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Financement de la lutte contre le sida | Philippe Séguin | Politiques de santé

Les 4 vérités sur la politique de lutte contre le VIH énoncées par la Cour des Comptes

18 février 2010 (lemegalodon.net)

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Mardi dernier, la Cour des Comptes a publié son rapport annuel 2010. 33 pages sont consacrées au VIH/SIDA. Après avoir expliqué ce qu’est le VIH, il est rappelé que, « en France, 40 000 à 50 000 personnes sont décédées à ce jour du fait du VIH. Grâce à l’efficacité des multithérapies généralisées à partir de 1996, la mortalité induite par cette pathologie a fortement diminué. Même si la cour des compte affirme qu’il y a une chute de la mortalité lié au VIH, elle n’oublie pas de rappeler que le virus du sida reste toujours d’actualité. Mais elle souligne que le virus du VIH est présent surtout chez les homosexuels, les migrants et les toxicomanes : « contrairement à certains scenarii avancés dans les années 1980, l’épidémie du VIH/SIDA en France ne s’est pas étendue à l’ensemble de la population, mais est demeurée concentrée sur trois groupes particuliers : les homosexuels masculins, les migrant(e)s et les toxicomanes ».

Mise en lumière des faiblesses du ministère de la Santé

La Cour des Compte attaque le ministère de la Santé sur plusieurs points :

— La politique menée par le ministère de la Santé ne permet pas de diminuer le coût « de la prise en charge sanitaire ». Au contraire, « la dépense moyenne par malade s’accroît chaque année en raison du coût des nouveaux traitements. ». De plus la Cour des comptes ajoute que « les contraintes très strictes des traitements et les facteurs multiple de dégradation de l’état de santé des personnes atteintes suscitent des besoins croissants de prise en charge sanitaire et sociale, qui peinent à être assurés ».

— Une politique de prévention faible. 54 millions d’euros pour faire « principalement(...) des campagnes de communication ». L’autre partie pour « des subventions aux associations (23 millions d’euros). La Direction Générale de la Santé (DGS) et les Groupements Régionaux de Santé (GRSP) versent aussi des aides financières aux associations mais le problème selon la cour des comptes est que « les subventions aux associations continuent à être attribuées par les services déconcentrés du ministère de la santé, dont le montant, a priori réduit, n’a pu être indiqué par la DGS ». Tout comme « les dépenses des GRSP consacrées spécifiquement à la prévention du VIH/sida et à l’accompagnement des personnes infectées sont imparfaitement connues et insuffisamment exploitées par la DGS.

— Un manque d’intérêt sur les techniques de dépistage. Il existe 352 CDAG (Centre de Dépistages Anonymes et Gratuit). Les CDAG ont permis d’effectuer 12% des dépistages pour un coût de 34 millions d’euros. « L’activité de dépistage effectué en dehors des CDAG et les financements publics qui lui sont consacrés sont mal connus par le ministère de la santé » selon la Cour des Comptes.

— Un entourage scientifique insuffisant. « Le ministère de la santé, notamment la DGS, sollicite et obtient le concours scientifique de l’ANRS (Agence Nationale de Recherche sur le Sida), de l’InVs (Institut de Veille Sanitaire), de la HAS (Haute autorité de santé) et d’autres experts ». « Dans une large mensure » ce sont les « travaux de recherches soutenus par l’ANRS » qui « inspirent le contenu des orientations fixées par le ministère de la santé ». Mais la Cour des compte souligne que « le ministère de la santé sollicite peu le CNS, qui réunit des personnalités d’horizons variés ».

— Un manque de dialogue avec les associations. D’après la Cour des Comptes, « le ministère de la santé paraît plus jouer le rôle d’un arbitre des débats entres associations, que celui d’un décideur d’orientations publiques ». Du coup, ce sont « les associations, notamment AIDES » qui « exercent une influence souvent déterminante sur les orientations de la politiques de lutte contre le VIH/sida. D’où « les retards constatés au ciblage des groupes de population les plus concernés par les messages de prévention » affirme la Cour des Comptes.

Les recommandations de la Cour des Comptes

Après avoir souligné les faiblesses du ministère de la Santé, la Cour des Comptes énonce quelques mesures à appliquer pour que la politique de lutte contre le VIH soit plus efficace :

— « Renforcer la prévention et le dépistage ». Selon la Cour des Comptes, l’épidémie touche en particuliers trois populations : les homosexuels, les migrants et les toxicomanes. Donc il est nécessaire de cibler « des actions de prévention en leur direction ». Pour cela la Cour des Comptes encourage le dépistage général, c’est-à-dire que la proposition de se faire dépister ne doit pas se faire seulement en cas de « grossesse, viol, diagnostic d’une IST, tuberculose et incarcération ». Certes, il existe 352 CDAG en France si l’on souhaite se faire dépister volontairement. Mais la Cour des Comptes juge « l’utilité de ces structures (...) insuffisamment valorisée ».

— Intervenir dans « les établissement commerciaux qui accueillent des activités sexuelles licites entre leurs clients  ». D’après la Cour des Comptes, les clients ne sont pas incités à se protéger « lors de rapports sexuels ». La solution : réglementer les « établissement de rencontres » car selon la Cour des Comptes, il n’y a « aucun moyen d’action à l’égard des établissements qui s’abstiennent de toute démarche de prévention des risques liés à la sexualité ».

—  « Renforcer le pilotage de la politique contre le VIH/sida  ». Le ministère de la Santé doit davantage s’impliquer dans la lutte contre le VIH selon la Cour des Comptes. Pour cela il faut « améliorer la connaissance par le ministère de la santé des actions de prévention et d’accompagnement subventionnées au niveau local par les groupements régionaux de santé publique, dont les missions seront reprises en 2010 ». Il faut aussi que le ministère de la santé gère mieux les subventions en évitant « le saupoudrage et la multiplication des subventions à des associations n’ayant pas une capacité d’action suffisante ».

Sandra Jean-Pierre

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