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Dépistage rapide du VIH : « Hétéro, j’ai du me faire passer pour un homo pour faire mon test de dépistage rapide du sida »

11 février 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : Depuis 1995, l’émission Survivre au sida informe et donne la parole au séropositifs et ceux qui les aiment. On est là en 2010. Et encore aujourd’hui, beaucoup de gens ont encore un dépistage positif, trouvent encore le courage de faire un dépistage. Wilfried était dans le Marais comme je l’ai annoncé en ouverture de l’émission pour faire un dépistage mais un dépistage pas comme les autres. Tu peux nous raconter ça en quelques mots.

Wilfried : Pour faire ce qu’on appelle brièvement un TDR, un Test de Dépistage Rapide, qui consiste à faire un dépistage qui dure, montre en main, une heure, trois quarts d’heure maximum. On a le dépistage plus le résultat.

Reda : Raconte- nous alors…

Wilfried : C’est dans le Marais. Pour ceux qui veulent l’adresse, c’est au Kiosque, ça s’appelle le centre « Checkpoint », rue Geoffroy l’Asnier, je n’ai plus le numéro. Donc, on rentre, on arrive. On nous accueille. On nous dit de nous asseoir dans une salle d’attente. Effectivement, il y a le monsieur de l’accueil en nous expliquant que dans le cadre d’une recherche médicale, il recherche principalement des hommes ayant des relations avec de hommes. Etant donné l’aspect des choses, je me suis dit que j’allais faire le truc jusqu’au bout. Je vais jouer le jeu (rires). Ce matin-là, j’ai décidé de m’inventer une vie pendant une heure.

Reda : Et la déontologie journalistique ?

Wilfried : C’est vrai que de temps en temps, pour chercher quelques informations, on essaie…

Reda : C’est bizarre quand même. Ce dépistage, en principe, il faut être homosexuel pour faire un test de dépistage rapide ?

Wilfried : En tout cas, il est vrai que dans la conception de centre de dépistage, il est prévu pour.

Reda : Et si tu avais dit, non, je suis hétérosexuel, qu’est-ce qu’on t’aurais dit. Aller faire un test de dépistage à l’ancienne. Attendre deux semaines…

Wilfried : Je pense que ça aurait pu être possible mais je pense que la prise en compte de mes résultats aucune valeur… Enfin, aucune valeur.

Reda : Par rapport à leurs recherches

Wilfried : Par rapport à leurs recherches. Pour moi, oui.

Reda : Et vous étiez combien ce matin-là à y aller ?

Wilfried : Alors quand je suis arrivé dans la salle, on était quatre. Mais il faut dire que le centre a ouvert depuis un peu plus d’une semaine. J’étais le 65e. Pour dire que ça tourne très bien.

Reda : En une semaine, c’est ça, il y a beaucoup de gens…

Wilfried : Oui, il y a beaucoup de gens qui viennent. Il y a des jours où on peut y aller sans rendez-vous, des jours où on peut y aller avec rendez-vous. J’y suis allé sans rendez-vous et j’étais le 65e, ça tourne assez bien. La communication fonctionne bien.

Reda : Alors on peut faire un petit tour de table. Le dernier dépistage, Ousmane.

Ousmane : Pour moi, je te dirais, ça date d’il y a environ six mois aussi, je pense.

X-dy : C’est la même chose. Six mois aussi.

El Detter : Je ne me suis jamais fait dépisté.

Reda : Jamais de test de dépistage à 19 ans.

El Detter : Oui, voilà.

Reda : Gertrude…

Gertrude : Décembre.

Reda : Sandra.

Sandra : Moi, ça fait deux ans, je pense.

Reda : OK.

Ali : Moi, dans les années 1980 (rires).

— Et toi ?

Reda : ça doit faire un peu plus d’un an. Mais alors, il y a quelques fois où c’est une question piège, comme pour Sofi.

Sofi : Moi, ça fait un an que j’ai arrêté d’en faire, une fois qu’on…

Ali : De même pour moi, le premier a été le mauvais.

Reda : Alors on voulait poser la question. Comment ça se passe quand une personne apprend son dépistage séropositif. Autour de la table, on a la chance d’avoir avec nous des gens qui peuvent en parler. Mais Sandra est allé dans deux hôpitaux, à l’hôpital Saint-Antoine et l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. Et on va d’abord écouter un petit peu le récit des anciens, des nouveaux. Apprendre qu’on a le VIH en 1983, ce n’est pas pareil qu’apprendre qu’on a le VIH en 2010 même s’il y a des points de… Enfin, voilà, on va discuter de ça avec une personne anonyme. Une femme que tu as rencontré qui raconte une petite bribe de son histoire au moment de l’annonce en particulier.

Début du son

Sandra : Depuis combien de temps êtes-vous suivie à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre ?

— Dix ans.

Sandra : Quand est-ce que vous avez appris votre contamination ?

— Bah, il y a onze ans à peu près. J’ai vu trois généralistes qui me soignaient pour des angines, des grippes, tout ça… parce que les symptômes étaient comme ça. C’était surtout au niveau des poumons. Et en fait, j’ai un vieux médecin de campagne qui m’a fait un examen approfondi, qui là… m’a fait faire l’examen du VIH. Et en fait, c’est là, qu’ils m’ont appris que voilà. J’avais cette maladie. Il y a onze, douze ans à peu près.

Sandra : Et on vous a dirigé tout de suite vers l’hôpital du Kremlin-Bicêtre ?

— C’était à la campagne. Donc je suis revenue chez mon médecin en ville qui m’a refait faire des examens parce qu’il s’est dit éventuellement qu’on pouvait se tromper une fois. Je n’y croyais pas trop. Et puis, il m’a dirigée directement vers l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. Je suis arrivée ici et ils m’ont gardé trois semaines. Je n’ai pas pu retourner chercher mes affaires, ils m’ont gardé directement.

Sandra : Ils vous ont gardée en hospitalisation ?

— En hospitalisation parce qu’ils fallaient soigner les poumons comme j’ai le sida déclaré. Il faut d’abord soigner les poumons, la pneumocystose. Et ensuite, on vous soigne pour le virus mais d’abord les poumons parce que c’est vital. Et après, quand vous sortez, au bout de trois semaines d’hospitalisation. Parce que j’étais quand même en fauteuil roulant. J’étais – on peut dire – à l’article de la mort. Quand je suis sortie au bout de trois semaines, c’est là que j’ai commencé mon traitement, les antirétroviraux, voilà.

Fin du son

Reda : ça, c’est… Dépistée il y a onze ans, c’est ce qu’elle a dit. Ali, quand tu l’écoutes…

Ali : En ce qui concerne les dépistages, le premier test dont j’ai entendu parlé. C’est le test « Elisa » qui doit exister encore à l’heure actuelle. Il en existe d’autres. Mais pour ma part, ça a été complètement différent. Pour faire court, j’étais un ancien usager de drogues par voies intraveineuses. En 1981, j’ai attrapé l’hépatite B pendant que j’étais incarcéré à Fleury-Mérogis. Il y a eu rémission et j’ai été tranquille de ce côté-là. Entre-temps, j’ai un ami qui a fait l’armée outre-mer qui a attrapé une chaude-pisse. Il a passé des examens sanguins hyper poussés, entre 1982 et 1983, à qui on a déclaré qu’il avait le sida et l’hépatite B.

Reda : Attends B ou C.

Ali : L’hépatite C. Comme moi, il a eu le « Tiercé » dans l’ordre. La B, la C et le…

Reda : Certains l’appellent le paquet-cadeau.

Ali : Voilà. Et donc, sachant qu’à cette époque-là, les seringues n’étaient pas en vente libre et que s’il y en avait qui s’était shooté, et l’autre refilait la seringue au voisin et ainsi de suite alors qu’il y avait encore du sang dans la seringue elle-même. Avec le manque, dans la précipitation, l’inconscience…

Reda : C’est toute une époque.

Ali : Voilà, ça a été vraiment … En 1979, les drogues dures sont arrivées, en particulier l’héroïne et très vite, il y avait quatre dealers par escalier aux Bosquets ou ailleurs…

Reda : A quel moment tu as un médecin qui te regarde et qui te dit « Monsieur, voilà, vous avez le VIH ».

Ali : Donc quand j’ai su que ce copain, par le biais de la médecine, de l’armée et tout ça, savait qu’il avait le sida. Je suis allé voir un médecin généraliste que je connaissais bien, que je considérais comme un ami. Et je lui ai expliqué la situation. Il m’a demandé d’aller faire des examens sanguins. Il m’a fait une ordonnance, je suis allé dans un laboratoire - comme on dit « en ambulatoire » - et c’est là qu’il m’a dit que, par rapport au test que moi, je ne savais pas lire, j’avais un taux de CD4. Il m’a parlé de choses que j’ignorais à l’époque.

Reda : On parle d’onze ans plus tôt pour cette personne qui a parlé avec Sandra, au Kremlin-Bicêtre, des années lumière pour toi. Sofi, quand tu entends ces deux récits-là, qu’est-ce que tu penses ?

Sofi : J’ai toujours pensé que j’avais eu de la chance d’être contaminée maintenant et pas il y a 20 ans. Parce qu’il y a 20 ans, les trithérapies n’existaient pas. Déjà, j’ai eu de la chance dans mon malheur. J’imagine que ça doit être super dur au quotidien pour les personnes qui sont contaminées depuis 20 ans de se dire pourquoi je suis encore là alors que tous leurs proches ont disparu. Et la présence de la mort dans tout le parcours de vie, ça doit vraiment être quelque chose de difficile à vivre et que nous… et que moi, en tout cas, je n’ai pas eu vraiment à subir.

Transcription : Wilfried Corvo

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