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Avez-vous déjà vu des préservatifs qui parlent ? Stéphane Ackel et Frisnel oui ! Débat autour du clip « Quand les capotes s’en mêlent »

5 juin 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : En revanche que systématiquement on oublie une moitié de l’épidémie c’est-à-dire les hommes hétérosexuels, s’il y a une femme contaminée, il y a un homme qu’elle a peut-être contaminé ou vice-versa. Mais ça on va en parler puisque jeudi soir à Paris, le Comité des Familles organise une soirée de discussion sur ce thème. Avant de parler de ça, on voulait écouter un autre clip. Alors on vous invite à aller le voir sur dailymotion notamment. C’est donc le clip, « quand les capotes s’en mêlent » de Stéphane Ackel. Et en fait pour vous planter un peu le décor, c’est un peu chaud. Il y a un sosie à Ousmane avec une jolie blonde, je rassure les intéressés (rires)...

Nabila : Ça y est, tu t’es fait choper !

Reda : Ce n’est pas Ousmane qui rentre dans une maison, dans un appartement et bah voilà, ils vont faire l’amour et puis il y a deux préservatifs qui discutent.

Début du son

Préservatif 1 : Eh mec ! Ça va mec ?

Préservatif 2 : La vérité ? ! Ça va pas du tout même !

Préservatif 1 : Pourquoi ?! Qu’est-ce qui se passe ? !

Préservatif 2 : Laisse tomber ! Ça fait plus d’un mois que je suis là à galérer !

Préservatif 1 : Non t’es sérieux là ? !

Préservatif 2 : Ouais sérieux ! En plus ça fait au moins la 6ème meuf différente qui se tape ! Et le mec, même pas il me calcule quoi !

Préservatif 1 : Et les meufs ? Elles disent quoi les meufs ?

Préservatif 2 : De toute façon je m’en fous ! Il crèvera, c’est tout ce qu’il va gagner ce mec !

Préservatif 1 : Arrête ! Dis pas ça, ce n’est pas bien !

Préservatif 2 : Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Si le gars il croit que toutes les meufs qu’il se tape sont saines, tant mieux pour lui, tant pis pour moi !

Préservatif 1 : Non ! Ecoute moi ! Viens, on va essayer de l’appeler.

Préservatif 2 : Quoi ? C’est sérieux ce que tu dis là ?

Préservatif 1 : Viens on essaye. Ça te coûte rien de toute façon.

Préservatif 2 : Franchement toi t’es un grand malade ! T’as atteint ta date de péremption.

Préservatif 1 : Si tu veux. Aller, à 3 on y va ! 1, 2, 3 !

Préservatif 1 et 2 : Eh mec ! Oh ! Hey beau gosse ! Je suis là ! Regarde moi !

La fille : Attends...

Le gars : Qu’est-ce qu’il y a ?

La fille : Tu n’entends pas quelque chose ?

Le gars : Mais non il n’y a rien !

La fille : Je te dis qu’ils ont parlé là !

Le gars : Mais non, mais non... Il y a personne ici, tu rigoles ou quoi ?

Préservatif 2 : Pff ! C’est vraiment de la connerie ton truc-là !

Préservatif 1 : Mais non ! T’arrête pas ! T’as vu que la fille nous a presque entendu, aller on y va à 3 ! 1, 2, 3 !

Préservatif 1 et 2 : Eh mec ! Oh ! Regarde nous ! On est là, là ! Regardez-nous !

Le gars : Quoi encore ?!

La fille : Là, là. Je te dis ils ont parlé là, ici.

Le gars : Quoi ici ?

La fille : Ça venait de là, là ! Viens on le met celui-là.

Le gars : C’est pas vrai !

La fille : Ah si.

Le gars : Bah c’est comme tu veux. Je crois que c’est plus raisonnable.

La fille : Ouais.

Le gars : Ouais je crois moi aussi.

Préservatif 1 : Alors, qui avait raison ?

Préservatif 2 : Franchement c’est fort ! Je te remercie mec !

Préservatif 1 : De rien, aller, amuse toi bien !

Fin du son

Reda : Il passe de « c’est pas vrai » à « c’est plus raisonnable ». (rires)

Nabila : Le dialogue est quand même hard au départ. Oui, il y a une question de... tu vas choper la mort ou un truc comme ça, de ce genre. A la fin, évidemment il y a une fin quand même très positive et c’est ce discours-là que j’aime entendre. Mais au départ ça fait quand même flipper. Mais bon.

Reda : Pourquoi toujours réintroduire cette image de la mort ? Alors que la donne a changé par rapport au VIH. Est-ce que vous pensez que, pour que ce soit audible pour des jeunes, il faut forcément évoquer la mort à chaque fois qu’on parle du VIH, du sida.

Stéphane Ackel : Là je vais parler pour le scénariste parce que je suis le réalisateur, j’ai validé sans rien changer au niveau du script. Je vais parler pour Frisnel. Lui, je pense son souhait c’était de montrer que celui qui a un dialogue un peu hard, comme dit Nabila, c’est le préservatif qui est là depuis un bout de temps sur la table. Donc il commence on va dire à avoir un discours plus radical. Et l’autre arrive et est beaucoup plus, on va dire, est beaucoup plus positif...

Reda : C’est le préservatif de la fille le deuxième préservatif. C’est elle qui a un préservatif ?

Stéphane Ackel : Non, non, c’est le garçon qui le pose comme ça, qui a ça dans ses poches mais qui ne s’en sert jamais donc... il y a un deuxième qui arrive et qui lui... voilà bon. Le dialogue je pense qu’il est assez clair dans l’échange. Maintenant pour revenir sur la radicalité du propos, c’est vrai qu’il y a toujours la volonté, ça s’adresse aux jeunes, l’idée de faire quelque chose en même temps d’un peu drôle. On ne sait pas si on y est parvenu. C’était aussi de sensibiliser les jeunes selon un autre biais quoi. C’est-à-dire un peu buzzer, qu’ils en parlent en se disant ce n’est pas quelque chose d’obligatoirement plombant et misérabiliste et voilà. On a voulu faire quelque chose qui reste fantaisiste notamment dans le cadre des couples, quand ils s’apprêtent à faire l’amour bon, c’était qu’ils repensent éventuellement quand ils ont vu ça de se dire, « bah tient », d’humaniser un peu la capote et d’en faire quelque chose de drôle, de fantaisiste et qu’à partir de là, ça l’introduit, ça la désacralise et voilà quoi. Moi c’est ce qui m’a plu dans le script de Frisnel quand je l’ai vu. J’ai dis tient, c’est original, il me l’a raconté. Une idée qui passe toute seule.

Reda : Pendant les préliminaires les capotes discutent entre elles...

Nabila : Mais je trouve l’idée en tant que telle, c’est une très belle idée, parce que ça nous change quand même de ce qu’on voit sur les spots télés, les gars en boite et tout ça. Là c’est assez saugrenu, deux préservatifs se parlent entre eux et interpellent en quelque sorte les gens qui sont en pleine action d’amour, j’espère pour eux. Mais c’est le début. C’est-à-dire l’idée en elle-même, elle est chouette, elle est très bien. C’est le début du dialogue en fait qui est... alors que nous on est en train de... le slogan de toutes les associations militantes aujourd’hui c’est que on peut faire l’amour bien sûr en se protégeant mais sans pour autant ramener cette histoire de mort. Je pense qu’on a jamais pu éduquer les jeunes avec... le taux répressif on l’a vu, ça ne marche pas. Donc autant donner un discours raisonnable, un discours audible et expliquer qu’ils risquent simplement de choper le virus donc une maladie, un traitement à vie. C’est vivable mais c’est désagréable de vivre comme ça toute sa vie.

Reda : Il faut que tu reviennes plus souvent à l’émission car tu as clairement beaucoup de choses à dire (rires). D’autres points de vue ? D’autres avis ?

Ousmane : Moi je veux rajouter juste que... pourquoi avoir plus ciblé sur... parce qu’on a quand même plus l’impression que c’est ciblé sur le VIH alors qu’il y a les grossesses non désirées, il y a aussi les maladies opportunistes.

Reda : Là il y a vrai paradoxe, parce que sur les grossesses on va parler de la pilule alors que la pilule ne protège pas du VIH.

Ousmane : Je suis d’accord mais... et les IS...MST c’est ça ?

Nabila : IST.

Reda : Infections sexuellement transmissibles.

Ousmane : Voilà, les IST où est-ce qu’on les met ? Donc quelque part je me dis quand même que on aurait pu jouer un peu dessus.

Reda : Moi j’ai une question beaucoup moins sérieuse que Ousmane. Pourquoi un noir avec une blonde ? Pourquoi pas mais...

Stéphane Ackel : C’est tout à fait par hasard...

Reda : Parce qu’il y a le hasard mais il y a l’épidémiologie du sida qui est que sur 4 personnes qui vont faire un dépistage à Paris, sur 4 personnes qui vont apprendre leur séropositivité, ¾ vont être des noirs d’origine africaine.

Stéphane : Ça je le savais... mais à la base pour la petite histoire, c’était prévu un comédien blanc, donc c’est vrai qu’au dernier moment on ne l’a pas eu, donc on a appelé quelqu’un d’autre qu’on connaît avec qui on travaille régulièrement, Vianney, et donc c’est Vianney qui est venu, donc oui, c’est tout à fait le hasard, mais je savais, je me suis dit que ça pouvait aussi être intéressant peut-être, dans ce biais-là pour s’adresser aussi à un type de population, ça pouvait aussi avoir une portée un peu plus large, donc ça n’a pas été dérangeant. Juste pour revenir sur ce que disait Nabila c’est vrai que moi à la lecture du script c’est ce qu’il m’a fait tiquer. La phrase où, « tant pis il va crever ». Après j’ai fait le chemin inverse qui était de respecter le propos sans en discuter obligatoirement plus avant avec Frisnel qui était de me dire comme j’ai justifié tout à l’heure, d’humaniser le préservatif et de dire qu’il est dégoûté, qu’il n’y croit plus, du coup il a baissé les bras et à partir de là, il a un discours plus radical mais c’est vrai que, je m’attendais en venant ici à ça. Parce que moi-même c’est quelque chose qui m’a... j’ai trouvé ça justement faux quoi. Pas vrai dans ce que ça véhicule dans le... comme message. Mais après le reste l’a emporté. L’idée générale...

Reda : Moi ce qui me semble peu réaliste, c’est toujours des choix quoi, c’est le gars qui passe, je ne sais plus comment il dit ça, « Ah non ! », en gros tu fais chier avec la capote à « Oui c’est plus raisonnable ». Tu vois ce... enfin je ne sais pas mais moi ça me semble... c’est bien beau mais je ne sais pas, pour les femmes autour de la table, si ça vous semble crédible comme situation.

Nabila : Tout à fait (rires).

Reda : Faut prendre les mecs plutôt, je ne sais pas qui...

Tina : J’imagine que c’est vraiment question de... comme ça devait être un clip court, de développer tout le changement de l’avis de l’homme, c’est pour ce genre de question. Mais ce que je trouve vraiment bien dans ce clip, c’est que ça met la situation vraiment dans le contexte, c’est-à-dire, vraiment le moment où il faut se poser la question où l’idée du préservatif trotte ou pas dans la tête. C’est vraiment cette situation et ça parle. On peut ramener des jeunes à ce moment-là, se rappeler du clip et se dire on va faire comme eux, on va prendre le préservatif quoi. Sinon c’est toujours montrer un préservatif, comment on le met sur un sexe masculin en plastique, c’est tellement hors contexte que c’est difficile même pour des jeunes qui n’ont jamais fait encore l’amour, de se dire oui, comment on va l’utiliser mais là, c’est la situation qui est, à ce moment-là, parler du préservatif, je trouve ça super.

Reda : Mais le fait que le mec puisse changer d’avis...

Tina : Oui ça c’est un peu...

Reda : Comme ça, dans le feu de l’action ?

Ali : Faudrait prendre le préservatif féminin comme ça, ça résoudrait pas mal de problème.

Tina : On voit que c’est la fille qui peut demander le préservatif, faut aussi la responsabiliser, de dire oui dans le clip, la fille l’a dit à ce moment-là, tu ne penses pas que c’est raisonnable. Ça donne un peu des outils à des filles.

Reda : Bruno ?

Bruno : Ce que je pense... ce serait merveilleux, les préservatifs qui parlent (rires).

Nabila : C’est génial oui. Je trouve ça très ludique franchement (rires)

Bruno : Ça résoudrait pas mal de problèmes qu’on se pose.

Nabila : Moi je pense, ce sont des spots comme ça qu’il faut multiplier par le biais d’image comme ça, assez ludique. Je crois que ça, ça peut attirer les jeunes. Bien sûr en modérant le dialogue. Mais tout ce qui est ludique attire en général les jeunes.

Reda : Alors qui a vu ce spot ? On sait qu’on peut le voir sur dailymotion. Il suffit de taper : « Quand les capotes s’en mêlent ».

Stéphane Ackel : Quand on fait : « Quand les capotes », il y a deux résultats qui apparaissent, donc « Quand les capotes s’en mêlent ».

Reda : Et sinon, où est-ce qu’on peut le voir ?

Stéphane Ackel : On espère, là c’est en cours, d’être sélectionné dans le cadre du concours VIH pocket film. Et là ce serait visible début juin, je n’ai plus les dates en tête, je crois que c’est 2, 3, 4 juin au forum des images.

Reda : Mais est-ce qu’on peut parler, est-ce que pour vous ça restera, quand bien même il serait sélectionné, une diffusion confidentielle ?

Stéphane Ackel : Ce n’est pas en soi... moi j’ai pris le projet dans le sens de profiter du concours pour mettre en image l’idée de Frisnel, comme je l’ai dit hors antenne, Frisnel c’est quelqu’un qui a beaucoup d’idées dans pas mal de domaines, que ce soit la prévention, dans le cadre de la sécurité routière, etc. Donc il a vraiment pas mal d’idées qu’il fait comme ça. Il avait celle-ci notamment qui collait dans le cadre de la prévention. Donc voilà on a profité de ça, de filmer avec un téléphone portable, c’est le parti pris du concours VIH pocket film et voilà, l’idée s’y prêtait donc on a fait, en plus vraiment à la dernière minute. La clôture était le soir à minuit pour mettre en ligne, on a fini à 23h... en plusieurs prises mais c’est un tourné monté comme on dit et mis en ligne dans la foulée quoi. Alors aussi, ce qu’on entend pas du coup, c’est le slogan à la fin qui est filmé, qui dit : « La capote si l’oublies un jour, elle te le rappellera ». Donc il y a un double message, c’est elle te le rappellera, donc elles parlent, elles rappelles aux personnages qu’elles sont là. Et puis aussi le message, quand on fait l’amour régulièrement sans préservatif, à un moment donné je pense qu’on peut avoir un petit rappel à l’ordre.

Nabila : Oui non mais même s’il arrivait que la personne ait chopé une maladie infectieuse tel que le VIH ou autre, à ce moment-là oui, la capote le rappellera qu’elle a toujours été là, disponible et qu’il ne l’avait pas regardé. Ça, ça peut être un message qui serait véhiculable facilement sans pour autant choquer, la fin du message oui j’aime beaucoup.

Transcription : Sandra Jean-Pierre