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Bruno Toussaint | Diabète | Effets indésirables | Industrie pharmaceutique | Pouvoir médical

Les séropositifs et le Médiator : de la minimisation des effets pudiquement nommés indésirables

6 janvier 2011 (lemegalodon.net)

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Mardi 4 janvier 2011, la revue Prescrire a improvisé une conférence de presse exceptionnelle. Pourtant, depuis des années, cette revue publie avec constance des articles pour alerter le grand public sur des « nouveaux » médicaments, qui pour la plupart, « n’apportent pas de progrès thérapeutiques » selon Bruno Toussaint, directeur de la rédaction. Sans jamais intéresser les médias généralistes. « On apprend des informations sur les effets indésirables des médicaments, les anciens comme les nouveaux, et, régulièrement, ça conduit à réviser la position, et à réaliser qu’il y a des médicaments dont on se servait qui, en fait, ne rendent pas vraiment service, ou ont trop d’effets indésirables par rapport au peu d’efficacité » poursuit Toussaint.

Mardi, les journalistes se bousculaient entre eux pour poser leurs questions au directeur de la rédaction. Ce dernier, peu habitué à un tel phénomène, ne savait plus où donner de la tête.

Mais pourquoi les médias s’intéressent subitement aux effets indésirables des médicaments ? À cause du tonnerre provoqué par la médiatisation autour d’une seule molécule commercialisée sous le nom « Mediator ».

Prescrit et remboursé par la sécurité sociale à 65 % pour les personnes diabétiques avec une surcharge pondérale, il s’avère que ce médicament n’est en réalité qu’un coupe-faim qui provoque des effets secondaires cardiaques. S’il a fini par être retiré du marché français en novembre 2009, c’est plusieurs années après la publication de données démontrant clairement ses risques et ses effets indésirables. Dans l’intervalle, on chiffre 500 morts et plus de 3 500 personnes hospitalisées à cause de cette molécule.

Maintenant, un autre médicament est susceptible d’être retiré du marché : le blufomédil. « Il a des effets indésirables neurologiques et cardiaques, parfois mortels, en particulier en cas de doses élevées ou inadaptées à l’insuffisance rénale. Il faut le retirer du marché », déclare Prescrire.

Qui est responsable ? « La firme pharmaceutique qui laisse sur le marché un médicament dont il sait qu’il est trop dangereux pour les services qu’il rend » affirme Bruno Toussaint. « Ensuite bien sûr, il y a les pouvoirs publics qui laissent aussi la firme agir alors qu’ils ont les mêmes données, pour constater que le médicament est plus dangereux qu’utile. Ensuite bien sûr, il faut que les professionnels de santé se forment à des sources indépendantes sur les médicaments pour réagir » ajoute le directeur de Prescrire. « La plupart des firmes pharmaceutiques sont des firmes influentes qui sont multinationales et le problème est le même dans tous les pays. »

Les patients ne sont pas assez écoutés

Il a fallu attendre plus de 30 ans pour que l’« affaire Médiator » éclate au grand jour. Une illustration des failles du système, selon Bruno Toussaint : « les études conduisent à estimer qu’il y a probablement entre 10 000 ou 20 000 morts chaque année du fait des effets indésirables des médicaments. C’est peut-être plus, puisqu’il y a peu d’études, peu de données. En général, les effets indésirables sont peu étudiés. Beaucoup d’études sont faites sur l’efficacité mais les effets indésirables sont laissés dans l’ombre, ce qui est logique puisque la plupart des études sont menées par les firmes pharmaceutiques qui ont bien sûr intérêt à mettre en avant l’efficacité, les services rendus et à minimiser les effets indésirables. »

Mais comment est-ce possible que de tels médicaments comme le Médiator arrivent sur le marché ? « Pour qu’un médicament arrive sur le marché il faut qu’une firme le demande. Il y a tout un dossier à constituer. Ca prend quelques années. C’est très réglementé mais, finalement, ce n’est pas très exigeant » s’inquiète Bruno Toussaint. « Il est simplement demandé aux firmes pharmaceutiques de montrer que leur médicament fait mieux qu’un placebo et que les effets indésirables sont à peu près proportionnés. Il n’y a aucune exigence de progrès thérapeutiques et ça explique facilement que beaucoup de nouveaux médicaments ne font pas mieux que les anciens, voir font parfois pire. Les Agences du médicament écoutent principalement les firmes pharmaceutiques et elles n’écoutent pas assez ni les patients, ni les professionnels de la santé. Petit à petit ces agences donnent la priorité aux intérêts des firmes en oubliant la protection des personnes ».

Et qu’en est-il des traitements VIH/Sida ? À cela, Bruno Toussaint répond : « Dans le domaine du VIH, bien sûr, les médicaments sont dangereux mais, bien sûr, la plupart apportent un réel service. Pour l’instant, sur le marché du VIH, les antirétroviraux ont une balance bénéfice risque manifestement positive. Alors il y a certains médicaments plus inquiétants que d’autres comme l’abacavir, c’est connu. Mais malgré tout, dans certains cas, il rend service. »

Sandra Jean-Pierre

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