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Financement de la lutte contre le sida | Laurent Gourarier | Line Renaud | Méga couscous des familles vivant avec le VIH | Olivier Jablonski | Pierre Bergé | Samira Guedichi-Baudoin

Trois acteurs de la lutte contre le sida... qui ne regardent pas le Sidaction !

14 avril 2010 (lemegalodon.net)

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Reda : Samira Guédichi-Baudouin a découvert le Comité des Familles en travaillant vraiment dans le concret avec nous pour réaliser ce Méga Couscous. 600 personnes réunies pour affirmer la dignité des personnes séropositives, pour rendre hommage aux disparus, et pour affirmer notre solidarité avec les familles qui luttent pour survivre au sida dans les pays d’origine pour certains d’entre nous. Je voudrais que tu nous racontes quel regard tu portes aujourd’hui sur le Comité des Familles, et comment tu expliquerais à d’autres, ce qu’on fait, ce qu’on a fait le 20 mars et à quoi ça sert un Comité des Familles pour survivre au sida ?

Samira Guédichi-Baudouin : D’abord, je tiens à dire qu’il n’y avait pas que des séropositifs dans cette cour de la Maison de la Jeunesse à Saint-Denis. Il y avait aussi des familles que je connaissais dans les quartiers. Des femmes que je n’avais jamais vues, des mères de familles que je n’avais jamais vues ailleurs, sinon dans les cités et dans les fêtes des cités. Là, elles étaient là, et ça m’a beaucoup intéressé. C’est ça aussi que je retiens à Saint-Denis : c’est la première fois que sur le sida, une association donne l’occasion de parler de cette histoire à Saint-Denis. Et je pense que c’est une ressource, ça a eu un impact important après le Méga Couscous. Là, ça fait 15 jours. Dans les couloirs de la mairie, on en parle encore. Dans les cités (j’étais encore dans les quartiers de Saint-Denis) : pareil. Je me suis dit que c’était vraiment extraordinaire ce qui s’est passé. Donc, il y a eu vraiment un écho important, et à Saint-Denis, on était vraiment étonné, subjugué par ce dynamisme, cette capacité de mobiliser aussi importante. Et puis pour parler d’un problème qui a aussi un écho particulier en banlieue, en Seine-Saint-Denis. Donc j’espère qu’on ne s’arrêtera pas là, parce qu’il y a encore plein de choses à apporter à la prévention.

Reda : Alors, une semaine après ce Méga Couscous des Familles – c’était le 20 mars 2010- il y avait Line Renaud et Pierre Bergé qui s’affichaient sur les écrans de nos télévisions, pour parler en fin de comptes du même virus. Pour autant, parlaient-ils de la même chose ? Qu’avez-vous retenu les uns et les autres des images de ce Sidaction ?

Samira : Je n’ai pas vu d’images à la télé, je suis désolée ! Je ne regarde pas la télé !

Reda : Je ne pense pas que tu sois la seule. Les audiences ont fait un bide…

Samira : En tout cas moi ce qui m’intéresse c’est l’audience que cet événement-là a eue à Saint-Denis. Et surtout, c’est la première fois – je tiens à insister là-dessus — que des séropositifs osent parler, ou des enfants de familles séropositives osent parler. J’ai vraiment été touchée par ce garçon de 17 ans qui dit « bah moi, à l’âge de 9 ans, mon papa, ma maman, m’ont dit qu’ils étaient tous les deux séropositifs. Et voilà. Et je suis un grand garçon et je peux en parler ». C’est spécial, cette maladie, elle a vraiment été l’objet d’un tabou puissant parce que ça croise la sexualité, ça croise la marginalité, ça croise un certain nombre d’épouvantails dans la société. Et en particulier, moi je pense qu’elle a été encore plus profonde en banlieue parce qu’elle était cachée jusqu’à maintenant.

Reda : Laurent Gourarier, vous avez regardé le Sidaction une semaine après le Méga Couscous ?

Laurent Gourarier : Et non je n’ai pas regardé le Sidaction. Je n’étais pas au Méga Couscous non plus. Donc je le dis : excusez-moi chers auditeurs, chères auditrices, c’est important ce qui s’est passé sur la baisse d’audience du Sidaction, que tout le monde a remarquée. Et je pense moi que les organisateurs l’avaient un peu prévue : quand Pierre Bergé s’en ai pris dans les médias au Téléthon, je pense qu’il voulait présager quelque chose où il anticipait que ça n’allait pas fonctionner comme d’habitude, le réflexe de solidarité de la population vis-à-vis du Sidaction. Alors moi j’ai à mon humble niveau une petite explication. Entre cette espèce d’émotion que tu décris Samira et que moi je vis dans le Comité depuis que je le fréquente, et le sida de Pierre Bergé et de Line Renaud, et bien, il ne s’est pas passé grand chose, c’est toujours le même virus. Avant il y a eu Klaus Naomi, il y a eu des grands noms de gens comme ça, des stars qui ont été fauchées par le même virus. Et ce qui ce passe me semble-t-il pour passe d’une étape à l’autre, c’est ce que j’appelle un coup de shaker : avec le temps cette épidémie en se répandant dans toute la société, remue des questions sociales de plus en plus nouvelles, et aussi de plus en plus choquantes, intrigantes, blessantes. Par exemple, le statut des étrangers en France comme par hasard, est rejoint par la question de comment fait-on pour se soigner avec la Sécurité Sociale dans notre pays, au moment où les États-Unis ont créé un système de sécurité sociale. Ce virus, visite les questions sociales qui nous font mal. Et parce que nous, Comité des Familles – c’est la première fois que je dis ça —, on donne un coup de shaker là-dedans, ça fait comme du sang neuf. Il n’y a pas de différence, le virus c’est le même. Il y a une cause des femmes, il y a une cause des homosexuels, il y a des causes à défendre, chacun à des choses à défendre. Par contre ce qu’on a tous à défendre en commun, c’est la lutte contre le VIH.

Reda : Olivier Jablonski, vous avez regardé le Sidaction ?

Olivier : Non, pas du tout, je ne le regarde plus depuis des années.

Reda : Pourquoi ? Le Sidaction, c’est pourtant organisé au nom des personnes séropositives…

Olivier : J’ai regardé dans les années 1980 au début. Oui, c’est peut-être organisé pour nous, mais bon, ça ne veut pas dire qu’il est bien organisé… J’ai regardé en 1995-1996, quand il y avait vers 1 heure du matin des associatifs qui gueulaient parce qu’on expulsait des malades dans des pays où il n’y avait pas d’accès aux traitements. En écoutant Laurent, je me dis aussi que tout ça a peut-être mal vieilli, et qu’il faut peut-être changer les personnes qui portent le Sidaction. Je n’ai rien contre Pierre Bergé, j’étais membre du Comité internationale pour l’attribution des financements pour les pays du Sud. L’équipe de Sidaction fait un travail remarquable.

Reda : Est-ce que Sidaction finance Warning ? Ou est-ce que vous avez fait des demandes de financements ?

Olivier : On a fait des demandes. Pour des raisons internes, on n’a pas poursuivi. Finalement, on ne pouvait pas mener les projets, donc on a rendu l’argent. Mais je n’ai pas de souci avec eux. Quand j’étais au Comité, je trouve que les dossiers étaient vraiment très bien, et que le soutien qu’a mené le Sidaction pour la structuration des associations du Sud, au Bénin, au Togo, au Burundi, c’est un travail remarquable. Bon, peut-être qu’il faut aussi des nouveaux leaders qui portent le Sidaction, une nouvelle génération.

Transcription : Yentl Coubes

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