Skip to main content.

Contamination et prévention | Essais cliniques et recherche fondamentale | France Lert | Homosexualité | Jean-Michel Molina

Essai I-Prex, ou le graâl de la prévention pour les barebackers homosexuels ? (avec France Lert)

25 janvier 2011 (lemegalodon.net)

Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article

Sandra : Un traitement antirétroviral pour les séronégatifs, voilà l’objet de l’étude I-Prex. Sans plus attendre on écoute France Lert, directrice à l’Institut Nationale de la Santé et de la Recherche Médicale qui a détaillé cette étude pour Survivre au sida.

Début du son.

France Lert : Alors l’étude, qui vient d’être publiée c’est l’étude I-Prex, qui a été réalisée par l’institut de la santé américaine avec principalement des volontaires hommes et transgenre, ayant des rapports sexuels avec des hommes en Amérique latine, un petit peu aux Etats-Unis, et un petit peu en Thaïlande. Mais l’essentiel est des hommes de l’Amérique du sud. C’est des pays dans lesquels il y a peu d’accès à la prévention et peut-être que le recrutement a été plus rapide et plus facile en Amérique latine que dans d’autres pays. Néanmoins, en parallèle à cette étude. Il y a des études dans la population hétérosexuelle qui utilisent le même principe, d’une prise par voie orale d’antirétroviraux. Également l’étude est réalisée chez des usagers de drogues, principalement en Thaïlande. Et donc on aura, alors d’ici deux trois ans, des résultats pour la population hétérosexuelle et pour les usagers de drogues. Le but de cette étude c’est d’étudier, l’efficacité de la prise par voie orale, d’antirétroviraux, en l’occurrence le Truvada, pour prévenir la transmission sexuelle, donc la prise de médicament par des personnes séronégatives, pour empêcher la transmission du VIH lors des rapports sexuels entre hommes.

Sandra : Mais comment elle a été présentée cette étude à ces personnes ? Est-ce qu’il y avait une motivation financière ou pas ?

France Lert : Non il n’y a pas de motivation financière à cette étude. C’est vrai que, quand des volontaires rentrent dans un essai, quel qu’il soit, ici un essai de prévention, on leur offre le meilleur service qu’on peut leur proposer. Et donc, les hommes et les transgenres qui sont rentrés dans cette étude, ils ont bénéficié de conseil de dépistage, de préservatif et de traitements des infections sexuellement transmissibles. Donc il n’y avait pas d’incitation financière. Mais il y a quand même l’incitation par un service de qualité qui permet aux gens d’avoir une motivation à participer, qui est nécessaire au plan éthique pour pouvoir comparer ce qu’on veut étudier, c’est-à-dire le traitement prophylactique à ce qu’on peut faire de mieux en prévention avec les moyens dont on dispose à l’heure actuelle et qui sont connus. Les patients ont été suivis pendant une période médiane de 1,2 ans et ça va jusqu’à un peu plus de 2 ans et demi pour ceux qui ont été suivis le plus longtemps.

Sandra : En fait le traitement quand est-ce qu’ils doivent le prendre ? Avant les rapports sexuels ? Ou est-ce que c’est quelque chose en continu ? Comment ça se passe ?

France Lert : Dans cet essai I-Prex, le traitement est pris en continu de façon quotidienne. C’est-à-dire, il n’est pas lié à l’anticipation de relations sexuelles dans la journée. Normalement il doit être pris tous les jours, comme vous prenez n’importe quel médicament quotidien, à une heure donnée, toujours la même, qui vous convient. Et donc c’est un traitement continu.

Sandra : Donc en fait, ça sous entend qu’une personne séronégative qui vit avec quelqu’un de séropositif, si elle veut se protéger au lieu d’utiliser les préservatifs, elles prennent ça à vie c’est ça ?

France Lert : Pour l’instant on n’en n’est pas là. Pour l’instant on teste cette solution qui peut offrir une alternative effectivement si on montre que ça marche bien. Ca peut offrir une alternative à tout ce qu’on connaît. Vous dites à vie, ça peut être aussi, par période, ça peut être aussi en alternant avec d’autres choses pour avoir une meilleure satisfaction en matière de sexualité et aussi de prévention, tout en maintenant un bon niveau préventif. Mais pour l’instant, contenu des résultats d’études qui sont, dirons-nous intermédiaires, le pas encore n’est pas franchi pour en faire quelque chose qui va être mis en place dans les mois qui viennent.

Sandra : Alors justement ces résultats, qu’est-ce qu’ils ont montré ?

France Lert : Ces résultats ils montrent que quand on compare les hommes qui recevaient un placebo, c’est-à-dire une pilule, mais qui ne contenait pas de principe actif, quand on compare les patients qui ont pris le Truvada à ceux qui prenaient le placebo, le taux global de protection est de 44 %. Ce qui est un peu moins que ce que les chercheurs attendaient. Et ce qu’on voit également c’est que ce taux d’efficacité, il augmente quand le traitement a été réellement pris en continu. Or, il apparaît qu’il y a eu beaucoup de difficultés d’observance du traitement, c’est-à-dire que beaucoup d’hommes n’ont pas pris les médicaments comme ils l’auraient dû quotidiennement. Et donc, on peut penser que cette efficacité modeste qui a été montrée, elle est liée en partie au fait que le traitement n’a pas été correctement pris. Et ce résultat est corroboré par le fait que, dans les études pharmacologiques qui ont étudié la présence des molécules dans le sang des personnes volontaires. Il y en a beaucoup chez lesquels le médicament n’est pas présent dans le sang, ça veut dire qu’il n’a pas été pris. Donc il est probable que le médicament est efficace mais la continuité de la prise d’un médicament à titre préventif, par des hommes dans cette situation, apparaît encore difficile. En tout cas dans les pays dans lequel le traitement a été majoritairement réalisé. Il faut avoir en tête que les hommes qui ont été inclus dans cet essai, une grande partie en Amérique latine, dans une société machiste, dans une société dans laquelle l’homosexualité n’est pas forcément bien reconnue. Ils avaient un nombre très élevé de partenaires sexuels, puisque c’était en moyenne 18 partenaires sur 3 mois, ce qui est assez élevé en moyenne. Et d’autre part, il y avait une partie importante, 40 % ont eu pendant cette période du travail sexuel. Donc c’est une population particulière et que c’est probable que ça vaut la peine de continuer à étudier les possibilités d’une telle stratégie dans des contextes différents dans lesquels le niveau d’éducation générale est plus élevé. L’habitude de prendre des médicaments est plus ancrée dans les pratiques etc.

Sandra : Donc vous, vous n’êtes pas déçue par les résultats de cette étude ?

France Lert : Non, moi personnellement je ne suis pas déçue par les résultats de cette étude parce que, je pense que c’est une grande innovation de faire prendre un médicament antiviral en prévention par voie orale à des hommes homosexuels. C’est un comportement qui est tout à fait nouveau pour cette population. Et donc je crois que, les résultats qu’on obtient, surtout quand on regarde le lien entre l’efficacité et l’observance. C’est-à-dire que l’observance augmente le taux d’efficacité, veut dire qu’il faut mettre le paquet pour cet essai pour ce type d’approche sur la façon dont les volontaires et plus tard les populations cibles pourront prendre le traitement.

Sandra : Est-ce que cette étude va être faite dans d’autres pays ?

France Lert : En France, il y a un projet qui est préparation et qui était déjà en préparation, qui va être modifiée à la lumière des résultats I Prex, qui va concerner les homosexuels masculins en France. Et qui va s’attacher principalement à voir si un traitement intermittent, c’est-à-dire à la demande, quand les personnes anticipent un rapport sexuel va permettre une meilleure prise des médicaments. Et donc une meilleure efficacité. Donc cet essai qui était déjà en préparation depuis longtemps va être modifié pour tenir compte des résultats qu’on a obtenus et va être lancé d’ici l’été.

Sandra : Et Jean-Michel Molina disait que c’est la première fois qu’on utilise le traitement comme moyen préventif mais, et l’avis suisse alors ?

France Lert : L’avis suisse, il concerne les personnes séropositives. Et donc c’est d’abord le traitement qui est donné aux personnes séropositives. Il a un premier objectif qui est de les soigner, d’améliorer leur pronostic, d’améliorer leur qualité de vie. Et il permet également de réduire la transmissibilité du virus. Faire prendre à des personnes séronégatives un traitement antirétroviral par voie orale, c’est effectivement la première fois. Il y a eu comme vous le savez l’essai caprisa qui a été un gel vaginal contenant des antirétroviraux mais c’était aussi à ce moment-là un produit à mettre au moment de l’acte sexuel. Alors que, l’essai I-Prex et les essais de ce qu’on appelle PreP, prophylaxie pré-exposition consiste à prendre un médicament par voie orale au cours de la journée, au cours des 24 heures.

Fin du son.

Sandra : C’était France Lert, directrice de recherche à l’Institut Nationale de la Santé Et de la Recherche Médicale, l’INSERM. Tina, Bruno, Zina, qu’est-ce que vous pensez de cette étude ?

Tina : Je n’ai pas très bien compris, est-ce que cette étude a été faite avec des hommes séronégatifs oui mais on ne sait pas si les partenaires séropositifs avaient une charge virale indétectable ou non, je pense que ça n’a pas été pris en compte. Oui le résultat que ça protège à 44 %. Bien sûr on se dit c’est moins de la moitié. D’abord ça ne semble pas très convaincant. Mais d’après ce qu’elle dit, c’était dû à un manque d’observance et tout ça donc je pense que c’est bien de poursuivre et de voir si l’efficacité augmente, ça peut, peut-être être une solution pour certains couples ou certaines personnes séronégatives qui ont des rapports réguliers avec des personnes séropositives. Donc par exemple des couples sérodifférents qui veulent faire un enfant ou qui veulent se passer du préservatif.

Sandra : Zina ?

Zina : Pour ma part je trouve ça très bien. Effectivement c’est une bonne avancée si maintenant une personne séronégative en prenant un comprimé peut éviter d’attraper le virus. Maintenant je sais que, pour ma part si j’étais séronégative, je ne suis pas sûre que je serais d’accord de prendre un traitement. Parce que ce ne sont pas quand même des traitements bénins. C’est quand même des traitements assez lourds. Maintenant je pense que c’est bien quand même parce que chacun est différent. Moi personnellement, je ne crois pas que j’aurais accepté de prendre un antirétroviral pour éviter d’avoir le virus. Maintenant c’est vrai que, pour d’autres personnes qui pensent différemment, oui c’est bien.

Sandra : Bruno ?

Bruno : Tout ce qui peut faire avancer la recherche c’est bien, il faut bien commencer quelque part. Là c’est dans la population homosexuelle qu’ils décident de faire cette étude. C’est vrai que moi je suis séronégatif, ça fait presque 20 ans que j’ai toujours eu des relations en couple sérodifférent. Je pense qu’on est aussi fiable, au contraire on doit même être plus stable dans nos relations parce que pour faire des études sur nous, les partenaires séronégatifs. L’avis suisse, grâce à l’avancée des médicaments, ça nous a permis de voir, que c’est vrai que les médicaments protégeaient mieux les personnes séropositives. Et qu’il y avait autant d’espoir pour les couples. Donc je pense que cette étude-là, qu’on pourrait aussi la faire pour les séronégatifs qui sont en couple.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

Commentaires via Disqus