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Cocaïne et VIH (2) : Que faut-il savoir ? (avec Laurent Gourarier)

2 avril 2010 (lemegalodon.net)

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Reda Cette idée que la cocaïne est devenue très répandue, presque autant que le cannabis, presque autant banalisé. Dans quels milieux, et est-ce que ça concerne particulièrement les séropositifs et la diversité de situations et des milieux dans lesquels se trouvent les personnes vivant avec le VIH ?

Laurent Il faut bien dire que la question : drogue et séropositivité, drogue et VIH, ça a été quelque chose qui a eu tendance un petit peu à « divorcer », entre guillemets, parce que beaucoup des gens qui consomment des drogues, et même parfois de façon complètement zinzin n’ont pas le VIH. Et à l’inverse beaucoup de gens qui sont malades avec le virus, ou qui les aiment n’ont rien à voir avec la consommation de drogue. Pourtant c’est, comme tu as dis, ça se répand. Ca se répand c’est vrai qu’on trouve de la cocaïne pour pas cher, on trouve surtout des formes de cocaïne… le crack c’est de la cocaïne.

Nabila Dans la population générale ?

Laurent Ouais. On trouve maintenant des cailloux, c’est-à-dire des unités de crack pour des… accessibles à toutes les bourses. Et quand tu fume le caillou, quand les gens fument le caillou, ils ont une montée qui est semble-t-il aussi puissante que quand ils l’injectent dans des veines périphériques ou loin de l’endroit où le sang est envoyé dans le cerveau. Donc ça veut dire quoi, en gros, ça veut dire que cette drogue se démocratise. Est-ce qu’il y en a plus que du cannabis je n’en sais rien, plutôt non dit comme ça, mais il y en a beaucoup. Et rare sont les jeunes français finalement qui ne saurons pas au contact avec de la cocaïne sous une forme ou sous une autre.

Nabila J’aurais une question à vous poser docteur Gourarier si vous voulez bien. Tous ces produits qu’on vient de citer sont des produits illicites bien sûr on le sait, parce qu’ils modifient le comportement. Pourquoi à ce moment là le tabac et l’alcool sont aussi des produits qui modifient le comportement ? Moi en tant qu’humain je sais que quand je manque de nicotine je suis énervée, ça modifie mon comportement. Bien sûr je ne bois pas d’alcool, il m’arrive de temps en temps de boire un verre de champagne, mais je sais aussi que l’alcool modifie le comportement. Pourquoi cette classification de ces produits ? Pourquoi l’alcool et le tabac sont mis à part, et tous ces produits qu’on vient de citer sont mis à part et surtout en ce qui concerne la cocaïne ?

Laurent Alors… évidemment je ne peux pas répondre à toutes ces questions. Et vous avez tout à fait raison de dire que ce sont des drogues et aujourd’hui chez les addictologues l’alcool, le tabac, les médicaments… ce sont des drogues ! Et… ce n’est pas la drogue qui fait l’addicté, c’est l’addicté qui fait la drogue. Il y a des gens qui boiront de l’alcool toute leur vie avec modération et puis d’autres vont rentrer là-dedans de façon absolument zinzin, soit ça va leur faire un effet bizarre, triste, agressif, et puis ils auront tendance à reproduire l’expérience. Donc premier truc, oui la raison pour laquelle tel produit est licite et l’autre illicite n’est pas forcément une réalité scientifique, un. Deux, ça change. Aux Etats-Unis l’état Californien, le plus riche état des Etats-Unis, est en train de légaliser le cannabis. Et d’après ce que je me suis laissé dire, il y a un référendum en préparation, fédéral aux Etats-Unis sur la légalisation du cannabis. En France on a tendance plutôt à faire machine arrière, ces barrières ne sont pas des barrières aujourd’hui scientifiques et sont appelées à évoluer c’est sûr.

Reda C’est un débat sur la prohibition, j’aimerais qu’on se concentre vraiment sur cocaïne et VIH.

Laurent Le petit message pour les gens qui nous écoutent. C’est qu’il n’y a pas d’un côté les drogues douces, de l’autre côté les drogues dures, les drogues licites, les drogues illicites. C’est que quand on les mélange les unes avec les autres ça fait souvent des feux d’artifice avec des effets non-calculés. Et c’est pour ça qu’il faut faire attention aux mélanges, au moins autant qu’aux drogues individuelles.

Reda J’aimerais qu’on revienne sur l’atelier. Et vraiment avec des questions s’il y en a sur la cocaïne par rapport aux personnes séropositives et en particulier aux personnes séropositives qui prennent un traitement.

Nabila Oui justement pour revenir à ce public, parce qu’en entendant tous ces témoignages, l’impression qu’on a d’emblé c’est que L : « on n’est pas concernés. » Pourquoi, je pense qu’on ne s’est pas compris au départ c’est la question que je voulais poser, en posant la question… en posant la comparaison avec l’alcool et le tabac, c’est : Pourquoi on a plus de facilité de dire que « je suis fumeur et je bois », que de dire « je suis consommateur et usager de drogues » ? C’est ma question. C’est ce qui revient en fait de ces témoignages rapportés des trottoirs.

Reda Mais si je peux me permettre, c’est rigolo quand j’entends ça. Parce que toi-même Nabila je t’ai entendu dire « si on m’enlève ma cigarette… ça va être direct l’héroïne. » Ce qui sous-entend que la cigarette c’est quand même mieux que l’héro.

Nabila Oui… au moins je le verbalise. Mais ce qu’on entend là c’est que je ne suis pas concernée. C’est l’affaire des autres, ce n’est pas moi l’affaire… c’est ça qui m’intrigue en fait.

Reda Zina comment… ?

Zina De toute façon le tabac et l’alcool c’est… les deux c’est légal.

Reda C’est aussi accepté socialement, limite c’est mal vu si tu consomme…

Zina La cocaïne, le cannabis, l’héroïne, enfin toutes les drogues dures c’est illégal donc, c’est interdit.

Nabila Ben l’état américain… ?

Ali Ca se consomme dans d’autres contextes. L’alcool tu vas dans un bar, tu vas chez un ami… tu en trouves partout. A l’inverse pour le shit… même si parfois il y a des gens qui fument dans la rue, bon ça reste encore un peu dans l’esprit des gens maintenant, c’est presque entré dans les mœurs entre guillemets, comme le disait le docteur. Mais… oui, qu’il y ai eu une recrudescence de la consommation de cocaïne, que ça se soit plus démocratisé ces dix dernières années, j’ai tendance à penser que c’est en partie parce que pas mal d’héroïno-man quand ils ont pris la substitution vu que c’était antagoniste les produits de substitution avec l’héroïne, en particulier la méthadone, t’étais malade comme un chien, donc les gens ils ont consommé de la cocaïne. Il y a une différence entre la cocaïne en poudre, le crack…

Reda Donc chez les anciens injecteurs d’héroïne la consommation de coke serait liée à la substitution. Est-ce que c’est quelque chose qu’on peut dire ou est-ce que c’est… Mais on part dans un débat sur…

Ali Sans dire il y a quelques années, je parle toujours de consommation de cocaïne moi monsieur. Quand à la substitution il y en a qui se sont penchées sur…

Reda Un complément quoi ?

Laurent Alors le truc important c’est : Ce n’est pas le méthanol qui rend malade avec l’héroïne, c’est le subuté ou plus exactement la burpridorfine.

Ali Non mais il y a la méthadone.

Laurent La méthadone avec les opiacés…

Ali J’en ai pris pendant dix ans !

Laurent La méthadone avec les opiacés, à priori, quand tu mets des opiacés d’héroïne sur la méthadone surtout tu fiche ton argent en l’air éventuellement… ça rend déjà malade. En gros ce n’est pas tellement… Alor maintenant est-ce que les gens préfèrent aujourd’hui la cocaïne parce qu’il y a la substitution qui a pacifié l’héroïne ? Pas complètement parce que d’abord l’héroïne elle existe toujours, il y a de l’héroïne maintenant dans les rues de Paris. Il y en a peut-être même plus maintenant qu’il y a une vingtaine d’année, sauf qu’elle tue moins. Sur la cocaïne ça s’est un petit peu déplacé parce que précisément on ne sait pas exactement ce que ça fait. Et on ne sait pas exactement ce que ça fait pour pleins de raisons, nous on va essayer de défricher ça. Parce que nous, médecins ou nous, séropositifs et ceux qui les aiment on a intérêt à comprendre ce qu’on fait pour vivre. Voilà pour vivre et avancer dans la vie. Et on va essayer d’y voir clair, il y a des choses qu’on connaît sur la cocaïne, et on va essayer d’y voir clair le 1er avril au Comité.

Reda Et ce n’est pas un poisson d’avril je précise ! Mais Zina, à 19h, toi comment tu imagines ça, comment ça va se passer ? Est-ce qu’il faut être consommateur de cocaïne pour venir jeudi soir ?

Zina Ah non pas forcément. Ca va être très intéressant et ça peut intéresser… ça intéresse tout le monde consommateur ou pas.

Reda Et est-ce qu’il y a vraiment des trucs qu’on va apprendre jeudi soir avec le docteur Laurent Gourarier qui concerne des personnes séropositives et puis sous traitement ? Sur les interactions, est-ce qu’il y en a entre cocaïne et antirétroviraux ? Est-ce qu’on sait des choses là-dessus, est-ce qu’il y a des choses à savoir ?

Laurent Il y a bien sûr des choses à savoir sur les interactions médicamenteuses des deux « produits » entre guillemets. Maintenant ce qui est important de savoir c’est que la cocaïnomanie, parce que les gens qui prennent de la cocaïne et les cocaïno-man ce n’est quand même pas exactement les mêmes. Les gens qui voient passer de la cocaïne une fois dans leur vie, et les gens qui font vœux de pauvreté et de chasteté pour se marier avec pendant quelques temps, ce n’est quand même pas exactement les même. L’histoire c’est, quand on rentre dans une grosse grosse consommation de cocaïne, c’est clair qu’il y a beaucoup de liens sociaux qui pètent et notament, les mesures qui étaient utiles pour les héroïno-man, les échanges de seringues, des trucs comme ça qui permettaient aux soignants et aux non-cocaïno-man d’approcher… aux non toxico-man les approcher, voire de trouver des intérêts communs, de faire alliance entre héroïno-man et non héroïno-man, et ça c’est encore à inventer pour la coke. Et c’est des choses qu’on va j’espère mettre sur l’atelier, qu’on va essayer de travailler ensemble le 1er avril. Mais il faut dire que ça, ça va être de la nouveauté, ça sera « only in » le Comité des Familles.

Nabila C’est un projet pilote ?

Laurent On pourrait faire des projets pilotes. Pour l’instant ce n’est pas un projet pilote mais on pourrait effectivement, à mon avis, par cet intermédiaire faire des choses un peu originales qui ne sont pas trop tentées ailleurs.

Transcription : Sully Bidois