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« Je ne serais plus de ce monde si mon fils n’était pas né » dit Ali, survivant des années héroïne-sida

28 septembre 2010 (lemegalodon.net)

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Sandra : Ali tu as quel âge ?

Ali : 48 ans. Presque 49 ans. Février 1962.

Sandra : Tu es né où ?

Ali : Je suis né à Paris dans le 11e.

Sandra : Tu as des frères, des sœurs ?

Ali : J’ai deux sœurs. Une sœur aînée qui a deux ans de plus que moi, et ma sœur cadette qui a 39 ans et qui ont toutes les deux des enfants. J’ai un garçon, l’aîné à deux garçons et une fille et la plus jeune a un garçon.

Sandra : Si tu devais remercier tes parents pour quelque chose, ce serait pourquoi ?

Ali : Justement, malgré les conneries que j’ai faites dans ma vie et tout, j’ai toujours essayé de faire en sorte d’être respectueux envers les gens, même si en contrepartie, j’ai dû faire des choses malhonnêtes pour m’approprier de l’argent à l’époque où j’étais toxicomane. Mais pour le reste je pense que j’essaye de ne pas être désagréable avec les gens, de voir si je peux être utile, j’essaye de l’être. Et surtout justement, ce lien familial qui tient encore, c’est extrêmement important pour moi de garder des contacts avec eux, avec mes parents qui ont pratiquement 80 ans et mes sœurs et neveux et nièces, comme je dis ces derniers temps un peu moins avec mon fils, mais je l’ai quand même élevé jusqu’à l’âge de 15 ans, je lui ai torché le cul, j’ai eu des bons rapports avec lui. Ainsi va la vie quoi.

Sandra : Où est-ce que tu as grandi ?

Ali : A Clichy-sous-Bois, Montfermeil. J’ai grandi dans les bidonvilles à Villemomble et après on est allé habiter dans les cités dortoires à Clichy-sous-Bois, Montfermeil Bosquets.

Sandra : Tu écoutes quoi comme musique ?

Ali : Je suis assez éclectique, j’écoute beaucoup de choses mais c’est vrai que la musique qui a marqué ma génération c’était les années quatre-vingt, le rap, mais le rap américain parce que le rap français était en train de naître un peu. Et voilà, si on me dit tout de suite, mon fils dans le ventre de sa mère il écoutait 2Pac et Notorious B.I.G., Snoop Dog, des trucs comme ça.

Sandra : Quel est ton plat préféré ?

Ali : Il y en a beaucoup, j’aime autant un couscous qu’un pot-au-feu.

Sandra : Est-ce que tu peux nous décrire tes tatouages et tes bijoux ?

Ali : Ola ! (rires) Les tatouages c’est un peu symbolique du parcours de vie. Le reste ce sont des trucs qui me font plaisir à moi. Si ça emmerde les gens…

Sandra : Par exemple là je crois apercevoir une araignée c’est ça ?

Ali : L’araignée c’est le symbole de la came et la mort, c’est la mort, les femmes, c’est les femmes.

Sandra : Donc là j’en vois sur ton bras.

Ali : C’est une tombe.

Sandra : OK. Et tu as en d’autres ou pas ?

Ali : Non, que au-dessus de la taille.

Sandra : Et tes bijoux qu’est-ce que c’est ? Toutes ces bagues ?

Ali : C’est… il y a un truc religieux, il y a des trucs qui sont complètement personnels voilà.

Sandra : Pourquoi tu as décidé de les faire ces tatouages et de porter ces bijoux ?

Ali : Parce que ça m’habille et c’est moi quoi, c’est comme des vêtements que j’aime bien porter.

Sandra : A quel âge est-ce que tu as décidé de faire ton premier tatouage ?

Ali : Très tôt. Sur les mains j’en ai quelques-uns. J’en ai trois ou quatre et le premier c’est le A en lettre gothique.

Sandra : Sur ton doigt ?

Ali : Oui je ne sais plus comment on appelle ce doigt-là. L’index. Non, enfin peu importe.

Sandra : Si tu étais un jeune d’aujourd’hui. Est-ce que tu aurais fait des piercings ?

Ali : Non, les piercings ce n’est pas trop mon truc. J’ai eu des cicatrices pour autre chose. Donc ce n’est pas nécessaire de m’en infliger.

Sandra : Quand tu étais plus jeune, quel genre de garçon tu étais ? Fils à papa ou rebelle ?

Ali : Fils à papa parce que j’adorais mon père mais il travaillait à l’usine, il faisait les trois huit. C’est ça la différence. Et justement j’ai peut-être grandi en me disant, je ne supporterai peut-être pas ce que mon père a supporté, et donc j’ai fait des choix différents. Mais je suis très fier de mon père et lui quand je l’ai au téléphone, il est fier de son fils donc ça me fait relativement plaisir quoi.

Sandra : Quand tu vois ton fils aujourd’hui, vous parlez de quoi ?

Ali : Ca fait presqu’un an que je ne le vois pas. Donc justement, il habite à trois stations de chez moi, mais c’est une histoire de forte tête et voilà. Bon il est en contact avec ma famille justement, mes neveux, mes nièces, mes sœurs.

Sandra : Est-ce que tu peux nous raconter le premier anniversaire de ton fils ?

Ali : Comme beaucoup de parents de maintenant je dirai, bon il a eu 19 ans mais comme beaucoup de parents, le premier, un garçon, chouchouté, après la séparation il n’était pas malheureux, je fréquentais une autre femme avec qui j’ai vécu 5 ans mais il n’empêche qu’il faisait parti intégrante de ma vie, je devais en avoir la garde, enfin bref. Il y a tout un… des problèmes juridiques et autre avec la mère de mon fils. Et voilà quoi. Ca l’a un peu chahuté, et ça nous a tous chahuté.

Sandra : Et la dernière fois que tu as fêté son anniversaire avec lui ?

Ali : Quand il avait 15, 16 ans.

Sandra : Est-ce que tu parles à tes enfants du VIH ?

Ali : Mes neveux et nièces, ils savent que je l’ai, j’ai parfois prononcé des phrases, devant des personnes, j’étais le seul séropositif dans la salle et c’était expressif donc j’espère qu’ils font attention à ce qu’ils font. Maintenant je ne garantirai pas quoique ce soit, parce que je ne sais pas à leur âge, comment je fonctionnerai. D’ailleurs, quand moi j’ai appris que je l’ai eu, j’ai quand même pris un risque d’avoir un enfant, sachant que la mère de mon fils ne l’était pas, et donc ni l’un, ni l’autre ne le sont.

Sandra : Donc à ton fils tu parles du VIH ?

Ali : Si j’avais l’occasion de le voir oui. C’est surtout à mes neveux et nièces, à qui je me suis permis de dire un certain nombre de choses, par rapport à ça, et donc comme je l’ai dit, comme je le faisais avec mon fils dès l’âge de 15 ans, ce n’était pas en permanence mais si à un moment il fallait se prononcer là-dessus, dire que l’opinion des autres avant tout c’est soi-même et pour lui, il ne pouvait pas intégrer quand même que j’avais une maladie éventuellement mortelle, donc lui, il a toujours vu son père avec une pêche, ceci, cela. Donc comme je lui ai dit, je n’en parlais pas tout le temps avec lui ou à mes neveux et nièces, quand je suis avec eux, je ne parle pas en permanence de ça. Ni avec ma famille d’ailleurs.

Sandra : Hépatite C et VIH quel rapport ?

Ali : Il se trouve que par voie intraveineuse tu avais toutes les chances d’attraper ces deux virus. Mais auparavant il y avait pas mal de cas d’hépatite B, dont il y a le vaccin maintenant mais moi justement je l’ai appris durant une incarcération en 1981, deux ans avant d’apprendre que j’avais le VIH/VHC. Pour l’hépatite B, je l’ai appris en 1981. Et elle s’est résorbée toute seule parce que j’ai fabriqué des anticorps entre guillemet, je me suis auto-immunisé.

Sandra : Tu ne travailles pas aujourd’hui alors comment est-ce que tu occupes tes journées ?

Ali : Si je peux être un peu utile je suis utile, sinon quand même, il y a des choses à faire. La baraque, passer un peu de temps, bouquiner, écouter de la musique, je suis assez cinéphile, et puis il m’arrive de sortir aussi quand il fait beau. Il y a des beaux endroits dans Paris.

Sandra : Tu es seul ou accompagné dans la vie ?

Ali : Pour le moment seul.

Sandra : Et quel est ton genre de femme ?

Ali : Une qui… avec qui j’arriverai à trouver l’équilibre. Mais maintenant la mode, elle est beaucoup à chacun chez soi quoi. Donc moi je suis sortie avec la même femme pendant 5 ans, alors qu’on habitait à 100 m d’intervalle l’un de l’autre. Donc ça me convenait mais bon, on verra ce que réserve l’avenir.

Sandra : Mais physiquement, est-ce que tu as un genre ?

Ali : Ah oui déjà, les femmes trop minces je n’aime pas. Les femmes trop rondes je n’aime pas, un juste équilibre. C’est vrai que je n’ai peut-être plus la chance d’être trop gâté mais… avec qui je puisse dialoguer, avec qui je puisse partager des pôles d’intérêts, mais voilà, faut dire les choses. Physiquement, une femme qui a des formes.

Sandra : Tu veux passer une petite annonce peut-être ?

Ali : Non, non.

Sandra : Quel dragueur es-tu ?

Ali : Je drague rarement, faut vraiment que je sois sûr de moi pour y aller.

Sandra : Tu es un timide.

Ali : Oui.

Sandra : Est-ce que tu peux nous parler de ta première relation sexuelle ?

Ali : Véritable pénétration… en fait c’est une femme qui m’a fait plus l’amour que moi qui lui ai fait. J’avais 14 ans, c’était la tante d’une nana qui… avec qui je couchais. C’est la première fois de ma vie que j’ai vu un préservatif d’ailleurs. Et bon, avec elle il y avait une pénétration. Ensuite à 17 ans, avec un préservatif et voilà quoi.

Sandra : C’est quoi une giskette ?

Ali : Dans mon vocabulaire je mélange beaucoup de mots de différentes origines. C’est une façon de définir les femmes, c’est… elle est jolie la giskette, elle est mignonne la fille, c’est ni plus ni moins de l’argot ancien ou je ne sais quoi.

Sandra : Quelles sont les femmes qui ont compté dans ta vie ? Et est-ce qu’elles sont nombreuses ?

Ali : Trois. J’ai été amoureux deux ans d’une infirmière que j’avais connue. Ensuite la mère de mon fils, elle a beaucoup compté, on va dire 8 ans, 5 ans de belle vie et aussi beaucoup de déchirement. Et ensuite de nouveau 5 ans avec une femme qui s’appelait Catherine et qui est décédée. Une gitane.

Sandra : Quels sont tes qualités et tes défauts ?

Ali : Les défauts j’en ai beaucoup. Et les qualités, je ne dirai pas que je suis facile à vivre mais selon ma conception de vie des choses, j’évite de demander trop aux gens quoi.

Sandra : Et tes défauts alors ? Tu as dit que tu en as beaucoup mais…

Ali : Mes défauts justement c’est que, ce n’est pas que je mets une distance systématiquement dans une relation. Maintenant on entend parler justement de gens qui veulent se mettre en couple. Ce n’est pas évident de calquer sa vie sur la vie de quelqu’un et pour l’avoir fait justement, un certain nombre d’années, avec enfant, sans enfant, tout ça et tout. Je sais que j’aime bien avoir un petit moment tout seul tranquille et ce que je trouve un peu pénible dans la vie de couple, c’est quand tu arrives à réclamer des… à l’autre ceci cela, ça me gave quoi.

Sandra : Quelles sont tes peurs ?

Ali : Mes plus grandes peurs c’était que mon fils, s’il arrive à l’âge de 18 ans et que malheureusement il ait fait de la prison, heureusement ce n’est pas le cas, de ce que je sais, il travaille et voilà. Donc, d’avoir pu inculquer à mon fils la politique de « fais ce que je te dis et pas ce que j’ai fait », parce que c’est loin d’être évident, et j’espère que ça durera. Et voilà, les conneries que j’ai faites par le passé, comme je l’ai dit tout à l’heure, je les ai déjà payées vis-à-vis de la justice avec un certain nombre d’années de prison et même dans le social voilà, tu as deux tueurs qui se baladent dans les veines, deux pathologies mortelles.

Sandra : Est-ce que tu as des choses que tu as faites et que tu regrettes aujourd’hui ?

Ali : Vu que j’ai payé pour les conneries que j’ai faites. Non je ne vois pas… Si ! À l’époque, comme je voyais le regard de mon père, je l’imagine, voir son fils se détruire, en s’injectant de la merde, en s’injectant de la came, on ne savait même pas qu’il y avait des virus qui pouvaient traîner. J’imagine un père qui voit son fils se détruire avec un produit pareil. Ca le rendait fou, ça oui. Je m’en veux d’avoir fait du mal à mes proches ou à des gens que j’aimais ou voilà. Mais ce que j’ai fait, vis-à-vis de la société je l’ai payé quoi et il n’y a rien de crapuleux.

Sandra : Est-ce que tu as déjà eu l’occasion de voyager ?

Ali : Oui, au-delà des pays de l’Espagne, partir au bled en voiture tout ça, mais sinon, quand j’ai eu un peu d’argent, un des plus beaux voyages que je me suis payé, c’est d’aller à Cuba. Mais il y a d’autres pays en Europe sympa aussi.

Sandra : Est-ce que l’herbe est plus verte ailleurs alors ?

Ali : En fait c’est plutôt là où on vit, là où on est obligé de faire avec les éléments, et voilà quoi, j’ai fait le choix, on parlait tout à l’heure du parcours où je suis né à Paris, j’ai vécu, j’ai grandi en banlieue, et comme le dit une chanson… j’ai fait un retour aux sources en revenant habiter là où mes parents se sont connus. C’est un hasard et en même temps on peut prendre ça, en même temps on se nourrit, pour aller de l’avant.

Sandra : Est-ce qu’il y a des événements importants qui ont changé le cours de ta vie ?

Ali : Directement je ne serais plus de ce monde si mon fils n’était pas né ça, c’est clair. Dès qu’il est né, j’ai réalisé que je ne vivais pas que pour ma pomme, que si je mourais, il y aurait que ma famille pour me pleurer. Il m’a mis du plomb dans la tête, dans le sens où j’ai arrêté la came, il y avait les produits de substitutions à l’époque, et c’est là que j’ai accroché le wagon associatif. D’abord j’avais des contrats de 6 mois, après j’étais salarié, enfin bref, ça, c’était envers les toxicomanes, faire de la prévention basique, les seringues, shooter propre, pas se les échanger, les préservatifs, bon… ça n’a pas servi à grand-chose, la plupart sont décédés du sida, ou de problèmes liés à la came.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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