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Trithérapie pour la prévention : Le Comité des familles avait raison !

9 septembre 2010 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Donc maintenant on va parler d’un événement qui a eu lieu cet été. C’est la Conférence internationale sur le sida à Vienne en Autriche. Donc c’est un événement qui a eu lieu du 18 au 23 juillet. C’est un événement qui réuni beaucoup de chercheurs. Et donc ils se réunissent pour faire le bilan sur la recherche, les nouvelles avancées scientifiques et aussi un peu sur la politique de financement, la politique de lutte contre le VIH. Et cette année, ce qui est ressorti le plus dans les médias c’est cette idée que les traitements, ils ont reconnu que les traitements peuvent réduire le risque de transmission et donc prévenir l’infection. Est-ce que si je vous dis ça, que les traitements peuvent être utilisés comme moyen de prévention, peuvent limiter la transmission, est-ce que pour vous c’est une grande nouvelle ou pas ?

Tina : Ca fait déjà deux ans et demi ou même plus qu’on le sait mais ce qui est peut-être nouveau c’est que maintenant parmi les professionnels de la santé, ils arrivent à mettre ces mots ou à sortir ces mots de leur bouche de plus en plus.

Sandra : Est-ce que maintenant du coup vous pensez que sur le grand public, est-ce que les gens vont peut-être moins avoir peur de cette maladie. Est-ce que ça va changer quelque chose ?

Farid : Pour le grand public je ne pense pas.

Zina : Je ne suis pas sûre, je ne pense pas non plus.

Tina : Tout dépend à quel point les médias vont en parler. Jusqu’à présent je pense que très peu de personnes ont suivi la Conférence de Vienne. Donc si les médias reprennent ça, je pense que le grand public n’est pas con, ils peuvent comprendre mais tout dépend si on souhaite en parler, si les médecins ont par exemple, souhaitent le dire ouvertement à la télé, quel médecin va oser annoncer ça.

Sandra : Et vous, est-ce que vous avez suivi cette conférence ?

Farid : Non.

Sandra : C’est clair que c’était pendant l’été, donc on est tous en vacances… ça ne vous a pas intéressés ?

Yann : J’avais été interviewé par Ousmane et toi, donc j’avais donné mon avis sur une émission de radio au mois de juillet. Mais je n’ai pas suivi d’une manière pointue.

Sandra : Et justement je t’avais interviewé, et puis je t’avais posé la question, par rapport aux discriminations si je me souviens bien. Donc vous dites que ce genre d’événements, n’aura pas d’impact sur le grand public. Donc du coup, ils vont peut-être continuer à avoir peur de cette maladie. Dès qu’on dit sida, VIH, d’ailleurs l’anecdote que tu racontais tout à l’heure Tina c’était un peu de la discrimination. Est-ce que récemment vous avez vécu des faits discriminatoires, est-ce que vous ressentez encore aujourd’hui cette discrimination ou est-ce que petit à petit vous vous rendez compte que les gens maintenant ça va, avec le sida, c’est bon ils ont compris, que ce n’est plus les années quatre-vingt, que maintenant il y a les trithérapies, le progrès de la médecine.

Yann : Non moi le recul que j’ai par rapport à ta question c’est comme je suis séropositif depuis 25 ans, je crois que je me suis tellement blindé par rapport aux réactions les plus négatives que j’ai fait une carapace donc après la vraie question c’est de savoir les jeunes qui apprennent leur séropositivité actuellement, est-ce qu’ils ressentent vraiment de la discrimination ? Et forcément, d’après ce que j’entends, c’est clair que oui. Que ce soit dans le monde du travail, je ne vais pas tout répéter mais la discrimination elle existe quand tu as le sida, quand tu es arabe, quand tu es noir, quand tu n’as pas d’argent, enfin tu vois ?

Sandra : Oui, bien sûr. Mais est-ce qu’aujourd’hui vous arriver plus facilement à en parler, que vous êtes concernés, à vos amis, à vos proches ou alors est-ce que c’est encore tabou dans votre famille ou avec vos amis ?

Zina : Moi c’est un peu comme Yann, je ne ressens pas de, ça ne m’atteint pas en fait. Je m’en fiche de ce que pensent les autres. Et comme je l’avais déjà dit une fois, j’ai un filtre à con, si la personne est réfractaire, ce n’est pas grave, ça m’évitera de perdre plus de temps avec cette personne. Donc ça ne m’atteint pas.

Sandra : Farid ?

Farid : Silence.

Tina : Peut-être que tout ça c’est plus difficile, selon où est-ce qu’on en est dans sa vie, c’est-à-dire je comprends pour des personnes qui ont leurs enfants, leurs conjoints, après voilà, ils attendent. Pour moi c’est vrai je trouve ça difficile parce que tu dois encore un peu affronter de trouver une personne qui va vouloir aussi des enfants, voir comment ça se passe pour les enfants quand ils sont tout petits donc ça fait, de se dire, tous les gens vont être au courant, discriminer les enfants, ça me fait quand même un peu peur tous ces gens qui ont un faux avis sur le VIH et qui vont pointer du doigt ou mal parler de toi parce qu’ils savent que tu as ça et mal parler de tes enfants, de ton conjoint, je trouve ça dure.

Reda : Mais pour revenir à la Conférence elle-même, et puis les messages qu’on a entendus dans les médias il y a eu quand même beaucoup d’interférence, il y a eu un travail de brouillage fait autour de ce qu’il y a quand même, et nous, on le sait effectivement depuis trois ans puisqu’en 2008 déjà on avait fait la troisième rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH auquel on avait fait venir le président de la commission fédérale suisse sur le sida, qui sortira un an plus tard ce fameux avis suisse qui disait une chose simple : une personne séropositive sous traitement efficace dans certaines conditions n’est plus contaminante ou le risque qui reste, est résiduel, est du même ordre que celui d’un avion qui tombe du ciel. Donc ça, c’est quand même la plus grande nouvelle depuis l’arrivée des trithérapies au milieu des années quatre-vingt-dix et on sait à quel point certaines associations ont failli rater ce virage-là, se méfiaient de la trithérapie, ne voulaient pas croire que ça pouvait marcher. Et là on a un petit peu la même situation où différents acteurs, des gens qui font la prévention, qui flippent, qui pensent que donner cette nouvelle ça va… tout le monde va commencer à baiser sans capote, comme si tout le monde mettait la capote tout le temps en l’état actuel des choses. On a la nouvelle la plus importante qui arrive depuis 15 ans et puis on a la débandade des associations qui brouillent les messages, les médecins qui brouillent les messages, les acteurs de la prévention qui brouillent les messages et c’est un petit peu cette cacophonie qu’on a entendue à Vienne. Et ce qu’il faut retentir c’est là, il y a quelque chose qui a fondamentalement changé ou qui devrait fondamentalement changer dans la vie des personnes séropositives et puis de tous ceux qui les aiment comme on a l’habitude de dire au Comité des familles tous ceux qui sont à leurs côtés. À commencer par les partenaires séronégatifs, parce que cette nouvelle-là elle concerne plus que les séropositifs, elle concerne les séronégatifs. Qui lors de chaque acte sexuel, avec une personne séropositive, il y a un échange de fluide, prennent un risque. Le risque d’une contamination. Et il faudrait qu’on sache les gens qui militent pour une forme de prévention, montre le préservatif comme ça, ils grossissent tout le temps ce risque. Ils disent attention ! Et en fin de compte c’est ça qui stigmatise à force d’agiter cet épouvantail-là c’est les gens qui vivent avec qui sont stigmatisés. Donc pour moi c’est… après le peu d’intérêt, comment cette Conférence elle est déconnectée du quotidien des séropositifs, tout ça, c’est ce qu’on a vu avec la série d’entretien que tu as fait, moi ce que j’ai entre-aperçu dans la cacophonie autour de cette conférence c’est quand même un truc intéressant, c’est des gens qui parlent, qui osent poser sur la table la question de la guérison. Des pistes de recherche pour déboucher non pas sur une vie, est-ce que tu vas vivre longtemps mais toujours avec des médicaments, toujours avec des effets, des conséquences, liées à la fois aux médicaments et au virus. Et là j’ai entendu des chercheurs qui disaient : « là on travaille sur une piste pour se débarrasser une fois pour toutes ». C’est la première fois que j’ai entendu ça aussi fort, venant de chercheurs qui n’étaient pas en train d’essayer de renouveler leur financement ou juste faire des effets d’annonce ou des laboratoires, donc ça, c’est intéressant, je ne dis pas que ça y est la guérison c’est pour demain. Je dis juste que j’ai entendu ça, et ça vaudrait la peine de creuser cette piste-là pour savoir si c’est de nouveau le truc, je rappelle le virus il apparaît en 1981, en 1983, les gens sous l’administration de Reagan aux États-Unis, font une conférence de presse à la Maison Blanche, pour dire ça y est, on a trouvé le vaccin. Dans quelques mois on l’aura le vaccin contre le sida. Ca c’était en 1983. Donc on est presque 30 ans plus tard, et il y a toujours des chercheurs qui nous font ce coup-là. Mais là, moi je crois qu’il y a quelque chose. J’ai senti quelque chose qui a changé, donc j’espère que c’est pour de vrai, à voir.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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