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Ali dit « Samy » | Drogues et réduction des risques (RDR) | Génération sacrifiée, 20 ans après | Hépatite C (VHC) | Hommage aux disparus

Années héroïne-sida : La route, elle est longue comme un film de Hitchcock

28 septembre 2010 (lemegalodon.net)

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Sandra : Pour les 15 ans de l’émission Survivre au sida, nous rencontrons quelques-uns des personnages atypiques et attachants qui font l’émission. La semaine dernière c’était Ousmane, un militant et artiste engagé. Bonjour Ousmane, qui est à la technique.

Ousmane : Oui, bonjour Sandra, bonjour à nos amis auditeurs et auditrices de l’émission Survivre au sida.

Sandra : Et aujourd’hui c’est Ali qui fait parti du Comité des familles, une association créée en 2003 pour et par des familles concernées par le VIH. Bonjour Ali.

Ali : Bonjour Sandra, bonjour Ousmane et bonjour à tous les auditeurs.

Sandra : Comment tu vas ?

Ali : On fait aller, quand on est avec vous, on peut que passer le temps agréablement.

Sandra : Ali si je te dis génération sacrifiée, année héroïne sida, ça te parle ?

Ali : Plus que ça que ça me parle. Ca me poursuit depuis 27 ans par voie de conséquence, oui bien sûr. Ca m’interpelle, du jour au lendemain, les drogues dures qui arrivent dans les halles de cité, qui se vendent comme des petits pains, la délinquance, l’apparition du VIH et voilà.

Sandra : Si tu dois expliquer à ton fils ce qu’est la génération sacrifiée, tu lui dis quoi ?

Ali : Je n’ai pas eu la possibilité de le faire. J’espère que je pourrais le faire un jour, de ce que je lui ai inculqué dans la manière de vivre avec, c’est que malgré tout, il fallait continuer à aller de l’avant et il a vu que son père, son daron comme il dit il continue à avancer dans la vie tant bien que mal.

Sandra : Mais est-ce que tu peux expliquer exactement pourquoi on dit génération sacrifiée ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Ali : Les gens ils ont entendu parler au début du sida, moi au premier article, c’était d’un bouquin anglais, d’une revue anglaise, en 1981 qui parlait du sida à l’époque justement et pas du VIH, VHC avec les termes qu’on utilise maintenant qui ont encore changé. C’est une maladie mortelle sexuellement transmissible qui apparaît comme ça dans la nature, un virus qui risque de vous tomber sur la gueule un jour ou l’autre. Vu le comportement qu’ils avaient en l’occurrence avec les seringues en ce qui me concerne, je me suis retrouvé à être séropositif, je n’ai pas été qu’un séropositif dans ma vie quoi.

Sandra : Est-ce que génération sacrifiée c’est spécifique aux cités ?

Ali : Non ! Parce qu’il y avait une certaine classe mais en minorité qui avait de l’argent, qui arrivait à s’acheter les produits qui malheureusement se les injectaient ou qui avaient des relations amoureuses et voilà, ça a commencé à se transmettre comme ça, après l’historique entre guillemet du VIH entre les hémophiles, la population homosexuelle, au début moi justement premier article j’avais lu, c’était 15 % de toxicos, 85 % homosexuels, c’était deux ans avant d’apprendre que je l’avais. Donc je me suis dit voilà, ça ne m’a pas vraiment étonné quoi. D’autant que j’étais co-infecté VIH/VHC c’est-à-dire sida et hépatite C et je ne suis pas traité pour le VIH parce que j’ai un taux d’anticorps voilà.

Sandra : Un taux d’anticorps ? Explique pourquoi tu ne prends pas de traitement ?

Ali : Parce que bon c’est vrai, il y a un certain laisser-aller mais d’un autre côté j’ai aussi vu pas mal de choses autour de moi avec ou sans les traitements et on m’avait dit que si je prenais les premiers traitements, je gagnerai 20 ou 30 de vie. Pour le moment il y a des traitements qui sont certainement meilleurs que les premiers mais j’arrive à faire sans. Le jour où il faudra que j’en prenne un, j’en prendrais peut-être un, mais en ce qui concerne l’hépatite j’ai pris deux traitements hépatiques parce qu’il existe des traitements maintenant et il n’y a pas eu de rémissions. Mais en ce qui concerne le VIH comme je le dis, ça fait plus de 27 ans que je ne prends pas de traitement.

Sandra : Pourquoi parler aujourd’hui de la génération sacrifiée, ce n’est pas de l’histoire ancienne ?

Ali : J’ai entendu autour de moi ce discours, mais tout a existé. Les hémophiles, on a enterré à coût de millions parce que ça venait du gouvernement même si c’était du sang qui prélevait dans les prisons ou ailleurs. Donc pour ce qui est de dénoncer un certain nombre de choses quand tu les as vécus, t’es légitime et tu ne te poses pas la question de savoir si on donne l’autorisation de savoir ou pas. J’ai vécu en dehors de lois un certain nombre d’années, j’en ai payé le prix. Mais d’un autre côté si j’ai envie de dénoncer la société dans laquelle je vis, et le regard sur certaines catégories de personnes, j’ai le droit de recracher à la gueule.

Sandra : De ta classe de maternelle ou de CP, combien ont survécu, que sont-ils devenus ? Et est-ce que tu peux préciser où est-ce que c’était et quand ?

Ali : C’est plus des rencontres de collège qui sont partis, bon, j’ai arrêté de compter, je dis ça façon de rigoler, mais au bout de 50 qui sont décédés du VIH autour de moi, j’ai arrêté de les compter. Il y a même très longtemps.

Sandra : Des gens de ta génération qui ont été contaminés, 1 sur 10 a survécu, est-ce que parfois tu te demandes pourquoi toi, et pas ceux qui sont partis ?

Ali : Pas vraiment parce que j’ai une partie de la réponse mais la route elle est longue comme un film de Hitchcock qui dit que la route est longue avant de mourir, il y a l’instinct de survie dès lors que tu sais que tu as une pathologie mortelle ou que t’as vie est en danger ou je ne sais quoi et tout, tu essayes de te sortir de la merde, je n’ai pas toujours été dans la merde non plus. Il y a eu des périodes plus graves.

Sandra : Le Méga Couscous était dédié aux personnes disparues en banlieue, est-ce qu’il y a quelqu’un à qui tu souhaites rendre hommage ?

Ali : Je rends hommage à tous ceux, malheureusement je vais utiliser des termes un peu crus, qu’on servit de cobaye au tout début pendant une dizaine d’années. OK maintenant c’est bien, il y a des traitements et tout, mais d’un autre côté, qu’est-ce qui est fait pour contrecarrer les effets secondaires, qu’est-ce qui est fait pour améliorer le quotidien de personnes qui souffrent avec ça ou des difficultés administratives ou je ne sais quoi et tout. Oui il y a pas mal de trucs à dire à ce niveau-là. Mais bon, je le fais à mon niveau quoi.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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