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Caritatif et contrôle social | Larissa | Renaud Delacroix | Vincent Pelletier

La fin de l’aide à domicile (3/4) : « Un peu moins de champagne, un peu plus d’heures ! »

14 mars 2010 (lemegalodon.net)

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Réda : J’aimerais quand même qu’on revienne aux besoins des personnes qui ont besoin de cette aide à domicile, qui disent qu’elle leur est utile… d’où ma question pour Larissa.

Larissa : J’ai été justement choquée par la manière d’annoncer le retrait ou l’arrêt du dispositif… C’est-à-dire que je n’ai pas compris pourquoi nous les premiers concernés, ne soyons pas informés, en fait… puisque je l’ai appris par une connaissance du 92 qui était aussi bénéficiaire et qui m’a dit « ben toi t’as encore une aide ménagère mais chez nous ça a été arrêté ». Donc, en fait, c’est une information qui m’ait tombé dessus, et je ne comprenais pas en tant que militante, et en tant que bénéficiaire, de ne pas avoir eu l’information.

Réda : Et Jacquot et Pascal pareil ?

Jacquot : La personne qui vient chez moi elle va se former avec AIDES pour aller vers des gens séropositifs ou malades… et elle est revenue un jour complètement dépitée, elle m’a dit qu’apparemment ça s’arrêtait. Donc, moi j’ai appelé AIDES… on m’a dit qu’on savait pas trop, mais que oui effectivement ça allait bouger à AIDES à Trappes. J’ai appelé à Paris et à Paris on n’a rien voulu me dire… On a vraiment l’impression de bruits de couloirs…

Réda : Et Pascal ?

Pascal : Moi je l’ai appris hier matin par mon coordinateur, parce que je suis sur Paris…

Réda : Alors, Vincent Pelletier qu’est-ce que vous répondez à ça ? Est-ce que vous reconnaissez qu’il y a eu au minimum une erreur ou des erreurs dans la manière de faire ce débat sur la place de ce dispositif ? Est-ce que vous avez oublié de demander l’avis et de vous intéresser à ce que les premiers concernés, les bénéficiaires, pensent de tout ça ?

Vincent Pelletier : Alors je ne peux pas entendre ça. J’entends la difficulté de chacun, hein, je ne veux pas dire que ça je ne l’entends pas, par contre je n’entends pas l’absence d’écoute des bénéficiaires puisque c’est quand même ce qui nous intéresse en premier lieu… on ne peut pas à la fois dire que c’est un programme merveilleux qu’AIDES a créé en 1992, et à la fois dire qu’AIDES est un salaud en l’arrêtant. Ce qu’on fait, c’est tirer la sonnette d’alarme : ça fait 14 ans qu’on essaye de se batailler avec l’État sur le dispositif, ça fait 14 ans qu’on dit qu’il n’est pas viable parce qu’il n’est pas sécurisé dans des financements pérennes, qu’il est compliqué à gérer parce qu’il est spécifique, et que c’est extrêmement compliqué de gérer du droit spécifique en droit français, comment est-ce qu’on fait pour gérer le fait que c’est accessible à des séropositifs et pas accessible à des malades de VHC ou à d’autres malades… donc s’est extrêmement compliqué le droit spécifique…

Réda : Mais donc c’est quoi ? C’est une tactique vis-à-vis des pouvoirs publics de menacer de lâcher… je crois 800 bénéficiaires ?

Vincent Pelletier : Oui… Est-ce qu’on peut parler de tactique ?... On les lâche pas ! Parce que pour le coup on dit « attention la coordination doit être assurée … »

Réda : Il y a quand même des gens qui n’ont plus d’aide à domicile et qui en avaient avant…

Vincent Pelletier : ça c’est le 92… c’est un bon exemple le 92 : il n’y a plus d’heure à partir du 15 novembre, donc on se retrouve à gérer un dispositif où il n’y a plus d’heure, donc les gens n’ont plus d’aide à domicile qui vienne chez eux, parce que l’État dit qu’il n’y a plus de crédit. Mais, c’est bien l’État qui dit qu’il n’y a plus de crédit, il n’y a plus d’heure…

Renaud Delacroix : C’est le Conseil général…

Vincent Pelletier : D’accord, c’est le mélange entre les deux : c’est à la fois le Conseil général et l’État, 50/50. Et il n’y a plus d’heures, donc on ne peut plus donner d’heures. Et on se retrouve à gérer un dispositif où c’est nous qui disons aux gens qu’il n’y a plus d’heure et qu’on ne peut plus vous en donner. Il y a quelqu’un qui est payé pour faire la coordination alors qu’il n’a pas d’heure à côté, et ça c’est en train de se passer dans tous les départements… c’est du droit spécifique…

Jacquot : un peu moins de champagne, un peu plus d’heures ! excuse-moi c’est démago de dire ça peut-être, mais quand même c’est démago pas tant que ça…

Vincent Pelletier : Mais si, c’est complètement démago ! ça représente 6 millions d’euros les heures d’aide à domicile en France aujourd’hui gérées par 6 millions d’euros !

Réda : « gérées par AIDES ».

Vincent Pelletier : Mais, c’est pas AIDES qui touche l’argent, c’est l’argent de l’État qui est financé par l’État, donné par les DAAS aux associations d’aides ménagères, c’est pas AIDES qui gère cet argent, AIDES ne gère que la coordination, c’est-à-dire qui y a droit, qui y a pas droit, combien d’heures par semaine, et on se retrouve à gérer un dispositif vide : il n’y a plus d’heure. Donc on tire la sonnette d’alarme en disant « attention, sur nos 17 dispositifs, on va se retrouver à gérer une pénurie d’heures… et ça va mourir d’année en année, parce que le salaire des aides ménagères augmente et c’est logique… par contre, l’enveloppe, elle, elle reste fixe, donc ça diminue tous les ans le nombre d’heures, et tous les ans on se retrouve en fin d’année à ne plus pouvoir attribuer d’heures, donc on se dit que c’est un dispositif qui doit être un dispositif de droit commun, ça doit être pris par l’État. C’est la solidarité nationale qui doit rentrer en ligne de compte. C’est à l’État, non pas sur des crédits sida, mais sur des crédits assurance maladie, ou sur des crédits précarité, qui doit mettre en place des heures d’aide ménagère pour les personnes malades.

Réda : Sauf que le dispositif de droit commun ça veut dire entre autre un seuil sur les revenus qui n’est pas compatible avec des gens qui ont l’hépatite ou des gens qui peuvent être très mal en point et avoir vraiment besoin de cette aide à domicile mais qui ne rentrent pas dans ces critères de revenus…

Vincent Pelletier : C’est le cas pour toutes les pathologies.

Pascal : Là je voudrais vraiment intervenir sur deux points. Déjà un : comment expliquez-vous qu’il n’y ait plus d’heure pour investir dans l’aide à domicile… je suis sous trithérapie, je suis sous hépatite C avec un traitement hyper lourd. Je peux demander 4 heures de plus par semaine, ça pose pas du tout de problème ça me sera accordé, d’accord ? Alors déjà il va falloir que vous accordiez vos violons, d’accord ?

Vincent Pelletier : Oui mais vous êtes sur Paris…

Pascal : Je suis sur Paris…

Vincent Pelletier : Ce qui n’est pas le cas du 92.

Pascal : Oui mais là on parle de Paris intra-muros et je parle de mon camp… après, ce qui se passe dans le 92 il y’a des gens qui sont là pour en parler et qui savent de quoi ils parlent. Moi je te parle de Paris intra-muros. Paris intra-muros. Je suis sous trithérapie, j’ai trois infections à longue durée qui mobilisent complètement… comme pas possible… J’ai une hépatite C avec un traitement hyper lourd, je peux demander 4 heures de plus par semaine sans problème, il n’y a pas un problème, pas une question. Comment explique-t-on qu’à ce moment-là on va prendre quelqu’un qui est en phase sur un cancer généralisé, avec un HIV, qui a besoin d’heures ou quoique ce soit, qu’on lui dise « ben écoutez monsieur on s’excuse mais on n’a plus d’heure à donner, donc vous vous démerdez ! ».

Réda : Et ça c’est quoi ? C’est le problème que ce soit différent dans chaque département…

Pascal : C’est de la contradiction pure !

Vincent Pelletier : C’est la circulaire 96…

Pascal : Non ce n’est pas le département 96, c’est le département Paris intra-muros.

Vincent Pelletier : Non c’est la circulaire du 96 il me semble…

Réda : C’est-à-dire ?

Vincent Pelletier : Elle est très spécifique, c’est réservé aux séropos donc euh…

Pascal : Le monsieur est séropositif, il a un cancer généralisé, si j’ai le droit à ce dispositif c’est que je suis séropositif et que même si j’ai chopé l’hépatite C, je l’ai chopé après ma séropositivité, donc ne sortez pas quelque chose qui vous arrange. Le cas est identique, le monsieur est séropositif, il a eu un cancer généralisé après, il rentre en plein dans le critère de l’aide à domicile.

Réda : Donc il y a quelque chose que je ne comprends pas : donc, Vincent Pelletier, vous ne reconnaissez même pas qu’il y ait eu une erreur en terme de communication, sur cette pénurie, et le rapport conflictuel avec l’État…

Vincent Pelletier : On est effectivement sur une tension très forte entre AIDES et l’État sur cette question-là, ça fait des années que cette tension existe, ça fait des années que l’État n’y met pas les moyens, et on n’a pas d’interlocuteur à la DGS…Il le reconnaît l’État, la DGS reconnaît qu’il n’y avait pas le bon interlocuteur ou pas d’interlocuteur du tout sur ce dossier-là… Il n’y a pas une réunion à la Direction Général de la Santé - puisque j’y vais régulièrement – il n’y a pas une réunion où on n’aborde pas ce sujet-là en disant que ça ne peut pas continuer comme ça… on va se retrouver dans une situation conflictuelle où effectivement il n’y aura plus d’argent dans les ARS, et il faut trouver une solution qui soit une solution de reprise par le droit commun, que ce soit par les Conseil généraux, que ce soit dans un dispositif spécifique, mais ça ne peut pas rester un dispositif géré par une association sur de l’argent public, c’est pas possible de durer… fin de continuer comme ça…

Réda : Pourquoi ?

Vincent Pelletier : Parce que tous les ans, on se retrouve avec moins d’argent, donc moins d’heures, et ça ne correspond pas aux besoins, et à côté de ça on nous répond qu’il y a 34 millions qui sont réservés dans les enveloppes des dispositifs déconcentrés de l’État, donc dans les DAAS, et que le dispositif d’aide à domicile occupe trop de place, et que tous les ans on nous dit qu’il faut mettre plus d’argent sur de la prévention, plus d’argent sur de l’accompagnement thérapeutique, mais on ne solutionne pas ces 6 millions-là qui devraient être pris sur un autre budget et qui permettrait de libérer cet argent, donc on dit stop.

Transcription : Yentl Coubes