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Sida : Partager les brevets ou les supprimer ?

9 février 2010 (streetpress.com)

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Voir en ligne : Sida : En 2010, les labos partageront-ils leurs brevets ?

Une « communauté de brevets » pour baisser les prix du traitement du VIH dans les pays pauvres

Sur StreetPress, le président d’Onusida et la présidente de Médecins Sans Frontières, reviennent sur la proposition de créer une communauté de brevets pour les traitements du VIH. Le monde est suspendu à la réponse des labos, attendue pour 2010.

Partager les brevets ou les supprimer ?

Alors que le combat pour la communauté de brevets semble avancer, quelques associations dénoncent une possible victoire à la Pyrrhus.

« Les médicaments ne sont pas des marchandises comme les autres », s’agace Reda Sadki. Pour l’animateur de Survivre au Sida, le combat qu’il faut mener est la suppression pure et simple des brevets sur les trithérapies. Dans les années 1990, des ONG comme MSF ou Aides avaient porté cette revendication.

« Nul doute que si le combat contre les brevets de médicaments avaient abouti, des millions de vies auraient été sauvées », poursuit Reda Sadki. Outre le VIH, de nombreuses maladies tropicales, qui sévissent principalement dans les pays pauvres, ne peuvent être soignées faute de traitements à bas prix. Le cas du paludisme, qui tue un enfant toutes les 30 secondes, est édifiant.

La mise en place de la communauté de brevets semble donc définitivement entériner le combat contre le principe même des brevets. Pour Reda Sadki, « les associations qui soutiennent le projet ont capitulé face aux laboratoires pharmaceutiques. Si un status quo sur la propriété intellectuelle des labos est aujourd’hui possible, ce n’est certainement pas une victoire ».

Des antirétroviraux « génériques » low-cost, mais moins efficaces

Le sort des 33 millions de malades du Sida dans le monde est suspendu à la décision des laboratoires pharmaceutiques : Soit ils marchent avec la création d’une communauté de brevets sur les traitements contre le VIH ; soit deux malades sur trois dans le monde n’auront toujours pas accès aux anti-rétroviraux ; et les malades des pays pauvres qui seront traités continueront à avaler des médicaments dont la formule date de plus de 20 ans.

« La pandémie de VIH s’est stabilisée, mais à un niveau inacceptable », explique à StreetPress Peter Piot, le président d’Onusida. Plusieurs milliers de personnes contractent l’épidémie chaque jour. En 27 ans, le Sida a fait 25 millions de morts. Depuis 2000, si l’espérance de vie en Afrique australe a chuté de plus de 10 ans, c’est surtout à cause du VIH. Pour Peter Piot, 8 millions de malades attendent un traitement en urgence. Les médicaments contre le VIH, les anti-rétroviraux, existent bien, mais deux personnes sur trois n’y ont pas accès. Pourquoi ? Parce qu’ils sont trop chers.

« C’est là où il y a le plus de patients qu’on utilise les plus mauvais médicaments », dénonce Marie-Pierre Allié, présidente de Médecins sans Frontières (MSF). Car on sait que les traitements contre le Sida coûtent cher. A l’heure actuelle, le prix minimum du traitement dans les pays en voie de développement est de 300 dollars par an et par patient, contre environ 5.000 dollars en Europe. Mais ces médicaments low cost sont des génériques : S’ils ne sont pas chers, c’est parce qu’ils sont fabriqués à partir de molécules dont le brevet est tombé dans le domaine public. Cela signifie qu’elles ont été découvertes depuis plus de 10 ou 20 ans. Et depuis, la recherche a avancé.

Pour donner accès aux traitements les plus récents dans les pays pauvres, l’Unitaid a proposé aux labos de partager leurs brevets. Résumons le fonctionnement d’une communauté de brevets :

1. Les producteurs de médicaments génériques dans les pays en développement auront accès aux brevets des laboratoires occidentaux, et pourront produire des médicaments plus récents à bas prix.

2. Plusieurs laboratoires auront des brevets en commun. Ils pourront donc produire le même médicament, et seront en concurrence. Celle-ci, ajoutée à l’augmentation du volume des ventes, fera baisser considérablement les prix.

3. La mise en commun permettra de produire des pilules « trois en un » à partir de plusieurs brevets, simplifiant considérablement la prise du traitement et la gestion des stocks. En effet, le nombre de gélules à avaler est un paramètre très important lorsqu’il s’agit de traiter des millions de personnes sur le long terme.

4. Chaque fois qu’un laboratoire produira des traitements grâce à un brevet de la communauté, il devra payer des royalties de l’ordre de quelques pourcents à son inventeur. Ainsi, les laboratoires occidentaux, qui n’ont pas de marché dans les pays pauvres, seraient également gagnants.

Mais les labos accepteront-ils de rentrer dans la communauté de brevets ? « Oui, parce qu’ils s’en foutent », nous répond Khalil Elouardighi, un des représentants associatifs d’Unitaid. En effet, ces laboratoires gagneraient beaucoup moins d’argent en touchant des royalties sur deux millions de traitements vendus en Afrique qu’en vendant quelques milliers de traitements à 10.000 dollars dans les pays occidentaux. Financièrement, la mesure ne leur ferait donc ni chaud ni froid.

Cependant, certains laboratoires pourraient justifier un refus par la crainte d’une pression à la baisse sur les prix en Europe. Et s’ils libéralisent les brevets pour le Sida, pourquoi ne le feraient-ils pas pour tous les autres médicaments ?

MSF, tout comme Peter Piot à Onusida, se disent confiants quand à la décision des laboratoires pharmaceutiques. Plusieurs ont répondu favorablement, parmi lesquels les plus puissants. Ils ont promis à Unitaid de répondre courant 2010.

Jérôme Laniau