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Caritatif et contrôle social | Larissa | Renaud Delacroix | Vincent Pelletier

La fin de l’aide à domicile (4/4) : « Avoir une aide à domicile, c’est existentiel ! »

14 mars 2010 (lemegalodon.net)

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Réda : Pour les syndicats, ou en tout cas Renaud Delacroix, il y a aussi la question de vos fiches de paye. C’est-à-dire, tous ces gens qui sont payés pour gérer le dispositif d’aide à domicile, est-ce que vos revendications concernent uniquement le maintien de vos salaires ? enfin, qu’est-ce que vous demandez exactement au-delà…

Renaud Delacroix : Nous déjà… enfin, le problème dans ce que vient de dire, Vincent, c’est que… il ne dit qu’une partie des choses seulement. C’est-à-dire que c’est vrai que dans le département 92, le Conseil général a cessé de financer et que c’est révélateur, et qu’on sait qu’effectivement la manière dont sont financés les PAAD, c’est pas satisfaisant, c’est pas suffisamment pérenne, c’est pas sur l’ensemble du territoire etc… Mais, il y a quand même une série de départements où c’est présent depuis longtemps, où les financeurs ont réaffirmé qu’ils comptaient continuer à abonder pour que le dispositif existe. Si on prend ce dispositif, il n’est peut-être pas parfait, il ne couvre peut-être pas tout, mais néanmoins il existe pour les gens qui en bénéficient c’est une situation… enfin ce n’est pas un luxe…

Réda : Est-ce que ça, vous le contestez…

Renaud Delacroix : Enfin, j’aimerais terminé là aussi, parce que le problème c’est qu’il y a les questions financières dont tu parlais, c’est vrai qu’elles sont réelles, mais alors si la tactique c’est d’être dans un bras de fer avec l’État, justement pour dire que ce dispositif il mérite d’être pérennisé, de ne pas dépendre d’associations et de budgets qui peuvent être remis en cause, pourquoi est-ce que dans les documents que vous avez sorti et « resorti » vous dites que… enfin il y a des documents de la Direction qui dénigre le travail des programmes d’aide à domicile en disant que l’aide à domicile parfois renforce l’isolement des personnes, renforce le repli sur soi et renforce même le refus de soi ! Vous avez écrit que les PAAD renforçaient le refus de soi ! Et ça, ce n’est pas honnête, c’est d’autant moins honnête et je voudrais terminer…

Réda : Qu’est-ce que ça veut dire ça « les PAAD renforcent le refus de soi » ?

Vincent Pelletier : c’est une phrase sortie de son contexte…

Jacquot : Ah ça c’est très politicien !

Vincent Pelletier : Il y a des situations où l’objectif premier d’AIDES, c’est de renforcer les capacités de chacun et de travailler sur le collectif, de faire en sorte que les gens trouvent leurs solutions eux-mêmes. C’est le principe même de la construction d’AIDES depuis 1984, et que là, on est parfois dans un dispositif où il y a un enfermement qui se crée à domicile parce qu’il y a un soutien qui est fait et que du coup ça ne favorise pas la rencontre de la personne avec d’autres personnes séropositives pour construire du collectif, c’est ça qui est dit…

Réda : Qu’est-ce que vous répondez à ça, c’est-à-dire, est-ce que l’aide à domicile renforce un petit peu la situation des séropositifs en tant qu’assistés, c’est-à-dire en tant que dépendants de différentes aides ?

Pascal : On voit simplement le fait qu’on voit le problème sous deux regards différents. Du côté politique : « plus je gagne du pognon mieux ça me rapporte, parce que ça m’assure mon salaire à la fin du mois, le reste : j’en ai rien à foutre »…

Jacquot : ça se sent !

Pascal : Par contre, quand quelqu’un est malade, qu’il est tout simplement dans l’incapacité de pouvoir ne serait ce que faire son ménage chez lui, parce qu’en fin de compte c’est juste ça en ce qui me concerne… et éventuellement les jours où on est vraiment complètement à part, qu’on est même pas dans la possibilité par rapport à une immobilisation, par rapport à des traitements qui sont lourds et des maladies invalidantes, et ben qu’en fin de compte le minimum soit assuré, et c’est ça l’aide à domicile, c’est qu’on ait au moins un endroit propre et saint pour vivre, ce qui est fondamental pour notre thérapie. Et deux : que la personne soit là pour qu’on puisse avoir un échange, et discuter, et tout un tas de choses, mais arrêtons de dire que ça nous isole ! On n’a strictement rien à demander d’avoir chopé les merdes qu’on s’est chopé ! Alors arrêtons de dire que oui c’est l’État qui finance, oui c’est ceci et cela… on finit par user les cordes. À ce moment-là, on peut avoir le même réflexe avec les Restos du Cœur… À ce moment-là, ils n’ont absolument pas besoin d’assurer la donation de la nourriture aux SDF, puisqu’en fin de compte, ça viendrait de la charge de l’État…

Réda : Surtout que les Restos du Cœur ne sont pas financés par de l’argent de l’État.

Pascal : Oui exactement, alors arrêtons d’aborder toujours les choses comme ça nous arrange, mais voyons les choses qui sont réelles. C’est-à-dire que pour des gens qui n’ont strictement rien demandé, et qui se sont chopé ses merdes, et qui les immobilisent, et qui ont déjà du mal à pouvoir vivre vis-à-vis d’eux-mêmes, c’est une aide qui est fondamentale.

Réda : Donc ils ne sont pas assistés.

Pascal : non pas assistés parce que déjà nous-même, on déteste ce terme-là.

Réda : En même temps c’est vrai qu’un patron qui fait venir une femme de ménage chez lui pour faire le ménage, personne ne dit qu’il est un assisté…

Pascal : Je suis d’accord avec vous mais…

Jacquot : Je voulais rajouter un truc par rapport à l’argent du Sidaction. Si à l’époque quand il y’avait les gros Sidaction en 1994 tout ça, fin quand ça a rapporté beaucoup d’oseille tout ça… Si à ce moment-là l’argent, ils en avaient filé un peu partout… moi, l’association qui s’occupe de moi on est une dizaine dedans et elle fait un putain de bon boulot, elle aide les gens -Info Soins à Versailles- , elle nous aide au quotidien chacun indépendant, elle nous aide tous. Beaucoup de personnes subsahariennes, quelques personnes comme moi… ça va pas encore duré, parce que ça y’est tous les budgets là aussi ont pété, mon appartement, les budgets on pourrait en parler encore, la sécu a pété les budgets… donc, en ce moment ce que je voulais juste dire c’est que si l’argent à un moment donné il avait été mieux partagé et que tout le monde en avait eu un peu… peut-être que même mon association elle se serait démerdé pour me payer mon aide à domicile. On ne serait pas obligé de passer par… simplement, il y a des gros qui ont pris, alors qu’est-ce qu’ils ont fait avec ? J’ai beaucoup de formulaires sur papier glacé, beaucoup de spots télévisés, beaucoup de choses comme ça… Quand je disais le champagne, ça inclue tout ça… J’ai été dans l’animation, j’ai bossé avec les mairies, je sais exactement comment ça se passe, je ne suis pas né de la dernière pluie. Il y a des professionnels de l’associatif dans ce monde-là… et malheureusement en ce moment… juste dernière chose avec le président qu’on a… il faut se rappeler que pendant la campagne quand il était encore juste candidat, il avait refusé de faire l’affichette « voteriez-vous pour moi si j’étais séropositif ? », il n’avait pas voulu le faire… On savait déjà ! moi, je suis en train d’écrire… fin j’ai fini d’écrire un bouquin là, sur le VIH, et dedans à un moment je dis c’est bizarre, depuis 2 ans, il ne me semble pas me rappeler d’avoir entendu le mot sida dans la bouche de notre président, peut-être qu’il croit que ça se contracte en le prononçant.

Réda : Larissa, est-ce que les personnes qui sont bénéficiaires de l’aide à domicile sont des assistées ?

Larissa : Pas du tout. En fait, être un assisté c’est quand même trop dur. Je crois qu’avoir une intervention à domicile, c’est existentiel. Ça va au-delà de tout ce qu’on vient de dire. En fait il faut être dans la situation pour comprendre le réel. Moi personnellement, je peux gambader, je vais où je veux, je peux faire tout ce que je veux mais je n’arrive pas à faire quoique ce soit sans mon intervenant. Ce n’est pas parce que je suis dépendante, ce n’est pas du tout ça… mais c’est parce que je n’y arrive pas.

Réda : Est-ce que ça, Vincent Pelletier vous l’entendez ?

Vincent Pelletier : Oui je voulais réagir par rapport à ça. Parce que je crois qu’il ne faut pas faire de procès d’intention… d’abord je veux rappeler qu’AIDES est une association de séropos, que je suis moi-même séropo depuis 18 ans, que je suis moi-même sous trithérapie, que j’ai moi-même des problèmes de santé extrêmement importants, ce qui ne m’empêche pas d’être directeur d’AIDES. Il ne faut pas se tromper d’ennemis. L’ennemi c’est les pouvoirs publics dans l’histoire, ce n’est pas AIDES.

Réda : Qui fait le ménage chez vous, Vincent Pelletier ?

Vincent Pelletier : J’ai eu une aide ménagère… aujourd’hui, j’ai les moyens de me la payer, donc je me la paye. Parce qu’effectivement je ne peux pas le faire moi-même. Mais on a tous effectivement nos difficultés, aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir me la payer, mais il ne faut pas se tromper d’ennemi. AIDES est toujours du côté des personnes. L’ennemi c’est bien les pouvoirs publics pour effectivement garantir la pérennité de ce dispositif-là. Ce n’est pas AIDES qui serait l’ennemi parce qu’on se mettrait de l’argent plein les poches, c’est pas vrai.

Réda : Mais dans ce cas-là ce serait une accusation de complicité, est-ce que réellement vous faites le maximum pour défendre ce dispositif ? Ou est-ce qu’il y a des réserves ?

Vincent Pelletier : Mais ça fait 25 ans qu’on fait ça, on l’a créé ce dispositif, si on ne voyait pas d’intérêt, on ne l’aurait pas fait ce dispositif en 1992… on y voit bien tout son intérêt, ce que ça apporte aux gens, ça a sauvé des vies l’aide à domicile, l’épidémie a changé… ce n’est plus les mêmes besoins. Effectivement, il y a moins de besoins criants, on n’est plus sur le même accompagnement, il y a beaucoup de besoins sur l’accompagnement thérapeutique, il y a beaucoup de besoins sur l’accompagnement à la prévention. Il faut sortir de cette circulaire 96 qui enferme, pour arriver sur un autre dispositif d’accompagnement des personnes, qui inclut du ménage mais aussi autre chose.

Réda : Mais combien de personnes perdrait-on en cours de route ? C’est un peu ça la question.

Vincent Pelletier : Mais il n’est pas question de perdre des gens, le moins possible…

Larissa : Je pense qu’il est important de faire un débat avec les personnes concernées…

Vincent Pelletier : Mais il existe ce débat, en France il y a 76 délégations, il existe ce débat… Le vrai scandale il est sur le fait que cette année en 2010, il va y avoir 5 millions d’euros en moins dans la lutte contre le sida, donnés par l’État. Qui va les gérer ces 5 millions ? Comment va-t-on faire des arrêts de programmes ? Quels sont les choix qu’on va faire ? ça c’est la vraie priorité.

Réda : Alors il nous reste quelques secondes, et j’aimerais demander à Tina qui a écouté et assisté à tout ce débat, si elle y a compris quelque chose ? Et qu’est-ce que tu as retenu de cette discussion, de cet échange ?

Tina : Oui, j’ai compris quelque chose, aussi parce que Larissa m’en avait déjà parlé. Ce qui me choque « presque » le plus dans tout cela, c’est que j’entends tout le temps cette phrase : oui mais le visage de l’épidémie a changé… et puis, je suis la première à dire que oui les nouveaux contaminés ont une chance, ils vont bien, c’est différent de ceux qui ont été contaminés il y a longtemps… mais justement ceux qui bénéficient de l’aide sont les anciens contaminés et c’est pas parce qu’aujourd’hui il y a des nouveaux traitements qu’ils claquent des doigts et qu’ils se relèvent et qu’ils courent dans la rue… donc, c’est simplement que je ne vois pas justement en tant que personne concernée et en bonne santé, comment on peut laisser ces personnes se débrouiller du jour au lendemain puisque c’est eux justement qui ont laissé leur peau avec ce virus.

Vincent Pelletier : Oui fin pour la majorité des gens ça continue…

Réda : Ce sera le mot de la fin pour l’émission aujourd’hui, merci à toutes et à tous de nous avoir écouté. Je sais que ça fait bien court, le débat continue sur le site survivreausida.net, et puis aussi en ce qui concerne le champagne et tout ça, ça se passe sur lemegalodon.net, le site qui dénonce les requins du sida. Merci à l’ensemble de nos invités de s’être déplacés et j’espère que le débat va continuer et qu’AIDES sera mis devant ces responsabilités ainsi que les pouvoirs publics. Merci à toutes et à tous, bonne semaine.

Transcription : Yentl Coubes

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