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Correspondance du Borloo Land : Un couple concerné par le VIH raconte les discriminations et humiliations subies à l’hôpital

12 novembre 2009 (papamamanbebe.net)

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Ben : Tu disais... Quand tu vas à l’hôpital alors ?

Patrick : L’attente, elle est trop longue...et on est trop mélangés avec des personnes..

Geneviève : Une fois, on était tombé sur une personne et j’ai compris vite fait qu’il était dans un état critique, franchement ça m’as fait trop peur et je voulais partir de l’hôpital, ça m’a fait trop peur. Quand je suis rentrée, j’en ai parlé à Patrick et il m’a dit c’est pas dit qu’on sera comme ça ! et tout...mais franchement pour moi j’ai eu trop peur, puis maintenant avec tout ce qu’on entend et tout...

Patrick : Non, on devrait avoir un service bien spécifique ! on est trop mélangés avec différents services, différentes pathologies alors tu vois les gens nous prennent de manière euh euh... quelle catégorie ? quelle catégorie ?

Ben : Et toi tu dis, il faut qu’ils nous prennent... ?

Geneviève : A l’heure qu’ils disent, par exemple si on est convoqué à 9H30 qu’on nous prennent à 9H45 c’est pas grave, mais pas de nous faire attendre jusqu’à 9H30 pour sortir de là à 13H, je trouve que c’est inadmissible !

Patrick : Et tout ça pour un bilan !

Ben : tout ça pour un bilan ?

Geneviève : Avoir trois mots et rester deux minutes dans le bureau... Je crois que l’attente est trop longue !

Ben : l’attente, elle est trop longue ! êt pour toi alors Patrick ?

Patrick : Bon pour moi, non pour moi ça va, tu sais ça fait tellement longtemps que j’ai fait le vide de tout ça, mais il y a trop de différence entre le riche et pauvre, les classes sociales, le noir, le blanc, l’homosexuel... Donc tu vois il a trop de différences entre les gens !

Ben : Et les gens de la cité, tu penses qu’ils sont bien traités ?

Patrick : Bah non ! Nous on est euh... Ils nous soignent parce qu’ils sont obligés, ils ont un quota c’est tout !

Geneviève : Ils sont payés eux ! (rires) Il n’y a pas d’avantages à soigner les pauvres avec la CMU...

Ben : Ils n’ont pas d’intérêts, ils ne vont pas faire des bénéfices alors ?

Patrick : Aujourd’hui l’hôpital c’est l’argent, l’argent et l’argent !

Geneviève : C’est grâce à notre sécurité sociale et on a cotisés pour eux hein... il ne faut pas croire, les murs n’ont pas été peints comme ça faut pas croire hein faut pas croire !

Ben : Je vois que tu te frappes la tête contre la table, pourquoi alors ?

Patrick : C’est une obligation, c’est plus comme avant... c’est pas par vocation, ou par amour... Maintenant c’est par obligation. ils ont leurs salaires et font leurs journées. Tu vas mal ? Tu vas mal, c’est tout ! Bon, tu as des personnes qui sont quand même conseillères, ils prennent le temps de discuter et font bien les choses.

Ben : Toi tu dis, Geneviève ?

Geneviève : Dans le service, il y a des bons et il ne faut pas le cacher, mais plus de la moitié sont à la va-vite.

Patrick : On leur fait peur !

Ben : Donc vous faites peur ?

Geneviève : Ils vous mettent un pansement c’est à la vite fait...je sais pas s’ils ont le temps. C’est vous qui l’appuyer et le recoller... Je sais si c’est nous qui faisons leurs services ? Ça va très vite !

Ben : Bien. C’est sur ces quelques paroles des personnes concernées, dans le Nord Pas-de-Calais, qui vivent un peu la transformation du système des soins voulue par la loi Bachelot, et mise en place par Mr Saout, ancien président de AIDES. Je vous remercie Geneviève et Patrick ! Au fait vous êtes parents ? vous avez combien d’enfants ?

Geneviève : 4 enfants !

Ben : vous avez 4 enfants ?

Ben : Et comment ça se passe la relation avec eux ?

Geneviève et Patrick : Ah très bien, très bien !

Ben : Très bien ! On abordera pas le sujet aujourd’hui, mais un de ces quatre, on pourra en parler !

Patrick : Tout à fait, tout à fait ! Avec plaisir !

Ben : Mais j’espère que la soirée du 14 février, vous serez avec nous ?

Patrick : On espère, on espère ! On aimerait bien !

Ben : Vous serez là ! Et on appellera ça "le couscous des amoureux" ! (rires)

fin du reportage

Reda : Reportage venu du Nord ! C’est Ben, correspondant du Comité des Familles et de l’émission Survivre au Sida à Valenciennes, qui a recueilli cette prise de parole, cet échange avec un couple concerné par le VIH. Ils soignent les gens de la cité seulement parce qu’ils sont obligés de le faire... Avec nous dans le studio de Survivre au Sida, Rosy et Mathilde découvrent le monde du VIH. Je vais donc demander en commençant par Rosy, de nous dire ce qu’elle a compris déjà de ce qu’ exprime ce couple et ce qu’elle en pense ?

Rosy : Je pense tout simplement que cela est vraiment dommage ce que subit ce couple ! C’est vrai qu’aujourd’hui, il y a beaucoup trop de différences entre les personnes noires et blanches, les séropositifs et d’autres personnes, etc... Enfin c’est un peu dommage, à cause d’une maladie, que les personnes soient mises de côté ou traitées d’une autre façon !

Reda : Mathilde !

Mathilde : Je crois qu’il y a un problème de dialogue entre les personnes, de dialogue entre le personnel soignant et le soigné. Je pense qu’il y a un manque de compréhension. Je pense que le rapport au soin s’est dégradé. Je crois que là, ce couple parle d’une rupture d’un dialogue entre eux, l’hôpital et les soins.

Reda : Alors avec nous, notre correspondant de Valenciennes. Bonjour et bienvenu Ben ! Alors on vient d’écouter le témoignage que tu as recueilli de ce couple confronté par le VIH, confronté au conditions d’accès aux soins dans les hôpitaux. Est-ce que tu peux nous expliquer comment tu as connu ce couple et nous aider a comprendre un petit peu leurs propos ?

Ben : Alors je vais vous expliquer. Ça fait très très longtemps que je les connais, toute la famille aussi, dans sa grande globalité. Voilà, effectivement, ils vivent très très mal leur venue à la permanence, au moment où ils doivent passer devant le médecin, parce qu’ils se sentent mis de côté. Eux, pour eux c’est parce qu’on vient des cités, c’est parce qu’on est d’origine maghrébine, parce qu’on est des "cas sociaux", voilà, c’est leur ressenti ! Et ils trouvent comme un certain nombre de personnes, qu’un certain milieu est mieux traité, mieux pris en charge avec beaucoup plus de sourires... Voilà ce le témoignage dit... Donc moi je vais pas retirer cela parce que cela a été dit par plusieurs personnes, c’est leur ressenti. A savoir également que l’hôpital de Valenciennes est en pleine mutation, surtout avec la loi Bachelot qui est en train d’être mise en place par Mr Saout, ancien président de AIDES. Les ingénieurs qui ont pensé le nouvel hôpital de Valenciennes, ils n’ont pas fait de concertation avec les associations d’usagers. Alors c’est vrai que lorsque tu arrives où tu es pris en charge, tu te retrouves dans un petit aquarium de deux mètres sur deux mètres, mélangé avec pleins d’autres gens, c’est clair que là tu es complètement fermé, que tu es obligé de sortir de là ! Les gens qui ne sont pas concernés le savent, hein, qu’ici aussi on traite les gens qui ont le VIH ! Bon, j’ai déjà discuté avec les gens, ils savent qu’eux c’est VIH, eux c’est VIH... Donc voilà quoi ! Comme le regard des gens n’a pas encore évolué par rapport aux personnes vivant avec le VIH, voilà... Donc, là en ce moment, ils ont un ressenti qui est lié, donc, au déménagement du service, qui est lié aussi aux restrictions budgétaires de ce qui existe quo i ! Puis il y a pas mal de choses qui font qu’aujourd’hui, ils se plaignent comme ça quoi !

Reda : Et comment ça ce fait que les gens subissent des conditions d’accès aux soins... des mauvais traitement par les médecins, mais qu’on en parle très peu ? Et il faut que toi tu ailles les voir et qu’ils aient confiance en toi pour parler ! Est-ce qu’il y a une responsabilité des associations là dedans ? Est-ce que les gens concernés n’ont plus confiance aux associations classiques du type AIDES ou ACT’UP ?

Ben : Je pense déjà pour que la personne se permette d’expliquer son ressenti, il faut d’abord qu’il y ait une relation de confiance qui s’installe, une relation d’écoute. Et je ne pense pas que les associations actuelles, qui ont opinions sur rue à Valenciennes le fassent ! C’est vrai qu’aujourd’hui on a toujours du copier-coller ! Ici, à Valenciennes, quand on reçoit des rapports, c’est toujours sur ce qui s’est passé dans les rues de Paris, ce qui s’est passé là-bas puis on essaie de décalquer ça sur le comportement de gens ici ! Non, c’est complètement faux ! Puis effectivement, certaines personnes concernées sont demandeurs de prestations auprès de ces associations-là et n’osent plus prendre la parole, c’est pour cela que les prénoms sont modifiés, ils veulent rester dans l’anonymat et ne veulent pas se faire griller !

Reda : Avec nous, il y a Ousmane Zaré. Il sait un petit peu à quoi ressemble la maladie au Burkina Faso, c’est à dire sur le continent africain. Ousmane, en principe la France fait partie des pays riches. Ici tout le monde a une protection sociale, tout le monde a accès aux soins. Est-ce que cela te choque lorsque tu entends un couple qui dit qu’ils ne sont pas traités de la même manière que les autres et qu’à la limite, s’ils sont soignés, c’est vraiment parce qu’ils sont obligés de soigner le gens comme eux. Comment tu réagis ?

Ousmane : Moi, en tant qu’ Africain, par rapport à ce que je sais de la France, je pense que je suis choqué. Mais vraiment profondément, parce que je me dis que c’est pas du tout normal que dans certain cas, les médecins soient partans pour traiter ou suivre les malades et dans d’autres cas, qu’ils soient plus ou moins hésitants à soigner les malades. Voilà, je pense que là-dessus, il faut vraiment y remédier.

Reda : Alors Ben, à cela tu y réponds avec de l’amour !

Ben : Oui, Reda j’en parlerai après si tu veux. Mais il faut savoir que les inégalités s’accroissent. Aujourd’hui, c’est les gens d’en bas qui paient l’ardoise, d’accord ? Aujourd’hui la stigmatisation, elle est encore là ! moi, personnellement, avec le bagage que j’ai, j’ai pris le temps d’aller de m’instruire et de maîtriser les choses. J’ai un autre discours avec les médecins et je suis pris, bien pris en charge. Mais c’est vrai qu’il y a d’autres personnes qui n’ont pas un certain capital culturel ou de réflexion critique, ils subissent le système de soins... Voilà, j’ai envie de dire : est-ce que nous sommes égaux devant la qualité de soins ? bah moi je dirais non !

Reda : En quoi l’amour peut répondre à tous ça, puisque tu prépares cette fête des amoureux qui aura lieu le 14 février 2010 à Valenciennes et à Lille dans le Nord ?

Ben : C’est pas encore fixé donc nous devons aussi préserver l’anonymat des personnes. Et effectivement, depuis que j’en parle, il y a beaucoup de gens qui viennent rejoindre le Comité des Familles, d’autres ne sont pas directement concernés mais c’est parfois leurs proches ; soit ils sont dans le couloirs des allongés, soit ils vivent encore à l’heure actuelle mais ils ne veulent pas se montrer parce que nous sommes en zone rurale. Donc on va certainement organiser le "couscous de la fraternité", couscous romantique, couscous de je sais pas quoi... (rires) On le fera dans une association locale qui nous soutient pleinement !

Reda : Merci Ben, pour cette intervention aujourd’hui...

Ben : Il faut casser l’isolement. Casser l’isolement de personnes concernées, c’est rajouter une qualité de soins !

Reda : On attend le prochain appel. C’est un médecin qui travaille en Seine Saint-Denis, à Saint-Denis, et qui va nous parler de la journée mondiale contre le Sida et de ce qui s’est passé ici en région parisienne. (rires) J’espère que tu m’en voudras pas ?

Ben : Je vais devoir vous quitter mais j’ai un souci avec internet... Je n’arrive pas à rentrer dans le covert in live de l’émission !

Reda : Donc, sur le site survivreausida.net, j’espère que tu n’est peut être pas le seul ! 0n ne sait pas. Rosy essaie tant bien que mal de tout faire pour que tout le monde puisse y accéder. On essayera, on essayera de faire mieux la semaine prochaine. Merci à toi Ben et à bientô t ! On te quitte avec un extrait A capella. C’est Hanna’M qui était notre invitée la semaine dernière.

Lancement de la chanson

Je garde mon courage, pour en donner aux autres ! Même si je suis un peu sauvage, de ça ce n’est pas ma faute ! je garde mon courage, pour en donner aux autres ! Même si je suis un peu sauvage, de je n’ai pas ma faute ! je garde mon courage, pour en donner aux autres ! Même si je suis un peu sauvage, s’cusez, s’cusez, de ça ce n’est pas faute ! je garde la force, pour les Sistas et les frères ! Avant que les bombes s’amorcent, l’amour comme seul repère ! Et chaque jour, je m’efforce de penser à nos mères, à nos pères qui ont pu passer les frontières pour nous... OUHOUH... YEAHHH !!!

Transcription : Rosy N’Dongala