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Trois séropositifs répondent à Claude Evin (1/4) : Qui doit être prioritaire en matière de prévention et de soutien face au sida ?

7 mai 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : On va écouter des extraits de cet entretien pour vous permettre de découvrir le personnage, les orientations, on va dire, qu’il a l’intention de prendre, puisque ça fait un mois tout juste, depuis qu’il est entré dans son poste de directeur d’Agence Régionale de Santé Ile-de-France. Donc on écoute ça.

Début du son

Reda : Sur la question sociale, est-ce que sur cette époque-là, sur ces années quatre-vingt, jusqu’à la fin des années quatre-vingt, est-ce que vous seriez d’accord pour faire le constat que la santé publique a traité les besoins de la population en fonction des différentes populations touchées par le sida, en fonction de leur place dans l’ordre social, c’est-à-dire que l’enquête VESPA réalisée des années plus tard par France Lert, directrice de recherche à l’INSERM a montré que parmi les séropositifs homosexuels, les deux tiers appartiennent à des professions intermédiaires ou cadres alors que du côté des usagers de drogue, des hétérosexuels de manière générale, on parle de population précaire, très précarisée, souvent issues d’immigration et que l’héritage de tout ça ce serait qu’aux années quatre-vingt on a respecté l’ordre social dans le traitement des besoins. Est-ce que vous êtes d’accord avec ce constat-là ou est-ce qu’au contraire vous estimez que la politique menée a été équitable au regard de toutes les populations ?

Claude Evin : Écoutez, est-ce qu’elle a été équitable, c’est bien difficile de répondre aujourd’hui à cette question. Ce que je peux rappeler seulement quand même c’est que, en matière de prévention il y a eu des politiques ciblées, c’est-à-dire que nous n’avons pas conduit des politiques globales en la matière, enfin uniquement des politiques globales en la matière, elles étaient des politiques globales dans la prise en charge et dans la mobilisation des professionnels. Les messages étaient différenciés, les actions avec les associations avaient pour objet de toucher les populations précises qui ne sont pas en effet les mêmes lorsque l’on parle de la contamination par voie sexuelle. La relation et les actions conduites avec les associations qui rassemblaient les personnes homosexuelles par exemple ciblaient bien sur ces personnes homosexuelles, et elles étaient effectivement différentes de la population qui par exemple était contaminée par contamination intraveineuse, par la transmission de drogue et les politiques ont été ciblées à ce moment-là. Alors après, effectivement, le résultat n’est pas toujours à la hauteur des espérances que l’on y met. Moi en effet, ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui, parce que là aussi on parle d’une situation il y a 20 ans, heureusement la situation a évolué même si la question du VIH reste une question pour moi très importante et particulièrement en Ile-de-France, il est évident que la population la plus touchée ou en tous les cas l’une des plus touchée en Ile-de-France c’est la population la plus précaire, c’est-à-dire la population d’étrangers, la population de personnes en situation de très grande précarité pour des raisons diverses et c’est vrai que cette réalité qui est celle d’aujourd’hui qui n’était pas tout à fait la même il y a 20 ans lorsque j’étais au gouvernement, est pour moi un sujet de préoccupation prioritaire.

Fin du son

Reda : Premier extrait de Claude Evin, directeur régional de l’Agence de Santé, sur cette question sociale. Donc deux questions pour vous. Comment est-ce que vous trouvez cette façon de parler des années quatre-vingt ? La façon dont il s’y prend en fait. Et puis, quand il dit qu’aujourd’hui les populations prioritaires, ce sont les plus pauvres, les plus précarisés. Commençons par Ali.

Ali : C’est un peu mitigé, du fait que, il le dit lui-même, du moins c’est ce qu’il transparaît de ce que j’entends. Il n’y a rien qui change en définitif. Il dit que la population homosexuelle… ils ont mené des campagnes ciblées ceci, cela et tout. Le résultat c’est qu’il y a grosso modo, il y a les gens qui sont bien suivis, il y aura éventuellement des ghettos de personnes plus ou moins bien informées, plus ou moins bien suivies et des personnes… c’est un peu confus. J’ai le sentiment que c’est deux poids de mesure toujours. Depuis une vingtaine d’années c’est deux poids de mesure.

Reda : Ce qui est intéressant c’est que Claude Evin, il prend le relais après Michèle Barzach. Michèle Barzach c’est elle qui en dernière instance prendra la décision pour autoriser la vente libre des seringues. Et avec cette mise en vente libre et puis les autres mesures de réduction des risques, on passera d’une situation où il y a 80 % des gens qui s’injectent des drogues qui sont contaminées par le VIH, ce taux va chuter à 30 %. C’est compliqué parce que c’est aussi parce qu’il y a eu beaucoup de mort… Donc c’est juste après Michèle Barzach, Claude Evin va mettre en place le Conseil National du Sida, l’Agence Française de Lutte contre le Sida et l’Agence Nationale de Recherche contre le Sida. Ces trois trucs vont un peu fixer les paramètres de la politique publique en matière de lutte contre le sida. Et c’est Claude Evin en fin de compte qui, après la décision prise par Michèle Barzach, va concrétiser, va voir la baisse des contaminations parmi la population qui shoot encore de l’héroïne à cette époque-là, par l’accès aux seringues libres, tout ça. Donc ça juste pour éclairer un peu le contexte parce qu’il y a beaucoup de jeunes séropositifs qui n’ont pas connu ces années quatre-vingt, qui ne savent pas vraiment qui est Claude Evin mise à part la loi antitabac. Tina, comment est-ce que toi tu analyses ? Comment est-ce que toi tu comprends sa façon de dire il y a toujours eu des politiques ciblées ce qui n’est pas forcément vrai. Les pouvoirs publics ont tardé à admettre qu’il fallait mettre en place des politiques ciblées. Preuve en est, le retard dans l’accès aux seringues libres. Aujourd’hui il dit, il y a eu la population prioritaire en Ile-de-France, c’est la population la plus précarisée, la plus pauvre. En clair, la population de banlieue touchée par le sida.

Tina : Moi l’impression que j’ai c’est que pour eux, dans les années quatre-vingt, il y avait surtout les homosexuels qui comptaient. Aussi les toxicomanes, fallait aussi faire quelque chose mais comme si, ceux qui sont prioritaires aujourd’hui à l’époque n’existaient pas. C’est ça l’impression que j’ai et qu’aujourd’hui il voit que de ce côté-là, il faut agir. Mais je pense que c’était depuis toujours, c’était des populations peut-être un peu oubliées ou mises de côté.

Ali : En fait à la base les toxicomanes ils n’étaient pas conscients du fait qu’ils devaient se mobiliser. En plus tout ça se faisait dans l’égalité, ce qui n’était pas le cas des homosexuels qui ont pris conscience très vite…

Reda : Oui c’est que l’homosexualité elle est décriminalisée en 1981. Les seringues en 1987.

Ali : Voilà et entre la décision plus ou moins collégiale prise pour les seringues mises en vente libre et la mise sur le marché, il y a eu deux ans qui se sont écoulés si je ne me trompe pas c’est entre 1985 et 1987. Ça a laissé du temps à un paquet de gens pour se contaminer.

Reda : Oui. Qu’il dise aujourd’hui la priorité c’est la population précarisée ce n’est pas non plus ce qu’ont dit Gilles Pialoux et France Lert qui, en ce qui concerne la prévention, dans leur rapport rédigé à la demande de Roselyne Bachelot, eux disent, la priorité absolue de la prévention c’est la population homosexuelle. Ce qui sous-entend que ce serait au détriment des autres populations, que les autres populations seraient secondaires. Donc il y a là un clivage qui est quand même intéressant. C’est que la grande priorité annoncée par Claude Evin c’est réduire les inégalités de santé. La grande priorité en matière de prévention VIH pour Roselyne Bachelot c’est la prévention chez les homosexuelles. Donc ce n’est pas tout à fait pareil sachant que ce n’est pas la même place dans la société occupée par les différentes populations.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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