Skip to main content.

Bruno Spire | Financement de la lutte contre le sida | Homosexualité | Reda Sadki

Bruno Spire vs. Reda Sadki (4/7) : Est-ce que toutes les populations sont ciblées ?

26 juillet 2010 (lemegalodon.net)

1 pièce jointe | | Votez pour cet article

Environ 6 000 contaminations par an, presque les ¾ hétérosexuelles, mais une prévalence 100 fois plus importante chez les homos. Où en sommes-nous ? Quelles sont les priorités ?

Bruno Spire, président d’AIDES, et Reda Sadki, président du Comité des familles, répondent aux questions de l’émission Survivre au sida.

Tina : Alors de retour à l’antenne. Avec les invités Bruno Spire, président d’AIDES qui débat avec Reda Sadki, président du Comité des Familles. On va parler de prévention. Environ 6 000 contaminations par an en France, presque les ¾ hétérosexuels mais une prévalence 100 fois plus importante chez les homosexuels. Où en sommes-nous ? Quelles sont les priorités ?

Bruno Spire : ¾ hétérosexuel c’est bon, un petit peu moins, disons que c’est 2/3 des hétérosexuels plutôt que ¾. Bon on ne va pas ergoter sur les chiffres. La prévalence elle est plus importante chez les homosexuels, enfin elle est stable. Ce n’est pas tellement comme ça qu’il faut voir les chiffres. Il y a une prévalence stable chez les homosexuels. Les homosexuels ont payé toujours un lourd tribut à l’épidémie. Et les hétérosexuels, quand on dit les hétérosexuels c’est essentiellement aujourd’hui, quand on voit les groupes c’est, les personnes d’origine africaine ou qui ont séjourné en Afrique qui sont touchées. Donc ce n’est pas non plus la population générale. Ce n’est pas la population générale hétérosexuelle. Ce sont les groupes ciblés. Et donc les priorités aujourd’hui c’est effectivement, en terme de prévention, c’est la prévention ciblée, à la fois chez les migrants. Pour nous, c’est notre vision. Et à la fois chez les homosexuels masculins sans négliger non plus un message généraliste de vigilance sur l’ensemble de la population. Et un message de solidarité avec les personnes atteintes qui doivent aussi être travaillées dans la prévention. Parce qu’il ne peut pas avoir de prévention s’il n’y a pas de solidarité avec les personnes touchées ou avec les personnes exposées. Ça, c’est vraiment important qu’on développe ça au niveau de la population générale.

Reda : Alors sur le pourcentage, sur la part hétérosexuelle, il y a un débat assez compliqué. On sait que par exemple l’Institut National de Veille Sanitaire pour avoir, je les ai appelés, j’ai appelé Caroline Semaille pour lui demander exactement quel était le pourcentage d’hétérosexuel. Et elle ne voulait pas me dire. Et en fait je me suis rendu compte que dans sa manière de comptabiliser, pour elle, les migrants, donc les personnes d’origine africaine, enfin de nationalité africaine, ne comptait pas parmi les hétérosexuels. Alors je ne dis pas que tous les immigrés africains sont hétérosexuels mais quand même. Et j’ai compris qu’il y avait un parti pris au sein même de l’Institut National de Veille Sanitaire pour mettre en avant et privilégier les besoins d’une population. Et minimiser et marginaliser les besoins d’une autre. Précisément ce à quoi Bruno Spire se dit opposé et moi aussi. Un traitement différentiel en fonction d’a priori idéologiques où là ce serait les homosexuels qui seraient prioritaires et on insiste beaucoup plus sur la prévalence que sur le nombre absolu d’hétérosexuel. Après cette histoire d’immigration, moi en 1997, j’avais fait un entretien avec Florence Lot qui était à l’époque au réseau national de santé publique, qui était en passe de devenir l’Institut de Veille Sanitaire. Sur les chiffres, elle avait fait une présentation où on était je crois à l’époque 14 % des cas de sida, il n’y avait pas encore de déclaration de la séropositivité, était de nationalité étrangère. C’est déjà énorme. C’est 1 sur 8 alors qu’officiellement, les étrangers c’est 6 % de la population. Et j’avais posé la question, c’est quand même inquiétant, c’est quand même révélateur de choses importantes, est-ce que le réseau national de santé publique, est-ce que pour vous c’est une priorité d’essayer de creuser ces chiffres, de mieux comprendre ce qu’il se passe, du côté de la population immigrée ? Réponse de Florence Lot : « Non. Ce n’est pas une priorité. Et on n’a pas l’intention de faire plus pour essayer de comprendre ce qui se passe ». Après ce qui s’est passé c’est que, dans les services hospitaliers, tout d’un coup, les chefs de service en banlieue comme à Paris, se sont retrouvés, c’était noir de monde. Du jour au lendemain pratiquement, je me souviens de Jean-François Delfraissy en 1998-1999 qui disait : « tout d’un coup on a vu cette population noire récemment arrivée en France débarquer dans les services, le plus souvent au stade sida ». Et c’est là où il y a eu cette reconnaissance très tardive de l’immigration. On est passé à un stade où on était à 42 %, arrivé 2001 ou 2002, le pourcentage de nationalité étrangère sur l’ensemble des cas de sida, donc énorme. C’est comme si 14 % d’étrangers parmi les cas de sida, ce n’était pas suffisant pour compter sur le plan des priorités de santé publique. Et ça, c’est déjà quelque chose d’atroce. Une atrocité à laquelle on a été confronté. Et après, de la même façon, mais sur le côté par exemple maghrébin de l’épidémie, dans les cités avec ce qui s’est passé avec l’héroïne. Denis Méchali à l’hôpital de Saint-Denis raconte que 9/10, on parle d’une mortalité de 90 % des gens qui sont passés par l’héroïne, par la seringue, par la toxicomanie, par la double peine, par la prison. Il y en a 1/10 qui a survécu. Et donc forcément, ils n’étaient plus dans les services hospitaliers du jour au lendemain et pour autant ils n’étaient pas oubliés, ni par les médecins, ni par les familles qui étaient autour d’eux. Mais eux aussi étaient des enfants de l’immigration. Mais ils ne comptaient pas. Non seulement parce que c’était des enfants de l’immigration mais en plus parce que, soit français, ils étaient présumés être assimilés à la société française et donc indistincte de la population générale qu’évoque Bruno Spire. Et donc on voit une sous-estimation des chiffres côté étranger, côté issu de l’immigration et j’ai même eu des gens de la Direction Générale de la Santé ou ailleurs qui me disaient : « on ne veut surtout pas stigmatiser les jeunes maghrébins en tant que particulièrement touchés par le sida. Ils sont déjà stigmatisés par la société ». Et justement pour autant cette préoccupation, cette volonté de ne pas stigmatiser n’apparaissait pas, quand il s’agissait de faire des contrôles d’identités, quand il s’agissait de parler des jeunes de banlieue et ainsi de suite. Donc on se retrouve par rapport à cette situation qui renvoie à la question des priorités. Quelle priorité ? Et ce que je vois, c’est qu’on marche sur la tête au niveau de la prévention et qu’on continue à mettre le gros des moyens, le gros de la réflexion de la recherche, de la préoccupation, de la mobilisation publique, des politiques publiques et y compris par les associations. Le gros des moyens continue à aller à une seule population. La population homosexuelle. Et pire que ça, ça se fait au détriment des autres. Tel est mon point de vue aujourd’hui et c’est contre ça j’espère que s’inscrit aussi l’action du Comité des Familles.

Bruno Spire : Alors moi je suis entièrement d’accord avec l’analyse mais pas avec la conclusion. C’est-à-dire que je suis entièrement d’accord avec le fait qu’on n’a pas à dire à la place de la population, on ne veut pas dire que ce sont des migrants, des immigrés, parce que ça va être de la stigmatisation. Et moi je reconnais tout à fait comme mérite au Comité des Familles de pouvoir vraiment dire parmi nous il y a un certain nombre de migrants qui sont touchés et doivent être reconnus, on a à le dire et à l’affirmer. C’est ce qu’on appelle la mobilisation. Et le Comité des Familles a cette qualité, une part de sa démarche communautaire, mais aussi de capacité à mobiliser les gens concernés. Et ça, c’est très important. D’un autre côté cette mobilisation elle est naissante. Vous avez moins d’ancienneté, d’expérience que nous par l’histoire parce que l’épidémie est arrivée plus tard que chez nous. Plus tard en tout cas, en France. Ça s’est révélé en France beaucoup plus tard. Quand on regarde les chiffres épidémiologiques c’est quand même une dynamique... enfin quand je dis plus tard, c’est déjà pas mal d’années maintenant. Mais plus tard par rapport aux années quatre-vingt. Maintenant ce n’est pas pour autant qu’il faut considérer que tout le monde n’a qu’une envie c’est de prioriser la communauté homosexuelle. Parce que ce n’est pas le cas. Quand je vois aujourd’hui les moyens que donnent les GRSP pour la prévention gay dans différentes régions, c’est zéro. À part la région parisienne, quand on sort de la région parisienne, il n’y a quasiment plus d’endroit où on veut bien nous financer la prévention vers les gays. Parce que ce n’est pas politiquement correct. Les migrants non plus, ou de moins en moins. Il faut faire jeune, généraliste, là où l’épidémie ne se trouve pas. Mais on est en train de faire quelque chose qui doit être justement une vision, tout le monde doit avoir la même prévention. Il ne faut pas parler de groupe qui serait plus concerné que les autres. Que ce soit les migrants ou les homosexuels. Et faisons quelque chose d’un peu, j’allais dire on fait la prévention grand public parce que ça, c’est politiquement correct et les élus vont apprécier. C’est pour ça que je ne suis pas d’accord avec la conclusion. Ce n’est pas du tout une prévention qui privilégie uniquement le mouvement homosexuel. Nous, on nous a supprimés des financements à Nice, c’est la deuxième ville touchée par l’épidémie. On nous a supprimés des financements au niveau du GRSP pour faire de la prévention gay. Alors qu’on en avait les autres années. Et pour faire, non pas de la prévention spécifique mais pour augmenter les subventions généralistes.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

L’intégralité du débat entre Bruno Spire et Reda Sadki

- Bruno Spire vs. Reda Sadki (1/7) : « Ras le bol qu’on oublie nos enfants ! » déclare une maman séropositive
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (2/7) : Les associations sont-elles réellement à l’écoute de tous les séropositifs ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (3/7) : Les séropositifs hétérosexuels ont-ils leur place dans une association comme AIDES ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (4/7) : Est-ce que toutes les populations sont ciblées ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (5/7) : Le dépistage rapide du VIH, réservé aux homosexuels ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (6/7) : Comment comprendre l’évolution de l’épidémie du VIH ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (7/7) : Les associations issues du mouvement homosexuel méprisent-elles les problèmes des séropositifs hétérosexuels ?

Documents joints

La prévention sida/VIH : est-ce que toutes les populations sont ciblées ? (avec Bruno Spire) (HTML, 14.5 ko)