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Les chiffres du sida en folie (1/3) : alors que les hétéros sont plus nombreux à vivre avec le VIH, l’Institut national de veille sanitaire ne parle que des « homos » et des « migrants »

14 avril 2010 (lemegalodon.net)

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Reda : Olivier a dit que les infections se transmettent dans des groupes, c’est bien ça. C’est vrai que dans l’histoire du sida, il y a des catégories qui renvoient à des groupes à risques. Plus tard, on dira qu’il s’agit de pratiques à risques et pas de groupes, enfin ça devient très compliqué. Premier groupe, évidemment la première distinction : c’est homo/hétéro. Un micro-trottoir pour savoir comment l’homme et la femme dans la rue perçoivent qui est touché par le virus du sida.

(Début du son)

Alissa : Y a-t-il plus d’homosexuels ou d’hétérosexuels touchés par le virus de sida aujourd’hui ?

 : Je crois qu’il y a plus d’hétéros…

 : D’hétérosexuels. Quantitativement, il y a forcément plus d’hétérosexuels que d’homosexuels, donc d’un point de vue quantitatif sûrement.

 : D’hétérosexuels. Fin je pense que ça ne joue pas.

 : Je pense qu’il y a plus d’homosexuels. Quand j’écoute la radio, la plupart des personnes touchées sont des homos.

 : Une majorité d’homosexuels.

 : C’est plus les hétérosexuels.

Alissa : Combien de personnes séropositives ne connaissent pas leur statut sérologique en France ?

 : Un bon nombre, je pense.

 : Aucune idée, je ne sais pas.

 : Je pense qu’il doit y en avoir beaucoup, parce qu’il y a plusieurs personnes qui l’ignorent.

 : À peu près 64 %.

 : 5000.

 : 40000.

 : 40000 ? C’est atroce.

Alissa : Combien de femmes séropositives ont eu un enfant en 2009 ?

 : Je ne sais pas du tout.

 : 1500.

 : Non, je ne sais pas… 5000 ?

 : Vue qu’il y a beaucoup de personnes séropositives, on peut dire 30000, 20000.

Alissa : Et parmi ces enfants, combien avaient le sida ?

 : Bah 1000.

 : Euh… 500.

 : 1000.

Sully : Aucun.

 : Ah, c’est une bonne nouvelle…

 : Comment ça se fait ?

Sully : Grâce à l’AMP : c’est l’Assistance Médicale à la Procréation.

 : C’est formidable.

 : 600 enfants.

Alissa : Non, zéro.

 : Zéro enfant ?

 : Je n’ai jamais entendu ça. Ça fait réfléchir.

Reda : Olivier Jablonski de Warning, qui sont les plus touchés par l’épidémie du sida en France ?

Olivier Jablonski : Si on prend l’ensemble des gens qui sont séropositifs en France, je ne me souviens plus du chiffre. Si tu prends le dernier calcul qui a été fait par l’InVS sur l’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas par an, il y a 6900 cas. Il y en avait 8900 en 2003. En plus ça baisse, c’est pas mal. Donc, ça, c’est les nouveaux cas par an. Il y a la moitié -3200 je crois- sur les 6900, c’est des homos. Après, il y a la moitié c’est des hétéros. Parmi les hétéros, il y a la moitié qui sont des hommes, l’autre moitié qui sont des femmes : 1500, 1700, 1400, fin moitié/moitié. Et dans cette moitié, il y a la moitié qui sont d’origine française, fin qui ont des nationalités françaises, et la moitié qui ont des nationalités étrangères. Donc, ça veut dire qu’il y a une baisse. Quand on regarde l’incidence, et la dynamique qui est stable depuis 2003 chez les gays, à un haut niveau comme dit l’InVS, et chez les hétéros, c’est à la baisse. Mais ça c’est aussi des chiffres qui valent ce qu’ils valent, c’est-à-dire changement de politique migratoire, difficulté d’avoir des chiffres sur les migrants, estimation de la population homo et tout… Mais bon, ça vaut ce que ça vaut. C’est la première année que l’InVS fait ce calcul d’incidence, donc de nouveaux cas par an. On verra dans le temps ce que ça donne. Ce qui est clair, c’est que l’épidémie… Ce n’est pas une épidémie chez les gays, parce qu’une épidémie, c’est un truc qui monte. C’est stable l’incidence, c’est-à-dire que c’est une endémie, c’est installé depuis 25 ans, ça restera là tant qu’on aura pas la solution miracle : un vaccin. Que chez les hétérosexuels ça baisse, tant mieux. Moi, je ne fais que m’en félicité. C’est vraiment très bien. On va pas commencer à se dire « ça baisse, c’est pas bien ». ça baisse, c’est génial.

Reda : Il y a des trucs très bizarres dans les chiffres de l’Institut nationale de Veille Sanitaire, déjà il y a un très grand retard. Et puis il y a des changements dans les méthodes de calculs des chiffres, et d’une année à l’autre il y a des trucs assez étonnants. Par exemple, il y a deux ans, la proportion de personnes hétérosexuelles parmi les nouveaux dépistés était de 60 %, et aujourd’hui on s’est retrouvé à 50 %, et ça serait dû aux changements de méthodes de calculs. Mais quand on essaye de comprendre sur le site de l’InVS ou en discutant avec Caroline Semaille sur ce qui s’est passé, moi j’en suis ressorti avec le sentiment qu’elle avait la volonté de braquer les projecteurs sur une seule partie de l’épidémie : sur la partie homosexuelle. Et de dire, comme l’on dit Gilles Pialoux et France Lert dans leur rapport, que la priorité absolue de la prévention devrait être la population homosexuelle, alors qu’on est témoins de gens qui viennent, qui ont appris leur contamination et qui sont coupables de ne pas être homosexuels. Olivier Jablonski, est-ce que vous adhérer à cette thèse : que la priorité de la prévention aujourd’hui doit être une population : la population homosexuelle.

Olivier : Absolument pas. Moi, j’adhère à la thèse qui consiste à dire qu’il y a deux groupes vulnérables : les homosexuels et les migrants. C’est les deux groupes qui sont les plus touchés par l’épidémie en France. À la fois en terme de prévention, et à la fois en terme de qualité de vie, d’accès aux soins. Il n’y a pour moi pas d’épidémie dans la population hétérosexuelle générale.

Reda : Qu’en est-il de toutes les personnes hétéros qui ne sont pas migrantes ?

Olivier : Qu’est-ce que tu veux dire, « qu’en est-il » ? On parle de priorités dans le sens des groupes les plus touchés. Cela ne veut pas dire que pour les autres personnes, il faut dénier. Au contraire, il y a du travail à faire, sans souci.

Reda : Est-ce que ça, c’est la position ? Oui, Yann ?

Yann : Sur l’avis que m’a donné mon médecin que je vois à Saint Antoine depuis 1992, effectivement, les migrants sont en nombre toujours augmentant, malheureusement. Mais surtout maintenant, les gens qui découvrent leur séropositivité, pour 70 %, sont des hétérosexuels, qui a l’âge de 40 ans… c’est malheureusement classique, sur une mauvaise grippe, et on découvre au bout d’un moment que c’est la séropositivité.

Reda : Parce que ça, c’est la logique des pouvoirs publics de dire qu’homos et migrants sont la priorité. C’est aussi la logique de Aides qui reprend ça à son compte, comme c’est son habitude de faire, mais ça m’étonne d’entendre ça, car ça réduirait en fin toutes les personnes qui n’entrent pas dans la catégorie migrant. « Migrant », ce n’est pas un mode de transmission sexuel.

Olivier : On peut contester les chiffres, mais il faut avoir les moyens pour les contester. Moi, je n’ai pas les moyens de contester les chiffres de L’InVS. Il y a des moments où je constate des choses bizarres à l’InVS, mais pas sur les mêmes registres. Je me souviens par exemple qu’en 2004, on a commencé à parler des infections récentes. On avait des tests qui permettaient de savoir si une infection arrivait avant 6 mois, ou après 6 mois. Alors, le chiffre chez les gays était –je ne sais plus- 40, 45 % d’infections récentes. C’est-à-dire que dans les infections qui étaient déclarées chaque année, il y en avait donc 40 % qui s’étaient faites dans les 6 derniers mois. Et donc tout le monde disait « tout va mal, tout va mal ! Vous vous rendez compte à 40, 45 % d’infections chez les gays, il faut faire quelque chose, il faut que la communauté se responsabilise, mettez la capote, allez bougez-vous le cul ». Et puis, manque de bol, l’année suivante, les infections récentes chez les gays n’étaient plus à 45, elles étaient disons à 43 % : ça baissait. Tout simplement parce que les dispositifs de comptage se mettaient en place, et donc on ne voyait pas les tendances. Donc, on utilise parfois les tendances pour alerter la position. Manque de bol, l’année suivante, ça baisse, donc on ne peut plus utiliser cet indice. Ce que je veux dire par là, c’est que les chiffres, c’est politique : selon la manière dont on les utilise, on fait dire des choses aux gens. Toi Reda, tu as dit qu’on ne s’intéresse pas assez au VIH des héréros. Je dirais aussi que parfois, on se fout de la gueule des gens : on leur fait croire que tout va mal alors que c’est stable. Stable, ça ne veut pas dire que c’est la catastrophe, mais ça ne veut pas dire que tout va bien non plus. Mais, il y a une différence entre dire « attention, il y a un test récent qui dit qu’on est à 40 % », et donc qu’ « il faut vous bouger et tout », et puis l’ année suivante le chiffre est plus bas, les gens de santé publique ne savent plus quoi dire. Il faut bien faire attention, les chiffres, c’est difficile. Néanmoins, on est obligé de faire avec.

Transcription : Yentl Coubes