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Amédée Thevenet | Christian Saout | Financement de la lutte contre le sida | Pierre Bergé

Pierre Bergé, Christian Saout, et Amédée Thevenet sont dans un bateau…

4 février 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : Depuis 1995, c’est avec constance que l’émission Survivre au sida a donné la parole aux personnes séropositives et aux militants qui souhaitaient dénoncer les multiples dérives des associations de lutte contre le sida. Pourtant, lorsque ce sont des personnes vivant avec le VIH qui parlent en leur propre nom de ce qu’elles estiment avoir subi aux mains des associations qui prétendent les représenter et les défendre, force est de constater que, le plus souvent, cela retombe comme un soufflé. Ceci en dit long sur le poids que pèse la parole des premiers concernés de l’épidémie. Si cette parole reste étouffée, il subsiste un malaise certain, comme une drôle d’odeur mélange de soufre et de putréfaction. Ce malaise a rejailli à l’occasion de la publication d’un article du Parisien qui pose sur la place publique quelques-unes des pratiques de l’association AIDES sous les présidences de Christian Saout hier et de Bruno Spire aujourd’hui. Point de vue de Reda Sadki.

Début du son.

Reda : Si AIDES n’est pas en banlieue ce n’est pas grave. Déclare Christian Saout, lorsque je le rencontre pour la première fois en 1997. On sera avec les autres, me dit-il, parce que nous avons une légitimité que nous n’avons pas. Par la suite, AIDES se débarrassera des quelques personnes qui au sein de la structure ont tenté de porter la question du sida en banlieue. D’autres, repartiront tout seul, dégoûtés par le peu d’intérêt porté par la direction aux populations, on va dire non prioritaire. À savoir, celle de la banlieue, celle des cités et celles dont la précarité est liée non pas à une chute parfois vertigineuse du fait de la maladie. Mais bien aux conditions d’existence auxquelles elles sont assignées. Si AIDES n’est pas en banlieue ce n’est pas grave. Quelque chose de fétide dans le milieu associatif. L’article du Parisien pose la question de l’argent. L’utilisation des dons. Les révélations sont loin d’être fracassantes. Elles proviennent en toile de fond, même si l’article ne le dit pas explicitement, de syndicalistes. D’abord salariés d’AIDES, qui étaient, il faut le dire, bien contents de manger la soupe et de mépriser par le passé les gens qui à l’extérieur critiquaient leur association. À titre d’exemple, j’aimerais citer cette jeune maman de Pau qui s’est battue pendant plusieurs années pour répondre aux besoins des familles touchées par le VIH. AIDES non seulement, ne l’a pas soutenue, mais à tout fait pour lui mettre des bâtons dans les roues. Si AIDES n’est pas en banlieue, ce n’est pas grave. Où étais-tu, Michaël Douanier, 27 ans, ancien salarié d’AIDES, qui prend la parole dans Le Parisien, lorsque cette jeune maman frappait aux portes d’AIDES, pour demander du soutien pour son projet ? Où étaient tous ces salariés lorsque, des gens qui avaient fait le choix de militer à l’extérieur de la plus grande association de lutte contre le sida, se retrouvaient face aux portes fermées des financeurs qui répondaient, de toute façon, notre soutien va à une valeur sûre. Où étais-tu Mikaël Douanier, lorsque des personnes atteintes, des personnes qui vivent avec le VIH, se plaignaient des dérives des dirigeants de l’association ? Où étais-tu Mikaël Douanier lorsque les choix de la direction mettaient d’abord la priorité sur une seule population et ignoraient les besoins de toutes les autres, sur le front du sida ? Si AIDES n’est pas en banlieue, ce n’est pas grave.

Fin du son.

Sandra : Ali, Tina, bonjour, bienvenus à l’émission Survivre au sida.

Tina et Ali : Bonjour.

Sandra : Bonjour Claude Samuel, bienvenu à l’émission.

Claude Samuel : Bonjour.

Sandra : Est-ce que vous aussi, Reda Sadki, vous vous dites où étaient les anciens salariés d’AIDES, ceux qui dénoncent aujourd’hui la mauvaise utilisation des dons de l’association, quand les séropositifs de banlieue, des cités, réclamaient leur aide ?

Ali : Pour ma part, j’étais justement en banlieue. Enfin, je transitais entre la banlieue et la prison dans la période où j’ai été contaminé et que j’étais toxicomane. Et donc ce que Reda vient de dire en l’occurrence… ces propos, quand on les tenait il y a quelques années, on était considéré comme homophobe. À savoir que d’une part, on s’attaquait à la population homosexuelle, ce qui n’était pas exact. Et secundo, on n’était d’aucun intérêt pour la lutte contre le VIH, justement par rapport à, quand on venait voir de banlieue, on est sur Paris, on est dans les locaux d’AIDES, on voyait bien qu’on n’était pas les bienvenus. Et c’est quelques années après, après quelques scandales de gros sous, qu’on a réalisé que oui, effectivement, ils ont commis une erreur. Ils ont, comme j’ai coutume de dire, ils ont prêché pour leur paroisse. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas bataillé quoi ou qu’est-ce. Ils ont été les premiers dans le combat. En revanche, ils n’ont pas pris en compte toute la population des personnes vivant avec le VIH et c’est ce qui a rebuté pas mal de personnes qui étaient porteuses du VIH entre autres, et qui ne se reconnaissaient pas à travers ces associations-là et voir une seconde Act-Up en l’occurrence.

Claude Samuel : Vous êtes très gentil en disant erreur. Moi je pose la question et il faudra retrouver les archives, les ouvrir. Erreur ou crime ! ? Et je parle en tant que docteur Claude Samuel, président fondateur de l’Association de Défense des Victimes de l’Affaire du Sang Contaminé. Erreur ou crime ! ? Les archives !

Tina : On a déjà constaté, certaines personnes, j’en fais partie et beaucoup d’autres aussi donc… plus ceux qui ont des préoccupations de vie de famille, de procréation ou qui viennent d’autre population. Où est la place pour cette population ? Ce n’est pas aujourd’hui qu’on constate des dérives de l’association AIDES. Ça fait depuis des années que beaucoup de personnes essayent de faire entendre cette voix. C’est vrai que, pour les personnes qui travaillent chez AIDES, on se demande pourquoi c’est seulement aujourd’hui qu’ils se réveillent, qu’ils font des articles dans Le Parisien pour dénoncer des dérives. Ça date de dizaines d’années quoi.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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