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Enfants concernés par le VIH | Fonds mondial contre le sida | Michel Kazatchkine | Sylvie Ouedraogo

Comment l’argent du Fonds Mondial est utilisé en Afrique ? Réactions de Sylvie Ouedraogo, pédiatre au Burkina Faso

31 mai 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : Ousmane était présent à cette conférence de presse. Donc c’est une campagne du Fond Mondial qui s’appelle « Born HIV free ». Naître sans le VIH. Il a interrogé Michel Kazatchkine, le directeur exécutif du Fond Mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose. On va écouter cet entretien.

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Michel Kazatchkine : Tout le monde connaît le Fond Mondial quelque part et si bien sûr vous vous rendez en Afrique dans tous les pays on sait que le Fond Mondial est là et permet aux femmes, aux hommes, aux enfants de recevoir les traitements du sida. Mais ici en Europe, le Fond Mondial c’est une organisation internationale multilatérale qui est à Genève, qui s’occupe du sida mais ce fond n’a pas beaucoup de contact avec les gens. Donc l’objet de cette campagne, c’est de faire que ce contact s’établisse, qu’il y ait une voix, une image, que les jeunes, ceux qui vont sur internet et puis sur twitter, facebook, puissent se dire : « Ah ! Là je peux faire quelque chose, je peux envoyer un message à mon chef d’Etat en disant si vous prenez cette décision de financement, vous faites une bonne chose ».

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Reda : Donc le Fond Mondial en 2010 doit renouveler le financement. C’est-à-dire que lors de la création, lorsque le Fond a été créé, les gouvernements se sont engagés sur un certain nombre d’années sur des financements et là, tout repart à 0. Et du coup, le Fond doit mobiliser le public et y compris les donateurs et donc en particulier les donateurs des pays riches, ce qui n’a pas empêché Ousmane de l’interpeller sur la responsabilité des gouvernements africains.

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Ousmane : On a comme l’impression que vous avez plus ciblé sur l’Europe et les Etats-Unis. Et pourquoi ne pas compter aussi sur les autres continents tel que le continent africain ? Les chefs d’Etat et autres.

Michel Kazatchkine : Alors, nous avons un grand travail de mobilisation des chefs d’Etat africains. Les chefs d’Etat africains vont se réunir à la fin du mois de juillet à Kampala au sommet de l’Union Africaine. Ce sera le sommet de l’Union Africaine qui sera très consacré à la santé. Je pense et j’espère qu’ils vont adopter des résolutions de soutien au financement du Fond Mondial. Cette campagne-ci s’adresse essentiellement aux grands financeurs du Fond qui sont actuellement les pays de ce qu’on appelle le G8 dont les leaders, qui vont se réunir au Canada dans un mois, apportent 85% des ressources au Fond Mondial dans l’état actuel des choses.

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Reda : Le Fond Mondial c’est le deuxième plus gros financeur de l’accès aux médicaments antirétroviraux pour les séropositifs des pays pauvres. Sylvie Ouedraogo, les médicaments, les ARV, les antirétroviraux que vous avez dans votre hôpital pour les enfants touchés par le VIH, qui les financent ? Qui les payent ?

Sylvie Ouedraogo : Comme vous le devinez, c’est le Fond Mondial.

Reda : Et sans le Fond Mondial ?

Sylvie Ouedraogo : Bon, sans le Fond Mondial pas de traitement pour les enfants et ce serait dommage. Donc on invite les pays riches à soutenir, les pays pauvres, tout le monde à soutenir cette initiative.

Reda : Quel est pour vous, la place, le rôle, des chefs d’Etat africains dans cette lutte ?

Sylvie Ouedraogo : Les chefs d’Etat ont un rôle important à jouer dans la mesure où ils peuvent mobiliser la population sur le plan local pour adhérer au programme. Ça c’est important. Faciliter l’accès. Ils peuvent aussi contribuer, modestement soit-il à ce programme. Donc on peut agir à tous les niveaux.

Reda : Est-ce que dans votre consultation, j’imagine que la majorité des familles concernées et touchées sont des familles pauvres, mais est-ce que vous avez aussi dans votre consultation des notables, des enfants de personnalité, de politiques, de gens influents dans la société au Burkina Faso ?

Sylvie Ouedraogo : Pour la plupart, comme vous le dites, ils sont issus de milieux économiques faibles, mais on a quelques enfants qui viennent de milieux plus aisés. Mais ils ne sont pas nombreux.

Reda : Michel Kazatchkine a répondu hier aux questions posées par Ousmane Zaré du Comité des Familles.

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Ousmane Zaré : Quelle est la politique du Fond Mondial à faire participer les gouvernements dans la lutte contre les discriminations des personnes atteintes du VIH ? D’autant plus que dans d’autres pays, particulièrement en Afrique, on sait qu’il y a des lois qui condamnent une personne qui contamine son ou sa partenaire même dans l’ignorance de sa sérologie. N’est-ce pas une forme de discrimination ?

Michel Kazatchkine : Oui absolument, il y a de nombreux pays où il y a des lois discriminantes à l’égard des porteurs du virus, à l’égard de certaines minorités sexuelles, à l’égard aussi du transit, il y a 51 pays dans le monde qui ont encore des restrictions de voyage pour les personnes séropositives. Et oui, le Fond Mondial finance des campagnes et un travail législatif pour que ces discriminations soient supprimées. C’est un long travail.

Ousmane Zaré : J’ai discuté une fois avec un président d’association en Afrique, donc au Burkina en particulier. J’avais posé la question à savoir du traitement d’urgence. Il m’avait fait comprendre que ça n’existait pas encore en Afrique. Et quelle est votre mission en tout cas par rapport à ça ?

Michel Kazatchkine : Ecoutez, le traitement d’urgence est quelque chose d’important pour les situations à risque mais on en n’est pas encore là en Afrique. L’urgence c’est de faire que tous les gens qui sont à risque de mourir dans les deux années qui viennent aient accès au traitement pour que leur vie soit sauvée. Et nous sommes actuellement à peu près à 40%, 45% de couverture des besoins les plus urgents de traitement en Afrique avec près de 5 millions de personnes traitées dans le monde en développement en tout, plus de 3,5 millions en Afrique. Mais il faut que ce soit le double qu’on atteigne les prochaines années.

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Reda : Sylvie Ouedraogo est-ce que les enfants touchés par le VIH sont considérés comme prioritaire dans l’accès au traitement ou est-ce qu’au contraire historiquement ça a été une vraie bataille pour reconnaître que ça valait la peine de mobiliser les ressources, de former les médecins et les pédiatres, pour s’occuper de ces enfants malades ? Est-ce qu’ils étaient considérés comme une cause perdue et est-ce que c’est encore le cas aujourd’hui ?

Sylvie Ouedraogo : Bon, les choses ont beaucoup évolué sinon, il a fallu du temps. Les choses se sont mises en place d’abord pour l’adulte et après c’est venu au niveau des enfants. Donc comme d’habitude les enfants restent à la traîne. Mais fort heureusement des gens se sont levés. Notamment une des pionnières docteur qui s’est battue avec toute l’équipe qui était là, pour commencer le suivi des enfants, de débuter les ARV chez les enfants. Plus de 1000 enfants qui sont sous ARV, mais ce chiffre est encore bas. Ça veut dire qu’il y a d’autres enfants qu’ils faudraient dépister. On attend au moins 10 000 enfants à traiter. Donc vous voyez la part des choses.

Reda : Et donc c’est tout le problème des mamans qui accouchent sans traitement déjà...

Sylvie Ouedraogo : Et sans dépistage pour les enfants. Et il y a beaucoup de perdue de vue même dans celle qui font le traitement, il y a beaucoup de perdue vue au niveau du dépistage.

Reda : Ousmane a posé cette question à Michel Kazatchkine sur la lutte contre les discriminations. Est-ce que ces enfants touchés par le VIH subissent des discriminations, sont mal vus par la société ? Est-ce que les garanties de confidentialité sont suffisantes pour les protéger ?

Sylvie Ouedraogo : Bien sûr les problèmes de discriminations existent toujours. Mais on travaille à minimiser cela. Déjà au niveau de l’hôpital, on n’a pas une consultation ou bien un local fixe pour eux. Ils sont vus en consultation avec les autres enfants. Donc c’est une façon pour nous de les considérer comme les autres patients et ça limite les frais. Mais c’est un combat perpétuel qu’il faut mener au près des familles parce que si l’enfant est infecté, au niveau de la population, ça peut être mal vu. Et certains enfants même sont... les mères ont été renvoyé de leur domicile à cause de leur infection VIH.

Reda : Ousmane à réaliser cet entretien avec Michel Kazatchkine, le directeur exécutif du Fond Mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. On va poursuivre l’écoute de cet entretien réalisé hier alors que Carla Bruni, ambassadrice pour le Fond Mondial en faveur des mères et des enfants touchés par le VIH, a lancé cette campagne qui vise à mobiliser en occident, à travers les facebook, les twitter et autres réseaux sociaux, la population pour soutenir l’accès universel au traitement.

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Ousmane Zaré : Comment est-ce que vous faites pour savoir si les gouvernement africains ou ailleurs, font vraiment le travail qu’il faut ?

Michel Kazatchkine : Les gouvernement nous rendent compte, tous les 3 mois, tous les 6 mois, de leur progrès dans leur programme et de la façon dont l’argent a été dépensé pour ces programmes et nous vérifions sur le terrain que leurs messages sont justes.

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Reda : Il y a une ONG qui a enquêté sur les conditions de l’attribution des fonds et l’utilisation des fonds récoltés et dispensés par le Fond Mondial. Et moi j’ai vu ce chiffre effarant, selon lequel dans certains pays, 90% des fonds déboursés par le Fond Mondial auraient été détournés jusqu’ici et il y a eu certains pays pour lesquels, c’est devenu tellement grotesque que le Fond a bloqué le financement. Ousmane, quand Michel Kazatchkine répond à cette question, toi tu ne savais pas, tu n’avais pas cet élément-là.

Ousmane : Non pas du tout. Bon, je n’avais pas cet élément-là mais quelque part en fait, c’est comme si j’avais un doute, c’est pour ça, la question, je l’ai posée. Quelque part quand tu regardes aussi les fonds déboursés, je me rappelle, en tout cas, je ne sais plus la somme mais, c’était à peu près 600 millions d’euros ou en dollars, que le Fond Mondial avait donné au Burkina pour la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose. Franchement, je me demandais tout cet argent-là ou est-ce qu’il pourrait bien être, parce que je ne voyais vraiment rien de concret sur le terrain.

Reda : Tu as aussi abordé cette question du traitement en prévention. Une question qui nous préoccupe beaucoup à l’émission « survivre au sida ».

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Ousmane : Du coup est-ce que cet accès universel de traitement pour les femmes, est-ce que c’est un message de votre part pour dire que bientôt une personne séropositive n’est plus un danger public ?

Michel Kazatchkine : Une personne séropositive n’est pas un danger public si chacun sait se protéger. Une personne séropositive traitée n’est pas un danger public parce qu’une personne positive recevant un traitement n’est pratiquement plus susceptible de transmettre le virus. Ces messages autour de la dangerosité des personnes séropositives sont des messages dangereux eux-même. Les gens qui sont malades, les gens qui sont atteints par une maladie sont des gens qu’il faut respecter, soigner et pas des gens vis-à-vis desquels il faut discriminer en parlant de leur dangerosité.

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Reda : Sylvie Ouedraogo, l’idée que le traitement non seulement sauve la vie des enfants que vous suivez, mais en plus peut leur permettre d’être rassuré en sachant que les traitements non seulement sauvent des vies mais aussi permettent de bloquer la transmission lors de rapports sexuels protégés par les médicaments. Est-ce que ça, avec les adolescents que vous suivez, j’imagine qu’il y en a dans vos consultations, qui débutent leur vie sexuelle, est-ce que ça, vous en parlez ou bien est-ce que vous restez pour l’instant sur le préservatif comme seul message de prévention ?

Sylvie Ouedraogo : Bon, à l’heure actuelle on a environ près de 40 à 50 adolescents et ont fait avec eux des groupes de paroles, pour faire passer certains messages sur la prévention. Notamment l’utilisation de préservatif et aussi la nécessité qu’ils prennent correctement leur traitement pour avoir une charge virale indétectable. Parce que dès lors que l’appareil n’arrive plus à détecter des virus dans le sang, le taux de transmission devient faible, donc ça les protège de la contamination.

Reda : Vous en parlez avec eux ?

Sylvie Ouedraogo : Oui on en parle avec eux. Bon, depuis qu’on a commencé les groupes de paroles, ce sont des sujets de discussion pour... c’est une façon pour nous de les motiver à être observants et à bien prendre les médicaments parce qu’il y a un intérêt et pour les femmes on leur dit : « Ah si tu veux un jour avoir un bébé qui soit en bonne santé, il faut être observant, prendre tous les jours ton traitement, là le nombre de virus dans le sang va nettement diminuer et en ce moment, tu auras un bébé sain comme tout le monde ». Donc ce sont des facteurs de motivation pour les jeunes à rester... à bien prendre les médicaments.

Reda : Ousmane a terminé l’entretien avec Michel Kazatchkine avec une question très personnelle.

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Ousmane : Je suis une personne affectée donc je vis avec une femme séropositive et je sais que, avec l’avancée de la médecine ici, tu ne risques rien d’avoir un enfant avec elle, sans que je ne sois contaminé, ni l’enfant soit contaminé. Et en Afrique, je me pose vraiment des questions surtout pour ceux qui sont en campagne, comment ils font pour avoir accès dès lors ou les traitements ne sont pas donnés partout, ça ne se trouve pas dans les pharmacies. Faut soit appartenir à une association pour avoir le traitement. Quel est en tout cas vous votre travail, le Fond Mondial et les gouvernements pour que tout le monde puisse avoir accès ?

Michel Kazatchkine : Nous notre travail c’est de trouver des ressources. Et les ressources nous les donnons aux pays. C’est le pays qui fait le travail. Et quand je dis c’est le pays, ce n’est pas seulement le ministère de la santé. Ce n’est pas seulement le secteur public et le gouvernement. C’est aussi les associations comme vous l’avez dit. Et vous avez parlé du Burkina Faso, c’est un pays que je connais bien, où les associations de lutte contre le sida sont extrêmement efficaces, extrêmement vivantes. Donc c’est toute la société qui doit se mobiliser. Il ne s’agit pas de construire des dispensaires partout. Là où il n’y a pas de dispensaires ça peut être la joie communautaire qui donne accès au traitement.

Transcription : Sandra Jean-Pierre