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Benlama Bouchaïb | Campagnes d’information et de prévention | Laurent Gourarier | Réseau national des correspondants du Comité des familles

« Pourquoi l’Etat ne s’occupe plus du sida ? » s’inquiète Laurent Gourarier

25 février 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : Ben, correspondant du Comité des familles est connu pour nous avoir envoyé beaucoup de reportages. Là, il nous emmène à Quiévrechain. Est-ce que vous savez ou c’est Quiévrechain ?

Tina : Jamais entendu.

Sandra : Jamais entendu. Pourtant on en a déjà parlé à l’émission. Zina tu sais où c’est ?

Zina : Non. Je sais qu’il est dans la montagne (rires). Quelque part dans la montagne.

Sandra : Laurent Gourarier, Quiévrechain, ça vous dit quelque chose ?

Laurent Gourarier : Bien sûr Quiévrechain c’est au bord de l’eau.

Sandra : Au bord de l’eau ?

Laurent Gourarier : Bah oui à quai non ?

Sandra : Alors c’est dans le Nord-Pas-de-Calais, dans le 59. Donc là on va écouter Ben qui nous parle notamment de prévention.

Début du son.

Ben : Je suis à la frontière de la Belgique. Dans un quartier, une ville on va dire, un village quoi, c’est la zone quoi. Quiévrechain. Et là, je viens de chopper sous le coude on va dire le grand manitou de la prévention de l’éducation populaire de Quiévrechain. Donc je lui pose une question. À votre avis, est-ce qu’il y a de la prévention sida dans votre quartier ?

— Absolument pas. Il n’y en a pas. Personne n’est capable, ne veut certainement prendre en charge la prévention du sida auprès des jeunes. Donc ils sont eux-mêmes très loin de ces préoccupations-là et parce qu’ils sont jeunes et qu’ils n’ont pas envie de s’en soucier. Et puis parce que c’est beaucoup demander aux enseignants, c’est beaucoup demander eux-mêmes à l’éducation populaire de faire de façon suivie de la prévention sida. On peut en faire de façon ponctuelle, mais c’est quelque chose qu’on ne peut pas faire au quotidien parce qu’on n’a pas les moyens de le faire. Ce n’est pas une question de moyens financiers, ni matériels, c’est déjà la volonté et même suivre, ce que pourrait être une politique de prévention au niveau national. Il y a des campagnes, il y a une journée nationale, mais sortie de là...

Ben : En dehors de la journée nationale du 1er décembre qui rappelle à tous les séropositifs comme moi qu’on va bientôt mourir. Est-ce que vous pensez que les programmes régionaux de santé vont être efficaces à l’échelle du territoire ?

— Oui les programmes régionaux de santé, auprès des acteurs locaux, des campagnes où des moyens, des informations qui sont saisies par des opérateurs, les associations. Mais il y a peu de porteurs de projet dans le programme régional de santé.

Fin du son.

Sandra : C’était Ben de Valenciennes. Donc là on apprend qu’à Quiévrechain, il n’y pas beaucoup de prévention même voir pas du tout pour les jeunes. Alors je vais demander à Zina, pour toi est-ce que c’est important qu’il y ait de la prévention pour les jeunes et s’il n’y en a pas quelles conséquences il peut y avoir ?

Zina : Bien sûr que c’est important. Les conséquences, c’est que, s’il n’y a pas de prévention du coup il y a un risque pour eux s’ils ne sont pas informés, comment ne pas se préserver. Et aussi il y a autre chose aussi, je trouve que la prévention c’est bien aussi pour éviter la stigmatisation parce que, plus on est informé sur le VIH et moins on a peur et donc moins on stigmatise les gens qui sont porteurs du virus.

Sandra : Tina, qu’est-ce que tu penses toi ?

Tina : Oui bien sûr, on sait que, les cas de contaminations augmentent chaque année. C’est lamentable. La prévention elle n’a jamais été très efficace. Montrer aux jeunes que le préservatif existe, comment le mettre c’est déjà loin d’être de la prévention. Il faudrait réfléchir à quelque chose de vraiment efficace. Je pense que, aussi les jeunes devraient vraiment avoir accès au préservatif sans devoir payer. Les jeunes on le sait, ils n’ont pas d’argent. Donc déjà en Ile-de-France on voit dans les lycées, collèges, s’il y a le CRIPS qui passe une fois dans leur scolarité à faire un blabla très théorique, les jeunes ils nous disent ça rentre d’un côté, ça ressort de l’autre. Ils ne retiennent rien. Il n’y a même pas ce strict minimum apparemment dans le Nord-Pas-de-Calais. Donc la contamination va augmenter. C’est vraiment triste. On est en 2011. Il faut aussi dire qu’il n’y a pas seulement la prévention il y aussi le dépistage. Donc, je pense comme Zina qu’il faut passer par, déstigmatiser le VIH/Sida. Dire ce que c’est aujourd’hui pour qu’aussi, les jeunes aient le courage de se dépister en sachant qu’ils pourront continuer une vie digne et plus ou moins normale.

Sandra : Alors après, c’est comment faire de la prévention ? Au Comité des familles, il y a un projet qui s’appelle le projet Madeleine. Tina est-ce que tu peux nous expliquer ce que c’est ?

Tina : Oui en fait, c’est des personnes qui sont elles-mêmes séropositives, qui ont cette envie d’aller témoigner de leur vie avec le VIH auprès des jeunes dans les lycées, collèges. Donc tout simplement, expliquez à quoi ressemble leur vie avec le VIH pour que vraiment les jeunes puissent mettre un visage sur ce virus. Savoir qu’il existe, à quoi ça ressemble. Souvent en fait les messages, les témoignants quand expliquent leur vie, par exemple, il y a des parents qui vont dire moi j’ai trois enfants ou, ainsi de suite ou bien moi je vis avec un partenaire séronégatif. Les jeunes n’imaginent même pas que ça existe. Ou bien de dire voilà, moi le traitement, je le prends tous les jours, il n’y a aucun souci, je n’ai pas d’effets secondaires. Mais ce n’est pas pour dire que le virus aujourd’hui ce n’est plus rien, ce n’est pas grave, mais voilà pour dire la réalité c’est ça, et derrière qu’est-ce qui est difficile, c’est le regard de la société. Donc la vie reste difficile avec le VIH. Donc le mieux c’est d’éviter d’être contaminé. Encore un autre message c’est que c’est important d’aller se dépister parce que, ceux qui sont dépistés tôt peuvent vraiment bénéficier d’une bonne prise en charge.

Sandra : Laurent Gourarier, le fait d’aller témoigner, que des personnes séropositives aillent témoigner dans des lycées ou des collèges, qu’est-ce que vous pensez de cette action ?

Laurent Gourarier : Je ne vois pas comment on peut faire autrement. C’est un peu pareil qu’irremplaçable excusez-moi. Tina vient de parler de dépistage. Faut savoir que ça quand même c’est une sacrée affaire qui de pas très longtemps et elle est un petit pudique et modeste, mais c’est un peu grâce à elle aussi, c’est un peu grâce au Comité des familles qu’on a demandé à tous les Français de dépister et de faire gaffe à ce qu’ils faisaient et de prendre en charge, que les séropositifs sachent, apprennent qu’ils sont tous, si c’est possible, apprennent la réalité sur leur sérologie. Que chacun se préoccupe de sa sérologie. Parler avec les jeunes. Comment est-ce qu’on peut faire autrement ? Si on réfléchit, c’est quoi la prévention si on ne fait pas ça ? On va inverser la question. Parler à des gens qui ont des pratiques à risques qu’ils connaissent. Injecter des drogues, c’est pour ça que je suis là, mais aussi avoir des pratiques sexuelles homosexuelles, avoir des relations avec des gens qui ne mettent pas de préservatifs et qu’on ne connaît pas bien. Tous ces gens-là qui ont ces pratiques en le sachant, ceux-là savent, doivent à mon avis, savoir ce qu’ils font. Mais pour tous les autres, ceux qui ne savent pas. Elle parlait des jeunes filles qui apprennent leur sérologie, 1 sur 3, qui apprennent leur sérologie au moment d’accoucher. Qui est-ce qui va leur causer avant ? Il faut aller dans les lycées. Ça tombait sous le sens avant. Sur l’éducation sexuelle, il y a 30 ans, 40 ans, pourquoi on ne le fait plus ? Pourquoi est-ce que les structures collectives de notre société, l’État par exemple, il s’était occupé de notre sexualité, il s’était occupé de pleins de trucs, la tuberculose et tout ça, pourquoi est-ce qu’il ne s’occupe plus du sida ? C’est inquiétant en fait.

Sandra : Tina tu voulais rajouter quelque chose ?

Tina : Ce que je voulais rajouter, c’est qu’on a plusieurs expériences de témoignages qui ont été fait dans des lycées et collèges. Et le retour à chaque fois parmi autant les enseignants que les élèves, les enseignants nous disent, on a rarement vu nos élèves aussi concentrés pendant une aussi longue durée. Ça les a vraiment fascinés, ils étaient scotchés. Et on demande aux élèves de nous faire un petit retour sur ce qu’ils ont pensé, les messages qu’ils envoient aux témoignant c’est vraiment des messages forts. En disant voilà, enfin j’ai compris ce que c’est le VIH/Sida. Maintenant, je peux mettre un visage dessus. Mon regard aussi a changé sur les personnes séropositives. Si un ami ou un membre de ma famille m’apprend qu’il est séropositif, je ne vais pas le rejeter. Il y en a aussi qui ont dit, moi j’ai été me faire dépister suite à votre intervention. Donc c’est vraiment le fait de voir que ça existe vraiment, qu’il y a des personnes qui vivent avec. Ça interpelle les jeunes. Ça capte leur attention. Et je pense vraiment que ça, c’est de la prévention.

Transcription : Sandra Jean-Pierre