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Épidémies émergentes | Eric Caumes | Homosexualité | Olivier Jablonski

Lymphogranulomatose vénérienne (LGV) : Chlamydia pour fisteurs gays sans gants ? (avec le professeur Eric Caumes et Olivier Jablonski)

9 avril 2010 (lemegalodon.net)

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(Début son)

Pr. Caumes Il y a trois sortes de signes cliniques dans cette maladie. D’abord il y a des signes génitaux, ensuite il y a des signes rectaux et enfin il peut y avoir des signes, type d’adénopathie, de ganglions dans le pli de l‘aine. Dit ganglion inguinal. La forme génitale consiste en une ulcération génitale. Une ulcération génitale c’est en général une perte de substances au niveau du sexe, qui peut être soit sur la peau, soit sur la muqueuse et qui consiste grossièrement en un petit trou dans la muqueuse génitale, en général c’est éphémère, c’est indolore et ça passe souvent inaperçu. La deuxième forme clinique c’est la forme rectale qui se manifeste par des douleurs rectales notamment en allant à la selle, par des signes hémorragiques, par un suintement local, par des pertes par l’anus. La seule manière d’avancer dans la démarche diagnostique dans ce cas-là c’est de faire ce qu’on appelle une anuscopie, c’est-à-dire de glisser un petit optique dans le rectum et dans l’anus pour regarder la paroi rectale et dans ce cas-là on évoque le diagnostic par la présence d’ulcérations dans le rectum. Et la troisième forme clinique c’est donc le fait d’avoir un ganglion dans le pli de l’aine, c’est-à-dire une grosseur et cette grosseur va augmenter de volume et va finir par percer à la peau avec du pus qui s’écoule.

(Fin du son)

Reda Que du bonheur donc. Alissa Doubrovitskaïa a enregistré cet entretien. De quoi s’agit-il ?

Alissa Il s’agit de la Lymphogranulomatose vénérienne qu’on appelle aussi LGV. Et donc c’est le professeur Eric Caumes qui est professeur de maladies infectieuses et tropicales au groupe hospitalier Salpêtrière qui a bien voulu répondre à quelques questions, qu’elle est cette maladie… ?

Reda Autour de la table qui avait déjà entendu parler de cette LGV ?

Yann Jamais.

Reda Zina ?

Zina Moi non plus, jamais.

Yasmine Euh si j’en ai entendu parler ouais.

Reda Ah bon ? Ouais d’accord. Tina ? Non. Yann ? Non Olivier Jablonski ?

Olivier Non jamais entendu parler (ironique) ! Pourquoi vous riez ? C’est vrai qu’à Warning on était les premiers à faire une campagne là-dessus en 2003 effectivement. Pour parler de l’apparition de la LGV.

Reda Dans un milieu… dans une frange bien particulière du milieu homosexuel.

Olivier Ben à l’époque oui. Ca apparaissait à Rotterdam, et ça apparaissait aussi à Amsterdam et puis à Paris. Donc on s’est dit : LGV, TGV. Quand on a vu que c’était aussi à Londres, on s’est dit : oui ça circule sur le TGV. C’est-à-dire des gens qui font… qui sont plutôt dans du sexe hard, la sexualité un peu hard. C’est-à-dire des pratiques un peu hard…

Reda Est-ce que tu peux préciser quel genre de pratiques ?

Olivier Des pratiques… on s’est dit… ce sont des médecins qui se posaient la question. Des pratiques qui pourraient être blessantes pour les muqueuses, par exemple des pratiques de type fist, pénétration des mains… on dirait que tu ne sais pas ce que c’est ! (en regardant Reda)… je te vois regarder bizarrement.

Reda Je demande…

Olivier Voilà, des pratiques qui pourraient être traumatisantes pour les muqueuses. Et comme on voyait arriver les cas sur de grandes capitales européennes, qui sont connectées par le TGV on peut se dire, ça, c’est moi qui disais ça, mais les médecins disaient que c’est un certain circuit de gens qui vont dans différentes capitales, plutôt milieu sexe hard… etc. Et effectivement ça non plus ce n’est pas très répandu parce que j’ai déjà regardé les cas. On n’en parle plus beaucoup, le dernier point sur la LGV par l’InVS c’était en juin dernier au moment de la Gay Pride, il y a eu trois lignes sur les IST, les Infections Sexuellement Transmissibles en novembre. Il y a des points deux fois par an sur les IST et le VIH par l’InVS, apparemment c’est stable.

Reda Avant d’écouter les explications du médecin, comment est-ce qu’on peut attraper une LGV ? Est-ce que c’est uniquement en ayant ces pratiques ? C’est ça la prise de risque ?

Olivier En fait je pense que les médecins n’ont pas non plus, ne savent pas trop. On ne sait pas trop, on pense que ce sont des pratiques traumatisantes et un transport de la bestiole de, par exemple, d’une main à une main. Si les gens mettent des gants, s’il y a de bonnes conditions d’hygiène ça ne passerait pas un toucher anal ou un fist, quelque chose comme ça. Mais on ne sait pas trop il n’y a pas non plus beaucoup de cas, je crois qu’il y a 400, 500 cas relevés, avec ça c’est compliqué de comprendre bien la transmission.

Reda On va écouter le deuxième volet des explications du docteur Eric Caumes.

(Début son)

Pr. Caumes La lymphogranulomatose vénérienne est une maladie sexuellement transmissible qui est liée à une bactérie qui s’appelle Chlamydia Trachomatis. Vous savez c’est très facile de trouver des informations maintenant sur n’importe quelle maladie, ce ne sont pas les moteurs de recherche qui manquent, Google, Wikipédia, c’est très bien fait en général. L’information concernant cette maladie, c’est une maladie qui reste quand même très rare donc il n’y a pas beaucoup d’informations. Nous médecins on a accès à des données, épidémiologiques… pour le grand public c’est très difficile d’avoir des informations. Cette maladie se transmet par voie sexuelle, toute pratique sexuelle peut transmettre cette infection, principalement les rapports génitaux entre hommes et femmes, les rapports anaux génitaux entre hommes ou femmes. Cette maladie si elle n’est pas traitée peut évoluer vers un stade qui est un stade disons d’œdème, soit vulvaire chez la femme, soit scrotal ou pénien chez l’homme, soit rectal ou périnéal chez l’homme ou la femme en cas d’atteinte rectale, mais ce stade tardif d’évolution est un stade historique que je n’ai pas vu au cours de l’épidémie actuelle. Alors cette maladie se traite très facilement par antibiotiques pendant 21 jours.

Alissa Dans le cas où le stade est allé plus loin, c’est toujours le même traitement ou il y a des opérations à faire ?

Pr. Caumes Non a priori c’est le même traitement mais le succès thérapeutique est moins fréquent qu’aux stades initiaux c’est pour ça qu’on dépiste les malades tôt. Il faut préciser ce mot le dépistage ne concerne en général que les malades asymptomatiques, c’est-à-dire qui en fait ne sont pas malades et qui seraient les partenaires sexuels potentiels de malades. Quand on tombe malade eux, ils peuvent être pris en charge partout, en maladies infectieuses, en dermatologie, dans des centres de maladies sexuellement transmissibles à Paris ou ailleurs.

(Fin du son)

Reda Voilà, une maladie étrange qui apparaît dans un milieu homosexuel avec des pratiques bien précises. Ca devrait nous rappeler quelque chose : l’apparition du virus du sida au début année 1980. Le regard et le potentiel de stigmatisation qui va avec aussi. Et je me demande pour Zina et Tina, en ayant écouté ses informations, ou pour Yann, une fois qu’on a compris que ça se transmet dans un milieu homosexuel avec des pratiques…

Yann A risque…

Reda Voilà, hard comme dit Olivier. On peut se dire « en fin de compte, ce n’est pas nous quoi. » Comment est-ce que vous réagissez à l’écoute de ça ? Est-ce que vous mettez ça de côté en disant « de toute façon je ne suis pas concerné. » ? C’est un petit peu ce qui s’est passé avec le début de l’épidémie du virus du Sida. C’est pour ça que pour moi ça avait une résonance particulière. Je ne sais pas du tout si ça vous interpelle aussi.

Yann Non, moi c’est vrai que j’apprends. Pourtant après 25 ans de séropositivité, je crois qui si on n’est pas vraiment trempés dans un milieu propre qui a ce type de pratiques, ça passe à côté quoi. Et comme disait Olivier il y a à peu près 400, 500 cas…

Olivier Oui.

Yann C’est ça ?

Olivier 450 en 2004 et ça a augmenté en 2005. Je crois que c’est stable 2006-2007 donc voilà. C’est un petit nombre de personnes. Les maladies et les épidémies se transmettent de toute façon dans des groupes de personnes. Jusqu’à preuve du contraire les homosexuels n’ont pas une activité hétéro très large je pense, donc ça ne se transmettra pas chez les hétéros. Ca ne se transmettra pas non plus dans la communauté homosexuelle parce que ce n’est pas une maladie, ce n’est pas une bactérie qui se transmet non plus facilement. Donc voilà on en est… on a démarré en 2003 c’est réapparu parce que les gens ont arrêté d’utiliser le préservatif c’est tout.

Yann Oui et c’est peut-être un choix de deux personnes qui n’ont pas envie de se protéger… ça, on doit le respecter aussi.

Olivier Oui voilà et ça se soigne facilement, trois semaines de traitement et on n’en parle plus, il ne faut pas non plus… si c’était une vraie épidémie on serait déjà beaucoup plus de cas maintenant.

Transcription : Sully Bidois

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Interview avec Eric Caumes (1)

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Interview avec Eric Caumes (2)

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Interview avec Eric Caumes (5)

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