Skip to main content.

Les coulisses du Sidaction | Financement de la lutte contre le sida | Pierre Bergé | Reda Sadki

La lente agonie du Sidaction : « Pierre Bergé doit démissionner »

31 mars 2010 (fluctuat.net)

1 Message | | Votez pour cet article

Voir en ligne : La lente agonie du Sidaction : « Pierre Bergé doit démissionner »

L’édition du Sidaction 2010 n’a récolté que 5,2 millions d’euros. Pour Reda Sadki, militant et responsable du Megalodon, "le site qui dénonce les requins du Sida", cet échec est imputable à la mauvaise gestion de la manifestation. Il réclame la démission de Pierre Bergé, son président depuis 1996.

Critiquer une œuvre caritative est un exercice périlleux et difficile. C’est ce qu’expérimentent les membres du collectif Megalodon : des militants, des malades du Sida ou des professionnels de la santé qui tentent depuis plusieurs années de sensibiliser l’opinion sur les dérives du Sidaction, accusé d’avoir étouffé les petites associations de provinces et de stigmatiser la situation des personnes atteintes du virus.

"D’habitude, ce sont des groupes d’extrême-droite ou de cathos intégristes qui critiquent le Sidaction", reconnaît Reda Sadki, responsable du site internet lemagolodon.net. "Mais il faut remplir cette fonction de veille, de vigilance sur le VIH. On ne peut pas à la fois être juge et partie." Très dur avec la gestion du Sidaction, le militant nous explique pourquoi selon lui on récolte de moins en moins d’argent pour la lutte contre Sida, et comment il est (mal) utilisé.

Fluctuat : Le site Megalodon appelle dans un communiqué à la démission de Pierre Bergé. En quoi le Sidaction est-il selon vous illégitime ?

Reda Sadki : On considère que le Sidaction est illégitime pour appeler au don, récolter et répartir les fonds. Il ne représente pas les malades, ni la communauté des chercheurs. Chaque centime versé au Sidaction dédouane l’Etat de sa responsabilité sur le problème du Sida. Et si le Sidaction rapportait plus d’argent, il se dédouanerait encore plus.

Vous pointez du doigt la baisse constante des dons récoltés pour le Sidaction, qui s’élevaient à 45 millions d’euros lors de la première édition et ont chuté cette année à 5 millions d’euros.

En 1994, il y a eu un formidable élan populaire avec la première édition du Sidaction qui a rapporté presque autant que le Téléthon de l’époque (57 millions d’euros, NDLR). Mais des associations ont accaparé l’évènement, notamment des associations gays sectaires soutenues par Pierre Bergé et Christophe Girard.

Beaucoup de séropositifs ont cru à ce message à l’époque et ont écrit à l’association sans obtenir de réponses.

L’argent s’était partagé entre quatre associations. Or, l’Inspection générale des affaires sociales constate que le gros du gâteau était partagé entre quatre associations alors qu’il y en avait plusieurs centaines en France. Cette pratique n’a pris fin qu’en 2002.

Qu’est-ce que vous reprochez à l’organisation du Sidaction ?

Dans une mobilisation comme le Téléthon, on voit bien que ce sont des gens au niveau local qui s’agitent pour que ça marche. Pour ce qui est de la lutte contre le Sida, les grosses associations parisiennes ont perdu le soutien populaire des gens qui se bougeaient sur le terrain en décidant de se réserver le gros du gâteau.

Et la responsabilité de Pierre Bergé dans tout ça ?

En 1996, le deuxième Sidaction a fait un énorme bide, mais c’était quand même plus de 9,6 millions d’euros récoltés, soit presque deux fois plus que cette année. Donc, on passe de 45 à 9,6 et Pierre Bergé lui-même dira dans un article du Monde daté du 21 novembre 1996 : "c’est un bide, sans doute l’événement était trop parisien, trop éloigné du public." Et il ne fera strictement rien à partir du moment où il devient président pour changer la formule du Sidaction.

Il déclarera aussi à l’Association des communistes combattants du Sida (ACCS) que pour le débat sur la transparence du Sidaction, il ne fallait pas compter sur lui. Des propos que le journaliste Rémi Darne avait rapportés à l’époque.

A quand remontent les premières critiques contre l’organisation du Sidaction ?

Il y a eu une première dérive dénoncée par des associations, des malades, des médecins comme le Dr Eric Chapeau, des journalistes comme Rémi Darne, mais ça n’a débouché sur rien du tout. Rémi Darne avait commencé à constituer des plaintes pour dénoncer ces dérives, mais il est mort du Sida en 1996 avant d’avoir pu les faire aboutir. Il était un peu le porte drapeau de ceux qui dénonçaient ses dérives. Beaucoup de gens ont à l’époque abandonné la lutte contre le Sida, en ayant vu les rapaces qui ont mis la main dessus.

Aujourd’hui, ce sont toujours les mêmes qui se cramponnent à ça, la dernière tactique pour faire oublier ces échecs successifs a été d’attaquer le téléthon. Moi, ça fait quinze ans que j’anime l’émission Survivre au Sida et ça me dégoute d’entendre Pierre Bergé et Line Renaud. Je ne suis pas le seul. Après, comme tous les journalistes travaillent pour des rédactions dont les patrons ont signé des conventions avec Bergé pour soutenir le Sidaction, pour en trouver qui ont le courage d’aller à contresens du message consensuel qui est "appelez le 110", c’est compliqué.

Critiquer une opération caritative comme le Sidaction est délicat. Megalodon a d’ailleurs du mal à relayer son message.

Bien sûr. Il faudrait rompre le consensus autour de l’humanitaire, que ce soit La Croix Rouge ou Emmaüs, toutes les associations font l’objet de contestations internes et externes mais il est très difficile de les faire entendre. Dans un pays à forte tradition catholique, comment peut-on reprocher quelque chose à des gens essayent de faire le bien d’autrui ?

Le problème c’est qu’à chaque fois qu’on lance une opération de charité télévisée, on renforce l’idée que la santé des gens qui tombent un jour gravement malade ne serait pas un droit mais relèverait de la charité, du bon vouloir des généreux donateurs. Si la santé des séropositifs étaient vraiment tributaire des dons, là on serait bien dans la merde.

Considérez-vous pour autant qu’il faille mettre un terme au Sidaction ?

Si on doit se résigner à avoir des opérations de ce type-là, il faudrait qu’elles soient transparentes, pas dans l’invective vis-à-vis d’autres pathologies, et que ses dirigeants rendent des comptes. Sur le fond, si on pouvait se débarrasser de ces opérations de charité télévisée, je pense qu’on y gagnerait plus que les 5 millions d’euros du Sidaction. Le Téléthon c’est autre chose. Je m’y suis intéressé il y a deux ans, le Téléthon est beaucoup plus transparent, les familles concernées par la maladie participent à l’évènement et aux prises de décisions et la gestion semble bien meilleure, la part des frais moindre…

Nous, on estime que le Sidaction sous sa forme actuelle stigmatise la situation des personnes atteintes du Sida. S’ils ont autant de mal à trouver des personnes prêtes à témoigner, c’est bien pour ça. Je rencontre des gens qui me disent qu’ils font en sorte de ne pas allumer la radio ou la télé pendant le Sidaction. Quand on fait quelque chose au nom d’une population, et qu’une partie n’est pas contente, il faudrait prendre le temps de se poser la question.

Forum de discussion: 1 Message