Skip to main content.

Caritatif et contrôle social | Larissa | Renaud Delacroix | Vincent Pelletier

La fin de l’aide à domicile (2/4) ? Quand l’État refuse de faire entrer un dispositif spécifique... dans le droit commun

14 mars 2010 (lemegalodon.net)

Recommander cet article | Votez pour cet article

Reda Est-ce qu’on peut parler un peu de l’histoire de ce dispositif ? Il est créé en 1996… à partir de 1992. Mais à partir de 1996 il y a une circulaire qui l’officialise. Qui des deux peu raconter l’histoire de ce dispositif ? Vincent Pelletier vous avez participé à sa création… ?

V. Pelletier Donc c’est en 1992, dans la situation d’urgence que vous connaissiez à l’époque vis-à-vis de la maladie. Pas de traitement encore à cette époque là, enfin pas de trithérapie, avec de vraies difficultés des personnes sur les hospitalisations récurrentes et les sorties d’hospitalisation que… dans le cadre du programme d’aide aux malades qui était géré par des volontaires à l’époque, qui allaient au domicile des gens pour effectivement soutenir les personnes qui étaient en traitement ou en difficulté. On a décidé de mettre en place ce programme là, expérimental sur 1992, en disant « il faut faire quelque chose pour permettre aux gens de ne pas être hospitalisés. » L’objectif premier du dispositif c’est de faire en sorte que les gens qui étaient immunodéprimés ne se retrouvent pas en situation d’hospitalisation pour des problèmes ménagers. Qu’il fallait effectivement pouvoir les laisser à domicile et pour ça il était indispensable d’aller à domicile et leur permettre de rester chez eux, se soigner et voire… et là souvent mourir, parce c’était quand même souvent la destinée, à cette époque là, extrêmement souvent. Donc on a mis en place ce programme sur une base de volontariat…

Reda A cette époque là vous êtes qui au sein de AIDES ? Est-ce que vous êtes déjà ce technocrate qu’on croit, qu’on vous décrit… ?

V. Pelletier Moi je suis volontaire, je suis volontaire à l’époque. Quand je suis arrivé à AIDES en 1986 comme usager parce que je suis aussi séropositif. Donc je suis arrivé comme usager en 1986, je suis volontaire depuis 1992, salarié en 1995 et je suis à la direction que depuis 1998, comme adjoint et directeur général depuis trois ans maintenant. Donc à l’époque je suis volontaire, je suis volontaire en province à Nîmes. Et donc le programme est il est arrivé… beaucoup d’espoir pour nous. C’est une vraie volonté de transformation, une volonté de mettre en place quelque chose de pertinent pour les personnes. La circulaire de 1996 c’était presque une reconnaissance du dispositif, donc on était tous content quand la circulaire est arrivée, même si très vite on a vu que c’était un piège. Et je crois qu’il ne faut pas se tromper d’ennemi dans cette histoire. Il y a un vrai piège de l’Etat dans cette circulaire.

Reda C’est-à-dire ?

V. Pelletier Ben parce qu’en fait, on n’est pas sur un droit. L’Etat n’a pas fait une circulaire qui donne un droit aux personnes, qui fait que quand tu as besoin d’une aide à domicile tu peu l’obtenir quelque soit les besoins des gens. On a des droits… par exemple sur les médicaments, quand tu es malade, tu vas à la pharmacie, tu as un médicament et on ne calcule pas le nombre de personne qui vont être malade sur une année pour allouer un budget. L c’est complètement différent, en début d’année la DDAS elle dit « je vous donne tant d’heures. Et vous vous débrouillez avec ces heures là pour les donner aux gens. Et puis comme je ne veux pas m’en occuper parce que je ne veux pas être face aux gens, et bien je donne l’argent à une association. » En l’occurrence AIDES pour 17 départements, mais il y a pleins d’autres associations qui gère le programme dans d’autres départements, donc nous on en gère 17. Ils donnent le nombre d’heures à AIDES, ils disent « débrouillez-vous avec les gens, et vous attribuez des heures, et puis quand il n’y en a plus… ben il y en aura plus ! »

Reda Mais alors AIDES était bien content de prendre l’argent pendant des années et de financer les postes et de participer au dispositif. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ? Je ne sais pas…

V. Pelletier Alors je ne suis pas sûr que le mot soit « bien content », on était en tous cas conscients de participer à quelque chose de nouveau qui pouvait potentiellement amener un nouveau dispositif pour les personnes. Pas uniquement pour les malades du sida… la volonté de AIDES c’était bien, comme toujours dans tout ce que l’on fait on est dans la transformation sociale, donc on démontre que quelque chose est possible, et ensuite on essaie de transférer aux autres pathologies. Et donc entre 1996 et 2010 maintenant, ça fait 14 ans on se dit qu’il faut arriver à transformer cette circulaire en un dispositif de droits communs valable pour tous. A la fois pour tous les malades qui en ont besoin et à la fois pour tous les malades hors du Sida. Aujourd’hui… je ne sais pas si vous vous rendez compte qu’aujourd’hui un mec qui a une hépatite C, qui vient à demander des heures de ménage on est obligé de le dire non, parce que dans la circulaire de 1996 c’est marqué que c’est réservé aux « séropos ». Il y a une aberration en matière de droits spécifiques réservés aux malades du sida, alors que… une modification importante de l’épidémie. On n’a pas les mêmes besoins aujourd’hui en 2010 que les besoins en 1996. Mais aujourd’hui on est sur un dispositif spécifique qui de toute façon est voué à disparaitre, parce que ça fait des années que l’état nous disent « ce budget est trop important dans notre budget local de lutte contre le sida, il va falloir faire autre chose avec », il y a la mise en place de la GRSP depuis trois ans qui arrête pas de dire ça, maintenant les ARS qui disent « de toute façon, ça va s’arrêter. » Donc on est de toute façon dans un truc, un dispositif qui est géré par l’état, c’est des heures financées par l’état, nous on ne fait que coordonner qui y a droit, qui n’y a pas droit. Et l’état dit « on va arrêter de financer. »

Reda Mmh ! Renaud Delacroix, quand est-ce que vous apprenez que la direction de AIDES à décider de…

V. Pelletier On n’a pas décidé ça encore, on y réfléchit, c’est pour ça qu’il faut être très clair. On est sur un projet de dire, on arrête la coordination.

Reda Vous l’aviez annoncé le 31 décembre 2009, c’était sur la fin du dispositif.

V. Pelletier On va arrêter la coordination. Ca ne veut pas dire arrêter l’aide à domicile. L’aide à domicile peut être reprise par d’autres.

Reda Il y a cette accusation de décision arbitraire, sans information, sans débat, sans discussion.

Jacquot A Trappes il est presque question que AIDES… disparaisse complètement. A Trappes on n’a pas de problèmes, tu sais nous à Trappes c’est un peu… Neuilly, Auteuil, Passy, Trappes… et là c’est la panique à Trappes ! Si tu téléphone à AIDES en ce moment à Trappes ils sont comme ça au téléphone. Moi la dernière fois j’ai mis un coup de téléphone à la direction régionale, ils m’ont rappeler ils étaient comme des fous… on dirait un espèce de méli-mélo d’arrivistes, de professionnels de l’association. Comment on peut gagner, excuses-moi, 8 000 € … comment on peut gagner 8 000 € pour faire de l’associatif ? Juste expliques-moi ça. Pour moi ça me dépasse… faut gagner sa vie je suis entièrement d’accord… je suis entièrement d’accord que vous gagnez votre vie, mais franchement avec 4 000 (€) on est large. 8 000 € pour travailler à AIDES, du champagne étalé partout, ça dégueule de partout, attends ! Et les autres de la Star Ac’, est-ce que tu pense que les gens du Loft ou de la Star Ac’ vont nous amener quelque chose ? On va passer pour des bouffons aux yeux des rares personnes qui nous supportaient encore avec le Sida et qui vont se casser ! Quand ils vont voir les pourritures de la Star Ac’ faire des comme ça avec des verres de champ’ qu’est-ce que tu crois que ça leur donne comme… aux gens ? Les gens ils ont plus envie de donner ! Sida, maladie des années 1980, touches pas à mon vote ! Tu te rappelle ?

Reda Oui, oui. Alors le but du débat ce n’est pas le salaire de Vincent Pelletier, même si on reconnait que ça peut être choquant….

Jacquot C’est juste que ça m’a choqué parce que je viens de l’apprendre. Excuses-moi comme je suis un gars assez émotif…

Reda En même temps, force est de reconnaître qu’il est venu, qu’il a accepté le débat. Et que c’est lui qui nous apprend le montant de son salaire… ça c’est un première chose. Maintenant je voulais savoir comment Renaud Delacroix à apprit et dans quelles circonstances, ces annonces ou ces rumeurs autour de la fin du dispositif des PAAD ? Et même question après pour Pascal et Jacquot en fait.

Renaud Ben moi je l’ai appris fin octobre… fin octobre 2009. En fait une collègue qui travaille sur le dispositif PAAD qui me dit voilà il y a avait un CA le weekend dernier, un conseil d’administration de AIDES et il y avait un point sur les PAAD. Et ils doivent décider quelque chose, c’est marqué décision. Donc j’ai appelé au siège et j’ai eu Vincent pour lui demander alors… et donc c’est là que nous a été annoncé que, l’objectif était que AIDES se retire de la coordination des programmes d’aide à domicile, entre le 31 décembre 2009 et le 31 décembre 2010. Et donc le CA avait pris cette décision. Et à l’époque après la résolution du conseil d’administration qui annonce cette décision on a… nous a été transmise. Et effectivement c’est bien ça qui était adopté, voté et écrit ; avec plusieurs types d’arguments, effectivement l’aspect financier disant « il y a des incertitudes, des inquiétudes au niveau du financement. » Mais aussi, mais c’est venu beaucoup après dans le débat qu’on a insuffler pour pouvoir avoir une vraie discussion sur ce sujet là. Une remise en cause de la pertinence du programme d’aide à domicile aujourd’hui…

Reda Mais est-ce que dans cette remise en cause la question a été posée aux usagers, aux gens qui trouvent ça utile ? Ou est-ce que de fait, que ce soit Pascal, Jacquot ou Larissa on a oublié de poser dans une association qui se dit fondé sur l’auto-support, on aurait oublié de poser la question aux premiers…aux intéressés ?

Renaud De fait c’est aussi c’es ça qui nous a marqué, qui nous a choqué même on peut le dire. Avec…bon parce qu’on a commencé à… comme je le disais je suis délégué syndical, je suis représentant du personnel donc on a faire un peu des tours de téléphone et de contacter des collègues qui bossent sur l’aide à domicile pour savoir s’ils étaient au courant. Et c’est vrai que personne ne s’y attendait trop. La question sur l’aide à domicile c’est vrai qu’elle est récurrente à AIDES depuis que j’y suis, depuis 12 ans régulièrement : est-ce que c’est la place ici ou pas, donc c’est posé. Mais là de prendre une décision comme telle, c’était nouveau. Et non les bénéficiaires n’avaient pas été consultés, et les aides à domicile qui vont chez les gens directement faire… ben le soutien n’étaient pas au courant et les coordinateurs d’aide à domicile non plus. Et nous au niveau du syndicat que au niveau des représentants du personnel, parce que AIDES c’est 450 salariés donc il y a des représentants du personnel, délégués du personnel, un comité d’entreprise… on a demandé à ce que quand une décision de cette importance là soit prise, le droit du travail impose que les… avant de prendre cette décision, une consultation des représentants du personnel. C’est-à-dire que on explique le projet, c’est quoi qu’il se passe, qu’est-ce que la direction envisage de faire, que nous on puisse poser des questions, comprendre vraiment les tenants et les aboutissants. Et donc effectivement aujourd’hui, dernière nouvelle… il y a un recul, enfin ce n’est pas vraiment un recul, en tous cas maintenant il s’agit d’un projet, et il est question d’un retrait progressif… au niveau national dès le départ. Mais il n’y a plus la date butoir du 31 décembre 2010 dans ces histoires de question-réponse qu’on a eu avec la direction vous avez compris il a été dit pour 2010 il n’y aurait pas de disparition, de fermeture du dispositif, du fait d’un retrait de AIDES mais aussi et c’est ça qui nous soucis c’est que dans ces échanges avec la direction, de la part de la direction il y a eu des choses très dures ont été dites contre le dispositif d’aide à domicile…

Reda Donc là on parle de Vincent Pelletier ?... et de son équipe ou de… c’est qui la direction ?

Renaud Enfin la direction… ouais. Le chef, la direction c’est Vincent Pelletier et…

Reda Une question pour Larissa. Comment est-ce que toi tu as entendu parler de ces problèmes autour du dispositif d’aide a domicile ? Comment est-ce que l’information a quand même… parce que moi j’ai toujours entendu les militants ou les salariés de AIDES vanter la démocratie interne à AIDES avec toutes ces… enfin voilà le fonctionnement de l’association… juste pour terminer…

Renaud Excuses-moi, mais juste l’histoire par rapport à ça. C’est vrai que nous, ce qui nous a aussi frappé dans la résolution du conseil d’administration c’est que, la situation concrète des 800 à 900 bénéficiaires qui bénéficient donc des aides à domicile coordonnées par AIDES n’étaient pas abordée. La situation des salariés concernés dans à peu près 25… non plus. Mais aussi on a découvert en faisant les tours de téléphone…parce qu’ensuite on n’est pas présents dans tout AIDES, on est juste autour de la région parisienne, que dans le Vars, Toulon donc, il y avait déjà des décisions de fermeture du programme d’aide à domicile de Vars qui a été prise par l’instance régionale de AIDES dans le Vars en janvier 2009, fermeture applicable en décembre 2010. Alors que pour le coup dans le Vars les financements ils étaient là, le GRSP justement, la région Pacca dans le Vars, dans son programme VIH Sida la priorité numéro 1 pour 2010 c’était les PAAD, c’était dans son site internet, on peut encore le voir. Y compris quand les financeurs ont appris que AIDES voulait opérer la fermeture du PAAD parce que c’était ça qui était annoncé, ce n’était pas en retrait ou un transfert, ça visait directement la fermeture du PAAD. Les financeurs ont contacté les siège en disant « mais nous… »

Reda Les financeurs étaient prêts à suivre. Ok.

Renaud Ben… en tous cas les gens au niveau des DDAS et de la CPM qui financent le dispositif sur le Vars sont prêts…

Reda Donc ça ne vient pas des pouvoirs publics la volonté de fermeture ou de mettre fin au dispositif…

Renaud Au niveau du Vars, les financements… les gens qui s’occupent de défendre les financements au sein des services de l’Etat eux voulaient défendre. Mais le problème c’est qu’on se retrouve dans une situation compliquée pour défendre le financement parce que AIDES sortait une résolution en disant « ça ne correspond plus aux besoins donc on pense qu’il faudrait aller plutôt vers du soutien thérapeutique. C’est clair que la question thérapeutique elle est à l’ordre du jour…

Transcription : Sully Bidois