Skip to main content.

Benlama Bouchaïb | Hommes séropositifs | Prisons | Réseau national des correspondants du Comité des familles

Après neuf ans de séropositivité derrière les barreaux, Frédéric retrouve le soleil du Nord, accueilli par sa maman et Ben de Valenciennes

24 février 2010 (lemegalodon.net)

| Votez pour cet article

Reda : Voilà ! Parmi les wonderwomen, dont on a parlé à l’émission. Jacqueline, qui est une grand-mère que notre ami, Ben, correspondant du Nord, à Valenciennes, connaît bien. Il y a quelques mois, elle nous parlait de son fils, séropositif, qui était alors incarcéré.

Début du son

Ben : Aujourd’hui, qu’est-ce qui pourrait te satisfaire pour pouvoir retrouver un peu de paix ?

Jacqueline : Un peu de paix. Et bien, ce serait que mon garçon sorte et puis qu’il soit raisonnable. C’est tout ce que je demande pour finir mes jours en paix.

Fin du son

Reda : Ben qui avait parlé avec Jacqueline au mois d’octobre. Il y a quelques semaines, pas si longtemps que ça, Ben était parmi ceux qui ont accueilli Frédéric à sa sortie de prison. On écoute donc. C’est vraiment à chaud. Ça a été enregistré alors qu’il était encore en train d’aller chercher son bon de sortie.

Début du son

Ben : Alors, ça fait quoi de sortir de prison, Fred ?

Frédéric : Bah… content mais angoissé aussi un peu.

Ben : Pourquoi ?

Frédéric : Parce que je ne sais pas ce que l’avenir me réserve.

Ben : Et au niveau de ta prise en charge ?

Frédéric : Prise en charge de ? Maladie ?

Ben : Oui

Frédéric : Bah, je prends un cachet bleu comme tu m’avais dit que tu prenais. J’en prends trois le matin, un, ovale que je prends le matin et un, le soir en plastique. Je suis obligé de le mettre dans le réfrigérateur, celui-là. Et je prends un Bactrim Fort le soir, un Crestor…

Ben : Il te donne encore du Bactrim ?

Frédéric : Oui, le fort.

Ben : Ah bon !

Frédéric : Encore, la dernière fois, j’ai été faire des batteries d’examen à l’hôpital. Mon foie est au stade « 3 ».

Ben : Tu sais quoi ! Je vais te passer le petit truc et vide ton cœur. Vas-y…

Frédéric : Dans la voiture. Ils m’attendent pour que je ramène le chariot puisqu’ils me donnent mon billet de sortie.

Ben : Ah oui ?! Il faut ramener le chariot pour avoir le billet de sortie. Tu es déjà dehors. Tu diras que c’est le caddie pour le « ALDI » (rires). Bon, je fais une pause. D’accord ? Bah, Frédéric est parti ramener le chariot pour avoir son billet de sortie. A la sortie, tu accueilles ton fils après neuf ans de détention, ça te fait quoi comme impression ?

Jacqueline : Ça me fait quoi ? J’ai envie de pleurer si tu veux.

Ben : Et toi Frédéric ?

Frédéric : Moi, je suis content. Mais je pensais déjà être sorti quand j’ai eu ma baisse de sûreté de cinq mois et que Madame Malaka (?) a, soi-disant, fait un rapport défavorable disant que ma mère ne voulait pas me prendre chez elle.

Jacqueline : Et puis, je n’avais jamais eu de nouvelles.

Ben : Alors, elle a renvoyé un recommandé à la juge d’application des peines (JAP). La JAP ne lui a jamais répondu. Après Monsieur Kapinski (?), au bout de cinq mois… J’ai ses courriers dans mes classeurs. Au bout de cinq mois, il vient me voir le vendredi matin. Non, il m’envoie un courrier le vendredi matin pour me défaire du rendez-vous avec Madame Sirven.

Ben : Ancrage !

Frédéric : C’est ça ! L’association « Ancrage ». J’avais rendez-vous lundi à onze heures. Je reçois un courrier le vendredi « je ne réserverais pas la navette car votre permission est refusée ». Et il vient me voir lundi, au bout de cinq mois depuis que je l’ai demandé. Il vient me voir le lundi, je lui ai dit « — Monsieur Kapinski, vous me faîtes un pied de nez. Je devais être en permission employeur. —Oui, mais non. Là… comme vous êtes passé en conditionnel médical… »

Ben : Ce fameux monsieur, il est nommé directeur. Oh là, ça va être la galère alors. Bon, ce n’est pas grave. Par rapport à la prise en charge VIH, comment ça s’est passé ?

Frédéric : Monsieur Kapinski était déjà mon conseiller d’insertion et de probation (CIP) à Maubeuge. J’arrive ici, Monsieur Kapinski me reprend. Quand j’ai voulu faire mon droit pour voter aux élections présidentielles, on aurait dit que ça le faisait chier mais il me l’a fait. J’ai pu voter. C’est ma mère qui a voté par procuration. Sinon, traitement ici, c’est à Maubeuge quand (… ?) qui venait tous les mois. Ici, à l’hôpital, c’est Karine Cochonat (?), même les infirmières à l’hôpital. Et puis, Ben, ça ne changeait rien. Donc, j’ai arrêté d’aller à l’hôpital parce que ça ne changeait rien. Tous les jours. Une fois, deux fois et le matin.

Ben : Mais tu prends encore un traitement aujourd’hui ou pas ?

Frédéric : Oui ! Mais je ne sais pas les noms, c’est marqué… Je prends un cachet bleu, le matin, un cachet rose. Le même que le bleu mais en rose. Et un ballon ovale plastifié que tu es obligé de mettre dans le réfrigérateur.

Ben ; C’est le « Norvir » peut-être, dont tu parles ?

Frédéric : Et bleu, tu m’as dit que tu avais le même. Puis le soir, je prends un « Crestor », ce n’est pas bon pour mon foie mais c’est bon pour le cholestérol. Crestor !

Ben : On demandera à nos amis de Paris de comprendre un peu tout ton charabia au niveau des traitements. Par contre, il y a une chose que je voulais te demander. Tu sais qu’il y a la soirée « séromantique » qui s’organise le 13 février. Est-ce que tu vas participer, est-ce que tu vas essayer de trouver l’amour, là-bas ?

Frédéric : Bah… Inch Allah. Non, pour trouver l’amour. Participer ?! Bien sûr que je vais venir. Ça sera te faire un pied de nez de ne pas y assister. Bien sûr, je me ferais une joie…

Jacqueline : … Du tout.

Frédéric : Bah, je ne vais pas me mettre homosexuel, si ?

Jacqueline : Si, si (rires) ! Je rigole !

Ben : D’accord ! Bah, écoutes ! Je suis ravi de t’avoir accueilli à la sortie de prison et je remercie le Comité des familles de t’avoir soutenu comme d’autres associations ne l’ont pas fait lorsqu’ils avaient les moyens. Ça, je voudrais le souligner quand même. Et je remercie aussi Jean-Luc pour m’avoir accompagner jusqu’ici pour venir t’accueillir.

Fin du son

Ben : C’est Ben qui fait sa séquence « remerciements » qui est allé chercher Frédéric à sa sortie de prison avec sa petite maman qu’on avait déjà entendue dans l’émission, Jacqueline. Ce qui est important, c’est que…bon, il remercie du monde et le Comité des familles. Mais, c’est Ben, quasiment tout seul, qui a fait le dossier pour que Frédéric, qu’il connaît parce qu’ils sont tous les deux issus de cette génération sacrifiée dont on parle beaucoup à l’émission. Et voilà ce que ça donne, à chaud, à vif. Je pense que ça n’appelle pas de commentaire à faire à part pour rappeler qu’au Comité des familles, on considère que la vie avec le VIH n’est pas compatible avec la détention. Mais on en reparlera avec Ben et, peut-être, Frédéric, et on espère qu’il sera au Méga Couscous.

Wilfried Corvo