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Bruno Spire | Financement de la lutte contre le sida | Homosexualité | Reda Sadki

Bruno Spire vs. Reda Sadki (7/7) : Les associations issues du mouvement homosexuel méprisent-elles les problèmes des séropositifs hétérosexuels ?

26 juillet 2010 (lemegalodon.net)

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Tina : Pensez-vous que les associations classiques issues du mouvement homosexuel ont entendu et répondu aux préoccupations des couples hétérosexuels et des familles vivant avec le VIH ?

Bruno Spire : Pour certains oui parce que les préoccupations sont extrêmement communes. Pour d’autres non. On ne prétend pas répondre aux besoins de tout le monde, de convenir à tout le monde. Et heureusement. Parce que si on prétendait ça, ce serait catastrophique. Heureusement qu’il y a plusieurs associations et pour certains… c’est comme les chaussures, chacun va trouver chaussure à son pied. Et il y en a qui vont plutôt se trouver mieux…

Reda : Sauf qu’il y en a un qui a une chaussure en or voir en platine, et l’autre qui en a une vieille babouche tout esquintée !

Bruno Spire : On ne peut pas toujours… si on est l’association la plus importante, faut aussi se poser la question pourquoi ? Alors, qu’est-ce que ça voudrait dire ? Je vais aller jusqu’au bout de la logique. Est-ce que ce serait le grand mouvement, comme on a pu parler du lobby juif mondial à un moment donné ? Est-ce que ce serait le grand lobby homosexuel qui arroserait AIDES qui fait que c’est pour ça qu’on est la plus grande association ?

Reda : Bien sûr que non. Ce serait absurde.

Bruno Spire : Ce serait absurde de penser ça. C’est simplement parce qu’historiquement, au début c’est la première qui a été là, donc on s’est, on a quand même… et on ne s’est pas basé d’ailleurs uniquement, je le répète encore une fois, si au départ ça a été créé par des homosexuels, ça a quand même été tout de suite une association généraliste. Et aussi parce qu’on a fait des actions qui ont été globalement, on peut critiquer par ci, par là, mais qui globalement ont été de qualité. Le jour où on ne fera plus de la qualité… on n’innovera pas, eh bien on ne sera plus la plus grande association. Donc j’incite toutes les associations à faire cette démarche qualité sur les actions. C’est comme ça qu’elles seront reconnues. Et je les incite aussi à ne pas jouer la division parce que la division c’est contre productif. Et de faire des partenariats, ça permet de rapprocher, d’avoir des rapprochements, d’avoir des garanties des uns et des autres et de faire reconnaître. Il y a des associations qui en ayant fait des partenariats avec nous, aujourd’hui sont également reconnues. Je pense à ASUD, l’association d’Auto Support Usager de Drogue, qu’on a soutenu dans sa création, on a tout fait pour qu’elle existe et aujourd’hui, c’est une association reconnue, qui ne prétend pas d’ailleurs représenter tous les usagers de drogue, à qui on pourrait poser la même question que vous avez posée. Mais elle ne s’est pas érigée en disant : « vous êtes horrible à AIDES, vous êtes que des homosexuels, vous ne parlez pas de la spécificité toxicomanie ». Ils ont dit : « on a besoin d’exprimer plus cette spécificité, laissez-nous le moyen d’exister, soutenez-nous ». Et c’est ce qu’on a fait. C’est plus cette façon-là qu’il faut, je pense, adopter. Et ne pas être dans une espèce d’opposition en disant : « la grosse association c’est la méchante parce qu’elle est grosse ». Non. C’est, la grosse association, elle a une certaine expérience et elle peut vous aider à faire que vous aussi vous soyez une grosse association. On n’a absolument aucune crainte, on n’est pas en compétition.

Reda : Pour répondre à la question qui avait été posée, je ne pense pas que ce soit une question de la taille de l’association. C’est plus une question de son histoire et de son honnêteté par rapport à cette histoire. Et je sais aussi, là aussi un peu comme pour Sol En Si, je sais qu’au sein d’ASUD, je sais ce que dit en privé Fabrice Olivet, sur la nature des relations et entre autre des conflits pour se faire entendre avec la direction d’AIDES et les difficultés qu’il a eu, les souffrances qu’il a eu de ce fait-là. Mais ce n’est pas vraiment mon propos. Il ne s’agit pas d’opposer les grosses ou petites associations. Il s’agit plutôt en l’occurrence, je pense, aujourd’hui, de reconnaître la légitimité d’une démarche multi-communautaire puisque nous, on ne réunit pas que des personnes migrantes, on n’est pas une association de migrants pas plus qu’on est une association maghrébine. On arrive à fédérer tout le monde. Et autour de préoccupations, notamment cette question de la procréation, et sur par exemple l’Assistance Médicale à la Procréation, nous, ce qu’on aimerait, c’est que l’association AIDES, non seulement reconnaissance que nous, on est légitime comme d’autres pour le faire. Mais que, de part le travail qui est fait, de part la qualité de ce travail, effectivement, que AIDES dise clairement et publiquement à un moment ou un autre, oui effectivement, il n’y a pas mieux pour parler sur cette question, pour intervenir sur cette question, il n’y a pas mieux que le Comité des Familles. Et nous à AIDES, on soutiendra le Comité des Familles pour que les futurs parents puissent faire entendre leurs revendications. Et ça, je sais qu’au sein d’AIDES, on a du mal à accepter cette délégation. Donc à la fois vous dites : « non on ne parle pas à la place des autres. On est dans une démarche, on réagit quand les gens nous sollicitent ». Et en même temps vous n’êtes pas prêts à reconnaître que vous n’êtes pas les plus légitimes et que vous n’êtes peut-être pas les mieux placés pour parler sur certaines questions, notamment cette question de la procréation, de l’Assistance Médicale à la Procréation.

Bruno Spire : Ça fait quand même des années qu’on a fait évoluer l’Assistance Médicale à la Procréation, qu’il y a des militants chez nous qui sont investis fortement et y compris dans le rapport d’expert pour faire évoluer les choses.

Reda : Qu’ils viennent au Comité des Familles...

Bruno Spire : Mais, qu’ils travaillent avec le Comité des Familles, je suis entièrement d’accord. Que AIDES ne fasse pas tout seul, et néglige le Comité des Familles désormais, alors que vous avez envie de vous mettre sur ces aspects-là, je suis entièrement d’accord. Là où je ne suis pas d’accord, c’est de dire : « ah bah non, toute cette expertise qu’ont développé les militants et l’intérêt que peuvent avoir des personnes au sein d’AIDES, ils n’ont plus le droit de s’y intéresser parce que ce serait chasse gardée pour le Comité des Familles ». Non. En revanche, là je ne serais pas d’accord. En revanche, s’il y a des nouvelles recommandations, un nouveau groupe, etc., je demanderais à ce que les personnes d’AIDES contactent le Comité des Familles pour travailler ensemble sur un texte à proposer aux institutions, s’il faut modifier les législations, etc. Et qu’on vous contacte, que vous soyez associés. Parce qu’il n’y a pas de raison que vous ne le soyez pas. Ça, ce ne serait pas normal. Mais il n’y a pas de raison non plus que la parole des militants chez nous, qui s’en occupe, on décide qu’ils n’ont plus le droit de s’en occuper. Il n’y en aurait pas, ce serait différent. Mais il y en a. Il y a peut-être des champs sur lesquelles vous avez l’expérience où nous, il n’y en a pas. On ne va pas y aller. Mais là où il y en a, ce n’est pas le meilleur exemple pour commencer ce genre de délégation.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

L’intégralité du débat entre Bruno Spire et Reda Sadki

- Bruno Spire vs. Reda Sadki (1/7) : « Ras le bol qu’on oublie nos enfants ! » déclare une maman séropositive
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (2/7) : Les associations sont-elles réellement à l’écoute de tous les séropositifs ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (3/7) : Les séropositifs hétérosexuels ont-ils leur place dans une association comme AIDES ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (4/7) : Est-ce que toutes les populations sont ciblées ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (5/7) : Le dépistage rapide du VIH, réservé aux homosexuels ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (6/7) : Comment comprendre l’évolution de l’épidémie du VIH ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (7/7) : Les associations issues du mouvement homosexuel méprisent-elles les problèmes des séropositifs hétérosexuels ?