabis, c’est le THC. Ca pratiquement, on en est sûr. Maintenant, autour du THC, il y a trois milliards de petites molécules qui sont vraisemblablement très utiles et qui boostent le fameux THC. Par exemple, il y a une autre substance qui s’appelle le cannabidiole qui est dans le chanvre aussi. Et qui, quand on le donne avec le THC, permet d’avoir un effet sur l’appétit. Il y a pleins de substances dont on ignore la signification. Alors je ne connais pas l’histoire qu’a raconté Bertrand à propos des États-Unis. Moi je sais qu’en Europe, ça fait déjà un petit moment que je suis sur cette question-là et je commence à connaître pas mal Bertrand Lebeau, au cours d’un article, à la suite d’un article que j’avais fait dans une revue médicale, en 2003, j’avais reçu une très belle lettre d’un ancien médecin militaire qui me racontait qui lui, se servait du cannabis, encore dans les années 60 pour soigner les troupes coloniales. Pas du cannabis, du chanvre. Il prenait la plante en fait, il faisait un truc qui ressemble un peu, j’espère que les auditeurs vont s’y retrouver, ça ressemble un peu à la phytothérapie. Il le donnait un peu comme ça à l’époque. Ce n’était pas vraiment très séparé, les pharmacies faisaient toutes des préparations magistrales jusqu’à l’immédiate après guerre mondiale. Et donc effectivement, ce n’était pas étonnant que les pharmacies, les apothicaires, les pharmacies européennes, françaises notamment se servaient encore du chanvre là où les Américains qui étaient déjà, et les Allemands d’ailleurs, qui étaient déjà dans des médicaments un petit plus codifiés ne s’en servait pas. C’est tout ce qu’on peut dire là-dessus pour l’instant.

Sandra : Zina, le cannabis thérapeutique est-ce que tu en avais déjà entendu parlé ?

Zina : Oui, j’en ai entendu parler, comme quoi ce serait, il y aurait des bienfaits, et que ce serait un booster pour la trithérapie, mais c’est toi qui m’avait dit ça d’ailleurs. Et aussi, ça pouvait redonner l’appétit et ça a des effets tranquillisant aussi je trouve et voilà. J’ai entendu dire aussi que c’était bon pour la neuropathie. Alors je ne sais pas si c’est vrai, à vérifier.

Sandra : Tina ?

Tina : Moi franchement, je n’y connais pas grand-chose. Je ne suis pas une consommatrice. Mais là, j’ai cru comprendre qu’en fait, le cannabis thérapeutique, ce n’est pas le joint qu’on fume et que ce serait des comprimés c’est ça ?

Sandra : Voilà c’est ça.

Tina : Est-ce que ça veut dire que le joint qu’on fume c’est, ça compte comme un cannabis thérapeutique ? Parce que moi ce que j’entends c’est fumer des joints, ce n’est pas si mal que ça, au contraire, c’est même bien.

Sandra : On va voir ça au fil de l’émission. Tu vas comprendre au fil de l’émission. Donc là oui cannabis thérapeutique ce n’est pas la forme fumable puisque, tout médecin ne conçoit pas de donner comme médicament quelque chose à fumer. Puisque, Bertrand Lebeau, on va l’écouter tout à l’heure, il m’a dit que la fumée, c’était toxique pour les poumons de toutes les façons. Donc, donner un médicament qui est toxique pour les poumons, qui peut être source de cancer. Donc on va écouter Bertrand Lebeau, pourquoi est-ce difficile de se procurer du cannabis pour une utilisation thérapeutique sous forme non fumable, on écoute Bertrand Lebeau, médecin-addictologue.

Début du son.

Bertrand Lebeau : Aujourd’hui, pour tout médecin, même pour un médecin comme moi qui suis un farouche partisan du cannabis thérapeutique, c’est très compliqué d’accepter l’idée qu’un médicament se présente sous une forme fumable pour des raisons évidentes. Et par exemple les Hollandais qui ont pris très au sérieux la question du cannabis thérapeutique, qui ont un office du cannabis thérapeutique au sein du ministère de la Santé, la première chose qu’ils disent lorsqu’ils parlent de cannabis thérapeutique, c’est le cannabis thérapeutique, par définition ne peut pas se présenter sous une forme fumable. Dans la réalité, la plupart des gens consomment du cannabis sous une forme fumable y compris lorsqu’ils en recherchent des effets thérapeutiques et pas simplement des effets récréatifs de défonce. Alors c’est en partie lié au fait qu’on n’a pas encore tous les médicaments dont on pourrait avoir besoin, on n’a pas encore les bonnes galéniques, c’est-à-dire les bonnes présentations et surtout, il peut être extrêmement difficile de les obtenir. Je vais vous donner un exemple de ça. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, il est possible de se faire prescrire du THC, le principal principe psycho actif du cannabis en France. Simplement, cette prescription se situe dans le cadre le plus contraignant. Il y a quelque chose qu’on appelle les autorisations de mise sur le marché. C’est ce qu’on fait quand un médicament nouveau arrive. Et puis avant l’AMM il y a quelque chose qu’on appelle l’ATU, l’autorisation temporaire d’utilisation. On voit ça beaucoup dans le sida. Il y a beaucoup de nouvelles molécules. Elles n’ont pas encore obtenu leur AMM, mais on en a déjà besoin pour certains patients qui sont en échec des traitements habituels. Et on obtient pour eux une autorisation temporaire d’utilisation. Il y a deux types d’ATU. Les premières c’est ce qu’on appelle les ATU de cohorte. Par exemple, on dit vous avez 100 places, on dit un service par exemple VIH, vous avez 50 ou 100 possibilités de traitement. On vous donne un traitement pour 50 personnes, à vous de les choisir selon les critères qui vous semblent les meilleurs. Et puis il y a une ATU qui est beaucoup plus contraignante, qui est finalement la modalité la plus contraignante d’accès à un médicament sur le plan légal qui est l’ATU nominative donnée pour une personne en particulier et souvent pour une durée limitée. Trois mois, six mois, etc. Donc l’ATU on l’a donne à monsieur Jean Dupont et à personne d’autre. Il s’avère qu’il est possible de se faire prescrire par un médecin hospitalier du THC synthétique, ça s’appelle du marinol dans le cadre de ces ATU nominatives. Qui décide de donner ou pas l’autorisation de prescrire ? C’est l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Depuis que cette ATU nominative a été mise en place, si ma mémoire est bonne en 2001 ou en 2002, il y a quelques dizaines de patients en France qui en ont bénéficié. Alors pourquoi aussi peu ? D’abord parce que les médecins ignorent cette possibilité de prescription. Ensuite parce que le dispositif est tellement contraignant que la plupart des médecins renoncent. On est quand même en face d’un système qui est tellement compliqué et tellement chronophage qu’au final, à peu près personne ne l’utilise.

Fin du son.

Sandra : Laurent Gourarier, je ne sais pas si vous avez déjà été amené peut-être à prescrire le cannabis sous forme thérapeutique.

Laurent Gourarier : Oui.

Sandra : Est-ce que vous avez rencontré les difficultés que Bertrand Lebeau décrit ?

Laurent Gourarier : Pire. Il faut arrêter de la jouer technique, c’est-à-dire qu’il a tout à fait raison Bertrand, c’est un enfer quand on veut prescrire du cannabis thérapeutique. Ca existe, il y a des comprimés et puis il y a un médicament qui n’est pas un comprimé on aura peut-être l’occasion d’en parler. Le vrai problème ce n’est pas seulement que c’est très compliqué, qu’il y a plein de bureaux à aller chercher, c’est qu’en gros, les gens qui sont responsables de l’importation des médicaments dans ce pays sont contre. Et il ne se produit pas de médicaments à base de cannabis en France. Donc en gros on a très peu de chance. Et c’est d’autant plus bizarre cette histoire-là, je parlais des soldats, mais les soldats ils font leur travail. On a fait en Suisse voisine, en Suisse francophone, il y a des programmes médicaux à base d’héroïne. L’héroïne était fournie par un laboratoire français qui s’appelait Rhône Poulenc. Le laboratoire a disparu, mais alors que l’héroïne n’était pas interdite par les autorités françaises, eh bien nous avons vendu l’héroïne aux suisses. Il y a quelque chose qui marche sur la tête. Si en fait, il n’y pas de cannabis thérapeutique en France c’est parce que, pour l’instant les arbitrages politiques ont été rendus en défaveur de ça.

Sandra : Est-ce que vous pouvez dire pourquoi vous avez été amené à prescrire du cannabis thérapeutique à une personne, pour répondre à quels besoins, pour soigner quelque chose ?

Laurent Gourarier : C’était un personnage public qui a témoigné sur une radio qui s’appelle RTL. C’était un ancien président de médecin du monde. Et il s’appelait Pierre Pradier. Et je crois que je ne trahis pas sa mémoire, si je parle du fait qu’il s’est lui-même prévalu de ce que j’ai fait. Lui-même était en fin de course d’une sale maladie qu’on appelle, quand on fait de la radio on dit une longue maladie. Et je crois qu’il a voulu, parce que lui précisément, il n’était pas dans cette espèce de consensus, etc. Il a voulu montrer au monde qu’il y avait un médicament, qu’il y avait quelque chose à tirer de ça. C’était une famille tout à fait respectable, je garde un souvenir très ému de cette période-là. Et je pense que, si Pierre Pradier, qui a été, après responsable de l’office européen des drogues et toxicomanie à Lisbonne. Ca été le premier président de ça. Si lui a tenu à se faire prescrire du cannabis thérapeutique en fin de parcours, c’est qu’il a voulu donner un message qui n’était pas seulement un message personnel, mais aussi un message politique.

Sandra : Si je suis séropositif et que je ne prends pas de traitement et que je fume du cannabis, est-ce que cela risque d’aggraver mon infection ? On écoute Bertrand Lebeau sur cette question.

Début du son.

Bertrand Lebeau : Il n’y a pas de conséquences sur l’infection VIH. Ce n’est pas bon pour les poumons, parce que la fumée n’est pas bonne pour les poumons, c’est comme ça. Et la fumée de cannabis pas plus que celle du tabac. Je ne crois pas que ça ait des conséquences négatives sur l’infection à VIH et par parenthèse, le cannabis est réapparu sous sa modalité thérapeutique avec l’épidémie de sida. Au début de l’épidémie de sida, on n’avait aucun traitement. Et donc les malades, les patients finissaient par ne plus avoir d’appétit du tout et ils avaient ce qu’on appelle un syndrome cachectique, ils étaient maigres, très maigres. On se souvient de ces photos de personnes au stade terminal du sida, qui étaient vraiment comme des gens qui sortaient d’Auschwitz, qui pesaient 35 - 40 kilos. Or il s’avère qu’une des propriétés intéressantes du cannabis, c’est son effet orexigène, c’est-à-dire son effet de stimulation de l’appétit, spécialement pour les choses sucrées. Et c’est comme ça que le cannabis a commencé à être utilisé en Californie au moment de l’épidémie de sida, alors qu’il n’y avait aucun traitement. C’est que, ça permettait à des personnes qui n’avaient plus d’appétit du tout, de retrouver un peu d’appétit et donc, de retrouver un peu de force, parce que, évidemment, si on cesse de manger, on s’affaiblit beaucoup. Donc à priori, je suis VIH, je n’ai pas de traitement, soit parce que je ne m’en suis pas occupé, soit parce que je n’ai pas encore besoin de traitement, je consomme du cannabis, moi j’aurai tendance à dire que ça n’a pas de conséquences négatives sur l’évolution de l’infection à VIH.

Fin du son.

Sandra : Si je prends un traitement, est-ce que ça peut m’aider à mieux prendre mon traitement si je prends du cannabis ? On écoute Bertrand Lebeau sur cette question.

Début du son.

Bertrand Lebeau : Les effets secondaires des premiers traitements moi je m’en souviens, ils étaient absolument redoutables. Il y avait non seulement, je me souviens d’un des premiers, d’une des premières antiprotéases qui pouvaient provoquer très facilement des lithiases rénales, il y a des médicaments qu’on n’utilise plus aujourd’hui parce que se sont des médicaments qui provoquent trop facilement d’importantes lipodystrophies, etc. Et d’une manière générale, disons la tolérance de ces médicaments, la tolérance digestive en particulier, la tolérance dermatologique, la tolérance dans beaucoup de domaines, les traitements sont quand même beaucoup moins toxiques qu’ils ne l’étaient il y a encore 10 ou 15 ans. Cela étant, je sais qu’il y a des patients qui supportent mieux leur traitement après avoir fumé. Est-ce que c’est lié au fait qu’ils sont moins anxieux, ils sont plus détendus ? Est-ce que c’est lié à des effets directs des cannabinoïdes ? À ma connaissance, on ne le sait pas très bien. Je sais qu’en matière d’hépatite C où on continue à avoir un traitement qui n’a pas changé depuis plusieurs années, une bithérapie qui associe un interféron et un médicament qui s’appelle la ribavirine, qui se prend par voie orale. Les effets secondaires sont extrêmement lourds. Il y a des gens qui ne parviennent absolument pas à aller au bout du traitement. Vraiment, ce sont des traitements qui ne sont pas marrants du tout quoi. C’est des traitements vraiment durs. Moi j’ai vraiment été frappé de constater que très souvent, des patients me disaient, si je ne fumais pas, j’aurais arrêté le traitement depuis longtemps. Alors il y a un élément un peu embêtant c’est qu’il est possible, et on en est pas encore sûr, c’est possible que le cannabis chez les patients qui ont une hépatite C favorise, accélère la fibrose. Alors évidemment si c’est vrai, c’est assez embêtant. Il y a un hépatologue français, le professeur Hézode qui connaît bien ces questions, qui a fini par dire, j’espère que je ne trahis pas sa pensée que lorsqu’on en consomme des petites quantités ça va. Mais que, quelqu’un qui aurait eu une hépatite C, qui fumerait 10 ou 15 joints par jour, ce n’est pas une grande idée.

Fin du son.

Sandra : Laurent Gourarier, que dire alors à quelqu’un qui serait séropositif et qui pour mieux prendre son traitement, ou quelqu’un qui est co infecté VIH/VHC qui prend un traitement contre l’hépatite C, qui quand il fume cannabis, il supporte mieux son traitement. Que lui dire ?

Laurent Gourarier : D’abord premièrement j’en vois un paquet. Je suis toujours un petit gêné de répondre à ces questions-là, parce que, évidemment on voit aussi des gens qui n’aiment pas le cannabis, qui ne prennent pas de cannabis, alors ceux-là, puisqu’ils ne prennent pas de cannabis, ils ne peuvent pas prendre leur traitement normalement ? Non non pas du tout, là pour l’instant on ne sait pas exactement si ça aide ou ça n’aide pas les gens qui prennent du traitement. Un truc qui est sûr, c’est que, comme le dit Bertrand Lebeau, sur l’hépatite C, attention ce n’est pas pareil, ce n’est pas le même virus on n’est d’accord. Sur l’hépatite C, les gens, c’est un hépatologue de San Francisco qui exerce encore qui s’appelle Sylvestre qui a publié ça en 2007, les gens qui fument du cannabis vont au bout de leur traitement. Quand ils vont au bout de leur traitement d’un an, parfois un an et demi, ils vont plus volontiers au bout de leur traitement et bien ils guérissent plus. S’ils guérissent plus, c’est bon pour eux, mais en plus de ça, c’est vraisemblablement bon pour eux aussi. Parce que c’est quand même une épidémie ce machin. Donc là, sur l’hépatite C faut appuyer sur le champignon. Là, je peux vous parler de ça, je connais l’étude du professeur Hézode, c’est parfaitement passionnant et effectivement, il est possible que le cannabis ait des effets soient d’ailleurs antifibrosants, l’équipe de madame Lauterstein, c’est une fondamentaliste qui bosse à l’INSERM a prouvé sur deux articles, sur les deux récepteurs cannabinoïdes qu’il y avait, quand on activait un des récepteurs, on luttait contre la fibrose, et quand on activait l’autre récepteur, le CB1, on ferait in vitro, c’est-à-dire en condition expérimentale, on favoriserait la fibrose hépatique. De toute façon, ce sont des questions qui sont assez lointaines de la clinique. Entre, quelqu’un qui va se traiter pendant un an, et qui va donc on espère éradiquer le virus et avoir une réponse de longue durée à son traitement anti VHC et savoir s’il va fibroser un petit peu plus, un petit moins, c’est des choses extrêmement longues. Ce n’est pas du tout la même échelle. Donc effectivement, si c’est bon, des dérivés du chanvre, dans l’hépatite C, qui est une épidémie en France aujourd’hui. Une épidémie qui n’est pas maîtrisée, eh bien il faudrait pouvoir le donner au maximum de gens. Et ça, c’est un truc sérieux. Je ne parle pas de fumée là, je parle de médicament à base de plante chanvre indien. Sur le reste, c’est un petit peu hélas au petit bonheur la chance. Je n’essaye pas de persuader mes patients d’arrêter le cannabis quand je les vois. Je ne vois pas des gens qui ne fument pas de cannabis à qui j’incite à en prendre. Pour l’instant, je suis comme tout le monde, comme tous les français, dans le flou. Je n’ai pas de preuve pharmacologique. Je suis bien ennuyée de ça. Je sais qu’en France, on a été très fort et on a découvert tellement de choses, dont le VIH, on devrait être plus en pointe sur ces questions pour répondre aux gens qui prennent des bithérapies, trithérapies et autres. Vraisemblablement, Zina disait que je lui avais raconté un truc il y a quelques années. Elle a raison. Je lui ai dit que le cannabis s’ajoutait vraiment comme booster. C’est vrai. Peut-être que je vais laisser la place à d’autres choses, mais on sait que sur le cannabis ça peut être un très bon anti angoisse, c’est marqué quelque part et puis on sait aussi que, ça peut au contraire créer des crises de panique. Donc est-ce qu’il faut prendre du cannabis ? En réalité, il faut essayer de comprendre pourquoi à un certain moment ça marche comme si, pourquoi à un certain moment ça marche comme ça. Vraisemblablement, parce que c’est un gros booster. Alors c’est quoi booster, ça veut dire que ça aurait une action spécifique sur le cytochrome P450 et notamment sur le phénotype le plus courant en Europe. Mais on a tous des phénotypes différents, des génotypes différents de ces cytochromes ; Et c’est pour cela que par exemple l’alcool chez les Asiatiques aurait un effet un petit peu différent de l’alcool chez les Européens. Vraisemblablement avec le chanvre il y a des susceptibilités et des différences comme celle-là. Si, avec certains médicaments, dans certaines conditions, le cannabis, ou des dérivés du chanvre sont des boosters, il faut les utiliser comme telles. Et quand je dis ça, je ne fais pas oeuvre politique. Je fais oeuvre de médecin. Et je voudrais pouvoir faire mon métier normalement avec cette plante-là parce que ce n’est pas possible de faire ça dans ce pays. Et je ne suis pas content.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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