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Annonce de la séropositivité | Criminalisation des séropositifs | Femmes séropositives | Sexe et sexualité

Un auditeur inquiet : il apprend que sa copine est séropositive en découvrant ses médicaments dans le frigo

13 janvier 2010 (papamamanbebe.net)

6 Messages de forum | | Votez pour cet article

Reda : Alors l’équipe de l’émission remercie tous ceux et celles qui prennent le temps de nous écrire. On reçoit énormément de courrier via le site survivreausida.net, il y a aussi papamamanbebe.net, le site des familles vivant avec le VIH. Et pour rendre hommage et rendre honneur aux auditeurs qui nous écrivent, l’équipe a choisit quelques messages, que l’on va vous présenter aujourd’hui Nabila en a choisit un. Alors c’est peut-être une nouveauté. On a des auditeurs aux Etats-Unis.

Nabila : Tout à fait Reda, donc c’est un message du forum des auditeurs du 5 janvier 2010, donc c’est tout récent, aujourd’hui. Donc je le lis intégralement. « Bonjour je suis beaucoup inquiet. Je viens d’apprendre que ma copine est positif au VIH depuis plus de 3 ans et nous sommes ensemble depuis 2 ans. Nous vivons aux USA, non loin de la ville de Boston, Massachusetts ».

Reda : Ma chaussette ! (rires)

Nabila : « Et nous avons des rapports non-protégés ». Donc ce monsieur pose des questions, il ne savait pas que sa copine avait un statut sérologique. Il l’a su que cette semaine en découvrant ses médicaments dans le frigo. Donc ce monsieur demande, en interrogeant sa copine bien sûr, à lui avouer, et il s’interroge pas mal sur les risques qu’il prend. Tout en sachant que la charge virale de sa copine semble, 370mml.

Reda : Non ça ce sont les CD4 donc déjà il y a une confusion.

Nabila : Non mm3, oui donc je crois que ce monsieur confond entre la charge virale et les T4. Donc pour ne pas tomber dans l’amalgame, comme on ne connait pas très bien le côté clinique de cette jeune dame. Moi j’invite ce monsieur à aller sur le site papamamanbebe.net.

Reda : Je crois qu’il y est déjà. C’est comme ça qu’il nous a envoyé ce message. Donc effectivement je pense qu’un premier message qui peut être rassurant c’est si elle prend son traitement et si son traitement est efficace, mais ça comment il va le savoir s’il ne connait pas la différence entre CD4 et charge virale, ça c’est une première chose. Déjà, qu’il n’y a pas de quoi flipper comme il y aurait dans d’autres cas de figure ou la personne n’avait pas de traitement. Mais cela dit il y a quand même de quoi flipper non pas sur le risque d’avoir été contaminé, mais sur le fait, si j’ai bien compris, ils sont en couple stable, ce n’est pas une histoire d’un soir ?

Nabila : Oui

Reda : Et elle lui cache ?

Nabila : Ce monsieur dit qu’il a fait un test, le mois de juillet dernier, non tout récemment en fait...

Reda : Après avoir trouvé les médicaments dans le frigo.

Nabila : Oui voilà. Il s’avère qu’il est négatif. Donc là, il pose une question claire, quelle est le risque qu’il encoure de se retrouver positif ?

Reda : A nouveau tout dépend du traitement...Ca il le saura qu’avec un test. Mais moi j’aimerais que l’on parle de cet autre aspect c’est-à-dire, ils vivent en couple et elle, elle lui cache sa séropositivité, il découvre des médicaments dans le frigo. Qu’est-ce que vous pensez de ça ?

Sophie : D’un point de vue médical, il y a juste une chose à savoir aussi c’est que le test, il est fiable que trois mois après avoir pris le dernier risque sexuel. Donc même s’il a fait un test récemment, si ça ne fait pas plus de 3 mois qu’il a eu son dernier rapport, il faut qu’il le refasse trois mois après. Vérifier sa charge virale.

Reda : Oui. Mais sur le fait de cacher ? Vous en pensez quoi ?

Ali : En ce qui me concerne, on a vécu en couple sérodifférents, fut un temps, je n’ai pas osé le dire à ma compagne, mais ce n’est pas le sujet. On a également, le cas contraire, à savoir une femme qui vit en couple, elle-même étant séropositive et qui pose des questions sur les pratiques à risque, fellation,cunnilingus.

Reda : Voilà, à partir du moment où les gens savent, c’est plus des questions pratiques...

Ali : Voilà, en fait je pense, je peux me tromper, c’est que déjà dans un premier temps apparemment, s’informer par tous les moyens possible et inimaginable, c’est déjà une bonne chose et avant tout c’est de éventuellement se protéger.

Reda : Mais est-ce que tu peux expliquer parce que pour les gens qui voient ça de l’extérieur, en particulier pour les séronégatifs pour être clair, l’idée que quelqu’un qui sait qu’il a le VIH, il va le cacher, tu vois, limite il va dire voilà, c’est quelqu’un qui a la volonté de nuire ou de contaminer ou de faire du mal. Comment est-ce que l’on peut cacher quelque chose comme ça à la femme ou à l’homme qu’on aime ?

Ali : Moi je l’ai fait donc je ne peux blâmer personne, simplement je ne me disais pas ouvertement que j’étais séropositif mais je faisais tout pour laisser entendre qu’il était fort probable que, par mon vécu, de toxico...

Ousmane : Oui mais, je ne te coupe pas mais en fait la question que j’aimerais te poser c’est, est-ce que malgré ça, tu te protégeais ou pas ?

Ali : Justement j’avais des rapports à risque mais je faisais tout, je ne vais pas rentrer dans les détails mais je faisais tout pour éviter de contaminer.

Reda : Mais il y a énormément de séropositifs qui sont dans ce cas de figure-là et les juger ou passer un jugement en disant voilà, ce n’est pas parce que, sauf peut-être pour une petite minorité, pour faire du mal. Cela dit les conséquences peuvent être grave que ce soit côté homme ou côté femme.

Sophie : Mais c’est toujours la loi du silence aussi quoi. Pourquoi cette personne n’a pas osé dire à son compagnon qu’elle est séropositive, c’est parce que les gens jugent et voilà on a toujours des difficultés, on se retrouve discriminé, stigmatisé à cause de ça et c’est peut-être aussi une explication même si bien sûr, moi je considère que la confiance dans le couple c’est de tout se dire et de rien se cacher surtout les choses aussi importantes.

Reda : Je crois que ce qui est difficile, c’est pour les gens de comprendre que la confiance, c’est au mieux une protection imaginaire. La confiance ne protège pas.

Sophie : Mais la confiance dans la personne en fait. Juste dire les choses telles quelles sont.

Reda : Oui oui mais pour autant il ne se prononce pas sur l’avenir de sa relation avec sa copine suite à ça mais pourtant c’est ça qui m’a interpellé. Après répondre sur les côtés pratiques, le Comité des Familles on prépare une brochure sur les couples sérodifférents. On va essayer un peu de graduer les risques, expliquer là où il y a un faible risque au risque plus fort. Nabila.

Nabila : Oui je disais est-ce que cette dame c’est pour quelque part, pour donner une réponse, n’interpellait pas son compagnon en laissant ses médicaments dans le frigo parce qu’un frigo c’est quand même à la portée de tout le monde. Est-ce que quelque part elle ne voulait pas laisser entendre quelque chose, qu’elle avait peur de verbaliser. Ce n’est pas pour jouer à la psy à deux balles mais je voudrais surtout dire, exposer ses médicaments c’est un petit peu, dire que, déjà je suis malade, sans préciser de quoi. Donc on n’a pas de réponse précise à dire. Tout dépendra, on l’a dit au début, de la prise de médicament, la régularité des examens, l’observance et bien sûr, tous ces éléments on peut y répondre parce que l’on sait aujourd’hui de ce qu’on sait de la médecine.

Reda : C’est-à-dire que le traitement non seulement permet aux personnes séropositives de vivre longtemps dans les meilleures conditions aussi bien que les personnes séronégatives. Mais en plus, il permet d’empêcher la transmission du virus. Dans un cadre bien précis, dont on a beaucoup discuté à l’émission. Vous trouverez beaucoup d’informations sur le site papamamanbebe.net ou tout simplement en vous adressant au Comité des Familles.

Ali : Si je peux rajouter de mon expérience personnelle. Durant les premières années. La personne qui est devenu la mère de mon fils. Je lui annonçais pas directement, elle savait que j’étais un ancien toxicomane par voie intraveineuse. Je me rassurais quelque part, en me faisant suivre en ambulatoire et je savais que j’avais une charge virale très peu élevée et des CD4 entre 800 et 900. Ensuite, pour faire court, je lui ai demandé qu’elle fasse des examens pour savoir si je l’avais pas infecté auquel cas j’aurais vraiment été mal. Il se trouve que non seulement je ne l’ai pas contaminé et on a eu un enfant, ni elle ni l’enfant étaient contaminés.

Reda : Voilà, enfant séronégatif et elle, elle est passée entre les gouttes.

Ali : Moi, 27 ans de contamination sans traitement ce qui est aussi quelque chose de différents.

Reda : Et si elle avait été contaminé ?

Ali : Ca aurait été un énorme fardeau pour moi. Je pense que je ne serais pas en vie, je n’aurais pas supporté. En fait j’ai fait faire le test à trois partenaires avec lesquelles j’ai eu des rapports à risques, j’avais quand même conscience, comme on dit, dans le feu de l’action on est un peu inconscient,

Reda : Ce qui est important c’est de voir que cette crainte, contaminer l’autre, ça ne t’a pas poussé à mettre un préservatif ou à annoncer, c’était trop dur quoi.

Ali : C’est-à-dire que j’ai laissé entendre qu’il y avait des chances que je l’étais mais comme on dit l’amour rend aveugle et il se trouve qu’on souhaitait absolument avoir un enfant ensemble et moi qui n’imaginais ne pas avoir un enfant, ça me paraissait évident, que si j’avais un enfant, ce serait avec elle.

Reda :Donc ça renvoie encore à cette histoire, à quel point c’est difficile de dire, j’ai le VIH, quelques soient les conséquences. Même si les conséquences sont de transmettre le virus à la personne que tu aimes. Donc est-ce que pour vous ça a voir avec si la personne est bonne ou mauvaise ?

Ali : J’ai connu des situations différentes. En ce qui la concerne, même quand elle a appris, elle a eu la confirmation de ma séropositivité, elle a souhaité qu’on reste ensemble alors que moi, une fois que mon fils est né, je me suis dit qu’elle méritait d’être plus heureuse et de ne pas vivre avec quelqu’un qui risquait de disparaître, comme je l’imaginais très rapidement. Et donc j’ai fait un choix très douloureux, à savoir la séparation, en fait cela a fait moins de dégâts que si je l’avais contaminé mais ça a fait beaucoup de dégâts tant pour elle, que pour moi, que pour mon fils.

Reda : Sophie qu’est-ce que tu penses de ça ?

Sophie : Moi je n’arrive pas à concevoir le fait qu’on soit contaminé et ne pas le dire à la personne avec qui on est en fait. Pour avoir souffert de quelqu’un qui savait je pense qu’il était séropositif et pour avoir été contaminé comme ça, ça ne me viendrait plus du tout à l’esprit maintenant de cacher ma séropositivité à quelqu’un. Même si c’est pour une histoire d’un soir, je trouve ça inconcevable.

Reda : Mais en même temps tu fais partie des personnes qui font le choix vraiment dans leur vie quotidienne de cacher la séropositivité au travail, dans tous les domaines de ta vie. Donc le dire à un partenaire c’est aussi prendre le risque de, qu’il aille raconter à tout le monde, Sophie vous savez, elle a le sida. Tu vois ? Donc il y a aussi ce risque là, dans ce cadre-là, tu le prendrais ?

Sophie : Pour ne pas risquer de contaminer la personne qu’on aime. C’est quand même plus important que de perdre son boulot. Je trouve qu’il n’y a pas plus important que ça. Porter atteinte à la santé de quelqu’un,à qui on tient, pour moi c’est plus important.

Reda : Nabila, toi comment tu vois cette question là ? Sachant que chaque fois que l’on parle de ce truc-là, ça renvoie chacun à son histoire personnelle.

Nabila : Je crois que les situations sont diverses. Evidemment, il y en a de toutes les sortes. Ca peut être, comme le cas de Sophie, la personne contamine sciemment tout en sachant qu’il y a prise de risque et il pourrait avoir contamination. D’autres personnes sont encore dans le stigmate et la peur, tel que cette dame, qui dit à son compagnon qu’elle a peur de lui avouer, en laissant ses traitements dans le frigo.

Reda : Moi je trouve ça terrible.

Nabila : Les traitements sont là, ils interpellent et en revanche la parole ne sort pas donc. On peut se trouver sur plusieurs statuts, sur plusieurs volets, donc il n’y a pas de réponse précise, mais je dis que la confiance devrait primer dans toutes les situations. Voilà le maître mot.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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