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Épidémies émergentes | Médias et communication | Politiques de santé | Roselyne Bachelot

Vœux à la presse de Roselyne Bachelot : trois hommes en colère et un journaliste les passent au crible

27 janvier 2010 (lemegalodon.net)

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S’il y a bien un ministre qui a été vu et entendu dans les médias en 2009 — pour le meilleur et pour le pire —, c’est bien Roselyne Bachelot. Survivre au sida était tout de même avenue de Ségur le 20 janvier, avec une bonne centaine d’autres journalistes, pour ses vœux à la presse. Ambiance feutrée et petits fours pour déclarer dans la première phrase de son discours : « le recul et la capacité d’analyse sont des qualités que tous, politiques et journalistes, nous devons avoir en partage... »

C’est parce qu’il n’y eut personne — hormis une tentative du tandem de survivreausida.net et… de la télévision chinoise — pour porter la contestation dont fait l’objet la ministre à l’extérieur des murs que nous avons soumis ses déclarations à l’examen de trois contestataires notoires et d’un journaliste : Patrick Pelloux, médecin urgentiste et syndicaliste, Didier Ménard, médecin qui exerce à la cité des Francs-Moisins depuis 30 ans, Reda Sadki, président du Comité des familles, et Paul Benkimoun, spécialiste des questions de santé au journal Le Monde. À qui nous avons donc proposé d’exercer leur propre « recul et capacité d’analyse » sur quatre volets de l’action de Roselyne Bachelot : ses rapports avec la presse, la grippe A, la loi HPST, et le sida…

Roselyne Bachelot face aux médias

C’est quatre lettres — H1N1 — portées comme l’albatros par la ministre qui ont provoqué une relation fébrile avec les médias. Avec la « grippe A », le gouvernement a dû se résoudre à communiquer non seulement sur l’épidémie mais également sur sa gestion de celle-ci. Si, dans son discours, la ministre vante la « transparence » de sa communication le journaliste du Monde, Paul Benkimoun, explique que celle-ci n’a pas été « spontanée » : c’est sous pression que la communication s’est éclaircie… À titre d’exemple, selon ce journaliste, cela aurait été la première fois que le ministère a rendu public des chiffres concernant les achats réalisés auprès des laboratoires pharmaceutiques. Selon lui, c’est donc en apportant « une analyse et en éclairant les propos communiqués par le ministère de la santé » que le journaliste est dans son rôle. Même s’il peut y avoir des « enjeux de pouvoir », c’est aux journalistes « d’empêcher ça ».

La grippe A, des dépenses sans précédent pour « une crise sanitaire sans précédent »

« Crise sanitaire sans précédent » : C’est donc ainsi que Roselyne Bachelot a qualifié cette grippe qui a envahi le monde. En effet, « entre un milliard et demi et deux milliards d’euros », comme le rappelle Patrick Pelloux, ont été dépensés pour l’achat de 94 millions doses de vaccins. 7 % de la population française serait, aujourd’hui, vaccinée contre la grippe A. Pour Patrick Pelloux, cela témoigne d’« une gestion politique de l’épidémie par la peur qui était inappropriée par rapport au risque ». Comme Benkimoun, il estime que « c’est sous la pression des journalistes et des citoyens » que le gouvernement s’est décidé à communiquer sur l’épidémie comme sur « les effets secondaires ou des contrats signés avec les firmes pharmaceutiques ».

Autre exemple : Didier Ménard, médecin généraliste aux Francs-Moisins, à Saint-Denis, aurait aimé que « les praticiens soient consultés plus tôt ». Le gouvernement aurait suivi les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), influencé « par certains experts », selon Ménard. Il faudra donc trois mois de contestation des généralistes pour qu’ils obtiennent le droit de vacciner.

La loi Hôpital, Patients, Santé, Territoire : plus juste ou plus lucrative ?

Dans ses vœux, Roselyne Bachelot a fait le point, sans être contredite, sur la loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoire » (HPST). Selon la ministre, cette loi va permettre « une modernisation en profondeur de notre système de santé, que je veux plus juste et plus solidaire ». À l’opposé, Didier Ménard et Patrick Pelloux dénoncent que cette loi « laisse la place à un secteur privé plus lucratif » et inégalitaire… Concernant les professionnels de santé, selon Patrick Pelloux, la loi HPST « détruit le statut du praticien hospitalier du public ».

La ministre vante également cette loi comme garantie « tous les citoyens l’accès à des soins de qualité, en toute sécurité, partout dans nos territoires ». Pour Ménard et Pelloux, elle « ne crée ni recette, ni n’apporte un véritable soutien aux personnes les plus pauvres et les plus vulnérables ». Le Dr Ménard rappelle enfin que « le budget des français dédié aux soins a augmenté de 50 % », avant même la mise en place de cette loi…

Et le sida, alors ?!

Avec la grippe H1N1, que deviennent les autres priorités de santé publique ? Une maladie comme le VIH n’est plus considérée comme « une priorité de santé publique », selon Reda Sadki, pour qui « Roselyne Bachelot a fait de très mauvais choix concernant le combat contre le VIH ». Concernant la grippe, le Comité des familles, qui accueille trois publics vulnérables (femmes enceintes, enfants en bas âge et personnes immunodéprimées), avait demandé de l’aide au Ministère pour faire face à la grippe H1N1. « Le gouvernement nous a envoyé quelques affiches qui expliquent comment se laver les mains et cinquante masques alors que l’association accueille environ 500 personnes »

Wilfried Corvo