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Denis Méchali | Journée mondiale contre le sida (JMS) | Politiques de santé

Journée mondiale 2009 contre le sida en Seine Saint Denis : le Dr Méchali, soignants et associations doublement déterminés devant un budget amputé de moitié

10 novembre 2009 (lemegalodon.net)

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Reda : Avec nous au bout du fil, en principe, le docteur Denis Méchali ! Bonjour et bienvenue à l’antenne.

Dr Méchali : Bonjour !

Reda : Alors vous travaillez en Seine St Denis, à l’hôpital de St Denis depuis plus de 20 ans sur le front du sida ; d’abord dans les cités et aujourd’hui, notamment par rapport aux populations africaines récemment arrivées et installées en France. Je voulais vous proposer pour rentrer en matière, vous étiez intervenu à l’émission "Survivre au sida" en juin 2009 alors qu’on venait d’apprendre que le préfet de la région Ile-de-France devait amputer de moitié le budget de la journée mondiale contre le sida. Voilà ce que vous aviez alors déclaré sur votre ressenti concernant cette situation :

(Extrait émission de radio juin 2009)

Reda : Est-ce que c’est une gifle ? Comment est-ce qu’on ressent ça quand on est, comme vous, médecin très engagé sur le terrain ?

Dr Méchali : La joue, elle ne me cuit pas, cette année, parce que la gifle a été reçue il y a un an et il y a deux ans. Très concrètement, depuis des années, effectivement, pour la journée mondiale du sida, ce qui nous revenait était de l’ordre de mille euros. C’était ce qui nous permettait justement de mener des actions. L’an dernier, cela a été zéro euros. Donc là, ce n’est pas divisé par deux, c’est divisé par rien du tout.

Reda : Donc, l’année dernière, vous vous étiez retrouvé avec aucun soutien du groupement régional de santé publique de la DRASS pour les activités que vous souhaitiez organiser pour la journée mondiale contre le sida. Qu’en est-il cette année en 2009, docteur Denis Méchali ?

Dr Méchali : Et bien écoutez, cette année, cela a été exactement la même chose. Mais finalement, un soignant en colère ou déçu en vaut deux, enfin j’espère, parce qu’on a pris acte de ça et on a essayé de trouver des solutions. Et une des solutions que j’ai trouvée a été de faire appel à ce que je pourrais appeler un petit mécénat privé, c’est-à-dire des amis, des relations à qui j’ai exposé la situation, les besoins dans l’environnement, ce qu’on avait comme projet et on a réussi à obtenir, malgré tout, effectivement, ce qui permettra de faire cette action commune à venir dont on va sans doute dire un petit mot dans une seconde. Et je dois dire que pour moi, c’est très bien parce que j’aurais vraiment trouvé pas bien d’être obligé de renoncer du fait de cette carence des pouvoirs publics.

Reda : Alors justement, Tina est coordinatrice nationale du Comité des Familles. Elle a participé à des réunions que vous avez organisé un petit peu à votre initiative à l’hôpital de St Denis. Ces réunions ont fédéré plein de gens très différents qui ne connaissaient pas forcément. Je vais lui demander donc de nous décrire ce qui se prépare pour la journée mondiale contre le sida malgré que l’état, en l’occurrence le GRSP, ait décidé d’amputer d’abord son soutien et ensuite d’arrêter de soutenir des associations qui faisaient des choses lors de cette journée symbolique.

Dr Méchali : OK.

Tina : D’abord, bonjour Dr Méchali. Et déjà, nous, on a trouvé ça formidable de voir que vous êtes venu vers nous pour relancer ce mouvement pour le 1er décembre. On n’avait bien sûr pas l’intention de ne rien faire mais c’est toujours plus facile quand on est à plusieurs. Alors, pendant ces réunions, il y avait d’autres associations qui étaient là, des personnes de la ville de St Denis, des personnes de l’hôpital. Ce qui a été décidé, c’est d’une part, de faire des dépistages hors les murs. Cette partie, nous le comité, on ne participera pas beaucoup dons si je dis des erreurs, vous me corrigez. Si j’ai bien compris aussi, des cycles de formation ou des séminaires de formation, je ne sais pas si c’est dans le cadre de…

Dr Méchali : Oui, allez-y, continuez encore un peu et puis je vais compléter juste après.

Tina : D’accord. En ce qui concerne précisément le Comité des Familles, avec le service des maladies infectieuses du Dr Méchali et la ville de St Denis, c’est un grand repas de l’amitié pour le 1er décembre. Alors, il a lieu le 28 novembre qui est un samedi.

Reda : Qui est aussi le lendemain de la fête de L’Aïd, ce qui fera une double occasion de fêter, de célébrer la fête de la solidarité.

Dr Méchali : Et bien oui, c’est un plaisir ça aussi.

Tina : Et donc, il y a ce repas où tous les membres du comité sont les bienvenus, toutes les personnes de l’hôpital de St Denis et la ville de St Denis. On sera trop nombreux pour notre petit local mais tant mieux ! Et puis, lors de 1er décembre, les membres du Comité des Familles souhaitent faire des témoignages dans des lycées. Il y a aussi quelque chose qui se prépare avec la ville de St Denis.

Reda : Tout à fait. Alors merci Tina pour ce récapitulatif. Alors Denis Méchali, vous suivez près de mille ou peut-être que vous avez dépassé le plafond des mille personnes séropositives et majoritairement de la Seine St Denis. Chaque année, environ une centaine de personnes sont dépistées dans votre service ou sont prises en charge par votre service et pour autant, les pouvoirs publics, sur quelque chose d’aussi symbolique que la journée mondiale contre le sida n’ont pas souhaité apporter leur soutien pour faire parler de la prévention, pour faire parler de la prévention et de cette journée mondiale contre le sida. Au-delà du choc, d’où vient cette volonté, cette force pour malgré tout, quitte à se retrouver à le faire sans soutien ou avec des bouts de ficelle, aller de l’avant et ne pas laisser tomber le public ? Je pense en particulier à la jeunesse.

Dr Méchali : Il y a plusieurs raisons. C’est sûr que le sida ne touche pas majoritairement des grands bourgeois avec de multiples filets de protection. C’est souvent des personnes fragiles, précaires et vulnérables et particulier dans ces lieux, que ce soit le 93, St Denis, le XIXème arrondissement de Paris, etc. Donc, il est particulièrement important de ne pas relâcher pour les personnes qui justement ont le plus besoin. Et c’est pour ça, effectivement, donc je complète brièvement ce qu’à dit Tina. Il va y avoir toute une mouvance d’actions vraiment avec des partenaires divers dans cette période-là. Cette formation que l’on fait dans l’hôpital, a priori pour les soignants, je crois que c’est pour le 24 novembre. L’association AIDES va venir parler d’éducation thérapeutique. Et c’était important que ce soit une association pour que l’on ne parle pas de comment vous devez prendre votre traitement, le petit travers des docteurs comme moi mais que ce soit plutôt comment vivre avec la maladie et pourquoi. Voilà, que ce soit vraiment cela. Donc, ça, c’était une première action symbolique et on est content qu’elle ait lieu. Le dépistage hors les murs, cela aura lieu le 3 décembre finalement dans un centre de santé municipal, celui de la rue du Signe alors qu’il y aura un dépistage comme toujours le 1er décembre, dans l’hôpital, mais peut être un peu plus dynamique. Mais là aussi, il y a plusieurs idées. D’abord, dans les associations partenaires, il y a aussi Médecins du Monde et Ikambere avec un peu cette idée que maintenant il est important de faire un dépistage et de se faire prendre en charge tôt si c’est nécessaire. Il y a tellement d’enjeux derrière, que c’est important.

Reda : Justement, sur cette question, est-ce que l’on peut vous interpeller par rapport au public que vous connaissez à l’hôpital de St Denis. Est-ce que cette idée de généraliser le dépistage, d’essayer de ne pas en faire un test de routine, mais un peu comme le cholestérol on va dire pour pousser à l’extrême. Est-ce que vous êtes pour ou contre ?

Dr Méchali : Je suis plutôt contre parce qu’il y a deux idées différentes. Si c’est inciter toutes les personnes, tous les médecins par exemple, qui dans un acte médical, proposent, parlent de sexualité, parlent de risques, parlent de faire un dépistage pour ne pas faire comme si c’était une bombe à retardement, et que l’on puisse en parler avec une certaine souplesse, tout ça va dans le bon sens. Mais par contre, faire une sorte de dépistage comme le cholestérol où ça passerait, comme ça, et où ni les personnes ne seraient à la fois clairement informées puis éventuellement accompagnées si vraiment il y a des risques, pour soi et pour l’autre, non. Vous êtes beaucoup mieux placé que moi pour savoir que le sida, c’est soi-même et la personne avec qui l’on vit, la personne avec qui on a des relations sexuelles, tout ça fait que là, par contre, la banalité n’y est plus. Très souvent, les obstacles, ce n’est pas du tout que les gens ne sont pas informés, bien loin de là, mais c’est_Qu’est-ce qui va se passer après ? J’ai d’autres priorités, mon logement, survivre… des choses comme ça. Et par contre, le côté dépistage là, à mains nues, où on va arroser le dépistage, risque de ne pas être adapté. Je crois qu’il y a du bon dans cette idée. Faut pas avoir trop peur, faut pas rater des occasions de dépister, ça d’accord mais le banaliser au sens de ne pas justement aider les personnes les plus fragiles, les plus vulnérables, alors ça, pas d’accord.

Reda : Entendu. Merci beaucoup Dr Denis Méchali. Vous serez également avec nous, on l’espère, pour la conférence de presse Les visages de l’épidémie en 2010. Ce sera donc la conférence de presse pour la journée mondiale contre le sida prévue le 27 novembre 2009 à 11 heures C’est une première annonce pour tous ceux et celles que ça pourrait intéresser. L’idée, c’est de réunir vraiment un panel, pas forcément représentatif mais avec plein de gens au parcours très différent qui sont confrontés au virus, des personnes séropositives évidemment mais aussi des soignants comme vous et beaucoup d’autres qui sont sur le front depuis maintenant fort longtemps.

Dr Méchali : Un dernier mot avant de raccrocher. Je suis ravi de faire ce travail avec vous parce que vous faîtes un travail formidable. On sait bien que de personnes, justement, qui ont du mal à aller ailleurs en parler, qui sont fermées dans les peurs, dans les hontes, etc., et bien ils sont heureux, ils sont à l’aise, ils sont dans votre association et ça pour moi, c’était extrêmement précieux que j’étais très content, très honoré de travailler avec vous.

Reda : Et réciproquement, docteur. À très bientôt, au revoir.

Dr Méchali : Merci, au revoir.

Transcription : Rosetta Mank


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