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Cocaïne et VIH (1) : Que faut-il savoir ? (avec Laurent Gourarier)

2 avril 2010 (lemegalodon.net)

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Reda : On va écouter la deuxième question posée par le micro-trottoir : c’est le lien entre cocaïne et VIH, c’est-à-dire est-ce qu’il y a des trucs particuliers pour les séropositifs et en particulier pour les séropositifs qui prennent un traitement antirétroviral, des choses qu’il faut savoir par rapport aux risques. Donc, on écoute ce que l’homme et la femme dans la rue en pensent.

(Début du son)

Alissa : Selon vous, les risques encourus sont-ils les mêmes pour les personnes séropositives ?

 : Je pense que pour les séropositifs, il y a un risque, peut-être, par rapport à la contamination.

 : Aucune idée.

 : Je ne sais pas si les effets sont plus nocifs…

 : Il doit y avoir des effets de coagulation du sang etc, donc des risques plus grands.

 : Non, ce n’est pas les mêmes risques. Ce sera multiplié pour quelqu’un qui a déjà le sida. Il a déjà une maladie, il en aura une autre…

 : je suppose que oui. Mais pire, puisque le système humanitaire doit être… affaibli avec la maladie, du coup…

 : Alors là, je ne pourrais pas vous dire. Je sais qu’une personne séropositive est plus fragile, puisque son système humanitaire est dégradé, même si elle a une trithérapie, donc je pense que c’est plus risqué pour une personne qui a le sida, je pense.

 : Si déjà ils ont le sida, le sida aussi c’est pas bon, c’est terrible, en plus la drogue qui n’est pas bonne non plus, c’est pire que pour les autres qui n’ont pas le sida.

Alissa : Est-ce que vous savez comment on consomme de la cocaïne ?

 : En reniflant, je pense… Je sais que c’est quelque chose comme ça.

 : En sniffant. En sniffant oui.

 : Ça se sniffe.

 : Pas du tout. Ah je vous jure, je prends juste de l’alcool.

 : Ah non, ça j’en sais rien.

Alissa : Est-ce qu’un consommateur de cocaïne est plus exposé à l’infection au VIH ?

 : Euh oui, je pense que oui…

Alissa : Mais pourquoi ?

 : Mais par rapport au milieu, la fréquentation, tout ça…C’est un milieu un peu…qui est très touchée.

 : Si vous nous posez la question ça doit être oui (rires). Mais je ne sais pas !

 : Par transmission sanguine, oui… Mais à notre avis la cocaïne, c’était en sniffant donc on ne voit pas le lien.

 : Si vous posez la question, j’imagine que oui, mais je ne saurais pas dire pourquoi.

 : ça je ne sais pas.

 : Je ne sais pas.

 : Honnêtement, je ne sais pas.

 : Je n’en sais rien non plus.

 : C’est-à-dire, s’ils se piquent, s’ils ne prennent pas de seringue ayant servi une seule fois. S’ils se passent des seringues, évidemment ils sont plus exposés.

(Fin du son)

Reda : Sully et Alissa ont posé ces questions dans les rues de Paris, pas loin de la Maison des Familles. Comment les gens réagissent aux questions sur les drogues ? Parce que vous avez fait plusieurs micros-trottoirs, est-ce qu’aborder cette question-là suscite des réactions particulières ?

Sully : Au début, ils sont amusés en fait. Il y en a qui sont gênés, parce que tout de suite ils pensent qu’ils vont être accusés d’en consommer ou quoique ce soit. Puis d’autres qui sont amusés parce que pour eux les drogues, c’est comme ça... il y en a qui peuvent dire que le joint c’est un peu plus banal que la cocaïne. Et après, par contre, dès qu’on leur demande si les personnes séropositives sont plus à risque ou pas, en consommant ça, d’un coup ils sont totalement perdus parce que pour eux c’est pas logique… qu’ils consomment ça en plus d’être déjà malades.

Reda : Ah oui. Alissa, autre chose à rajouter ?

Alissa : Oui, c’est ça, il y avait le fait de dire directement « non, on ne consomme pas, on n’est pas dans cette situation-là. Après, ils étaient amusés par la question « vous préférez le cannabis ou la cocaïne ? », ils trouvaient que c’était une question curieuse. Et puis finalement ils répondaient tous la même chose, en disant « le cannabis, c’est plus doux, donc la cocaïne c’est pire ». Donc, finalement, il y a des règles comme ça de hiérarchisation des drogues.

Reda : Alors, Laurent Gourarier, Cocaïne et VIH ? Comment est-ce qu’on rentre dans un sujet comme ça ?

Laurent Gourarier : Moi j’entre, comme les gens y entrent. Tu as raison Alissa de préciser, de revenir sur cette histoire de tabous… « Moi je n’en consomme pas, moi je ne sais pas ce que c’est », les gens sont un peu perdus, et puis en plus de ça si t’es malade, tu peux même rajouter si t’es malade et que tu as d’autres problèmes sociaux et autres, et qu’en plus tu consommes de ça, vraiment, on se sait plus quoi faire avec toi. Bon, alors ça c’est une chose qui ne facilite pas le dialogue là-dessus. Il y a quand même des choses à dire objectivement avec la cocaïne. Les choses à dire objectivement sur la cocaïne, c’est d’abord qu’il y a une relative permissivité sur la cocaïne : il y a plein de cocaïne partout, on en trouve très facilement, et ça pose même des problèmes de voisinage. Et pourtant, on ne voit pas les flics faire un coup face à ça. Il y en a, mais finalement peut-être si on faisait la différence entre cannabis et cocaïne, je pense que les policiers, les douaniers, les régaliens de l’Etat, s’attachent au moins autant au cannabis qu’à la cocaïne : premier truc. Deuxième truc : la cocaïne comme ça s’injecte pas, c’est réputé moins dangereux en matière de passage des infections. Mais, il y a trois problèmes. D’abord quand ça s’injecte, ça s’injecte beaucoup plus que l’héroïne. Les gens font 10, 20 injections par jour. Et de deux : surtout la cocaïne n’empêche pas l’activité sexuelle, au contraire. On sait que les opiacés inhibent les cycles ovulatoires, on n’est pas du tout sûr de ça pour la cocaïne. Et moi, j’ai vu dans le nord parisien des nanas accoucher dans des squats, cette année. Pas une, plusieurs nanas accoucher dans des squats. Et qui grossissaient, qui avaient des signes de grossesse extérieurs, des symptômes de leur grossesse, et qui essayaient de passer inaperçues, qu’on ne les voit pas. Il faut littéralement les amener à l’hôpital pour faire suivre des grossesses, c’est compliqué comme histoire. Donc, tout ça, ça demande évidemment…

Reda : Tu as dit qu’il y avait trois points…

Laurent Gourarier : Donc, le premier truc, c’est qu’il faut faire attention parce qu’on ne sait pas bien. Deuxième truc : il y a la vie génitale. Puis troisième truc… oui la cocaïne c’est pas un truc qui calme. Donc les gens qui ne sont pas calmes au départ, ou les gens qui boivent de l’alcool qui mélangent en général avec des médocs ou autre, et bien ils peuvent être un peu violents, dangereux etc, sans parler de l’effet dit « parano » dont tout le monde a attendu parler, c’est-à-dire des gens qui soit cherchent de la cocaïne…qui fument la moquette comme on dit, voire qui fument le trottoir, et des gens qui sont poursuivis dans la rue par des imaginaires, agents secrets et autres, fin moi j’en ai vu des comme ça.

Transcriptions : Yentl Coubes.