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Bruno Spire | Financement de la lutte contre le sida | Homosexualité | Reda Sadki

Bruno Spire vs. Reda Sadki (2/7) : Les associations sont-elles réellement à l’écoute de tous les séropositifs ?

20 juillet 2010 (lemegalodon.net)

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Bruno Spire, président de AIDES, et Reda Sadki, président du Comité des familles, répondent aux questions de l’émission Survivre au sida.

Tina : Alors on va commencer la prochaine question en parlant des parcours militants. Donc, comment concilier son parcours personnel et son attachement à sa communauté d’origine ? Donc pour Reda c’est l’origine maghrébine, la communauté maghrébine. Pour Bruno la communauté homosexuelle. Donc avec sa volonté d’agir avec toutes les personnes sur le front du sida. Bruno, si vous voulez répondre.

Bruno Spire : Justement c’est bien parce que je n’avais pas envie de m’enfermer dans une communauté homosexuelle, que j’ai adhéré à AIDES. Parce que AIDES est centré sur le VIH et pas centré uniquement sur le VIH chez les homosexuels. Et même si AIDES a été créé par des homosexuels, AIDES d’emblée, ça ce sont les chercheurs qui le montrent, d’emblée a été une alliance entre les hommes homosexuels et les femmes hétérosexuelles. Dès le début de la création de l’association, il y a eu cette alliance avec des femmes hétérosexuelles qui sont venues. Puis ensuite sont arrivés très rapidement les usagers de drogue, donc hommes et femmes, et puis aujourd’hui arrivent des migrants et des migrantes. Moi je trouve absolument intéressant, grâce à AIDES j’ai rencontré des tas de personnes qui sont devenues aujourd’hui des amis, que peut-être, si je n’avais pas été à AIDES, je n’aurais pas eu l’occasion de rencontrer à cause de mon parcours, de mon milieu qui ne me les auraient pas fait rencontrer. Et ça c’est grâce au VIH d’une certaine façon, si on peut lui rendre grâce. Mais j’ai pu rencontrer ces personnes-là qui vivent des problématiques similaires aux miennes.

Tina : Reda ?

Reda : En ce qui me concerne, moi c’est au milieu des années 1990 que je découvre, que je me retrouve en plein dedans, bien malgré moi, cette histoire, de ce qui c’est passé dans les cités, avec l’héroïne, avec l’interdiction des seringues, la prohibition des drogues et je me rends compte, je n’arrive pas à comprendre, je ne connais pas AIDES, je ne connais pas Act-Up, j’ai plutôt une bonne image de toutes ces associations et petit à petit je découvre qu’elles sont dans un dénie terrible par rapport à ce qui c’est passé. Parce que cette chronologie où on aurait traité les populations dans l’ordre, en respectant la hiérarchie sociale en fait, c’est une chronologie fictive parmi les premiers cas de sida dès 1981 en France, il y a des africains. Des migrants entre guillemets puisque c’est la catégorie qui a été fabriqué de toute pièce pour parler des immigrés. Et pour autant, il y a ce lourd tribu payé par les immigrés et les enfants en France, au sida, du fait des choix politiques qui ont été fait et aussi du fait de la complicité des associations, en tout cas c’est mon point de vue, mon analyse. Et c’est vrai que ma volonté d’agir c’était par rapport à ça, avec les petits moyens que j’avais, je faisais déjà une émission sur « Fréquence Paris Plurielle ». Ce n’est jamais parti pour me retrouver, investi, impliqué dans une association comme le Comité des Familles et c’est vrai que le jour où j’ai compris que ce qu’on avait fait à partir de notre petite expérience d’arabe pouvait servir à d’autres, c’est autour de la question de la procréation, comment faire un bébé. Et je raconte souvent cette anecdote où c’est un message sur le répondeur de l’émission, un monsieur, un jeune homme, qui n’arrêtait pas de s’excuser, « je suis désolé, je ne suis pas maghrébin, excusez-moi, je ne suis pas africain, je ne suis pas de la banlieue, mais ma femme est séropositive, on veut faire un bébé, on a des questions ». Et c’est là où je me suis dit en fait, on l’a tout de suite rappelé, ils sont devenus des amis de l’association, quand la petite fille est née, ils nous ont invité chez eux dans le 15ème arrondissement pour fêter ça. Et c’est là où je me suis rendu compte qu’à partir de notre petite expérience on pouvait construire des choses qui rendaient service à tout le monde. Et en particulier à la population ou aux couples hétérosexuels, sérodifférents, qui trouvaient nos réponses nul part à leurs questions. C’est à partir de moment comme ça que dans la foulée, le Comité des Familles... on a défini cette volonté d’être multi-communautaire et de rassembler justement à une époque où d’un côté il y a des associations issues du mouvement homosexuel où on traite les populations en fonction de leur priorité. Ce sont les gays qui sont toujours prioritaires. Et de l’autre côté des associations découpées par ethnie, par origine, donc une association pour femmes africaines noires séropositives et ainsi de suite. Et contre cette absurdité, on a inscrit le Comité des Familles en porte-à-faux à tout ça, en disant que c’est possible aujourd’hui dans la lutte contre le VIH, de rassembler tout le monde, que ce soit pour faire la fête ou pour porter des revendications. Et pour moi c’est à double tranchant. L’assemblée générale qu’on a fait en 2007, les 3 premières personnes qui prennent la parole, ce sont des hommes blancs homosexuels. Et moi j’ai trouvé ça formidable et en même temps, ça m’a aussi permis de me rendre compte qu’il y a 2 parcours différents. Il y avait pleins de gens dans la salle qui avaient des choses à dire et il y a la parole qui s’est libérée par la suite, et que quelque part, oui, respect, au fait que, pour ces 3 hommes, issus de leur expérience collective et de cette reconnaissance dont ils ont pu jouir grâce au combat mené par les associations issues du mouvement homosexuel, qu’ils avaient cette liberté de parole, qu’ils n’avaient pas peur de prendre la parole, qu’ils ne sont pas effondré en pleurant quand ils ont pris la parole, comme l’ont fait d’autres personnes par la suite. Mais à quel prix ? Et est-ce que quelque part, en étant comme ça, dans quelle mesure, pour moi c’est une question qui grave, que je pose avec aucune légèreté parce qu’elle est témoin de ce gouffre devant laquelle on est. Est-ce que quelque part, pour chaque avancée, qui a été faite contrairement à ce qu’on dit, faite par le mouvement homosexuel autour du sida, est-ce qu’il y en a pas d’autre qui ont été un peu laissé pour compte, un peu abandonné, un peu mise sur le côté et qu’est-ce qu’on fait par rapport à ça ?

Transcription : Sandra Jean-Pierre

L’intégralité du débat entre Bruno Spire et Reda Sadki

- Bruno Spire vs. Reda Sadki (1/7) : « Ras le bol qu’on oublie nos enfants ! » déclare une maman séropositive
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (2/7) : Les associations sont-elles réellement à l’écoute de tous les séropositifs ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (3/7) : Les séropositifs hétérosexuels ont-ils leur place dans une association comme AIDES ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (4/7) : Est-ce que toutes les populations sont ciblées ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (5/7) : Le dépistage rapide du VIH, réservé aux homosexuels ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (6/7) : Comment comprendre l’évolution de l’épidémie du VIH ?
- Bruno Spire vs. Reda Sadki (7/7) : Les associations issues du mouvement homosexuel méprisent-elles les problèmes des séropositifs hétérosexuels ?