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Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) | Bertrand Delanoë | Cyril | Droit du travail | Homosexualité

Cyril, 33 ans, séropositif, victime de discrimination à l’accueil de la Maison des personnes handicapées (MDPH) de Paris

27 octobre 2009 (lemegalodon.net)

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Reda : Avec nous Cyril qui nous avait envoyé son témoignage par mail car disait-il : " je suis dans la détresse et en même temps choqué et révolté. J’ai subi de violents propos discriminatoires sur ma santé et ma personne, de la part de MDPH, la période de fin mars à début avril ". Cyril est avec nous en studio aujourd’hui, je vais le laisser par lui-même raconter cette histoire et nous dire pourquoi il a souhaité venir en parler aujourd’hui à l’antenne de l’émission. Bonjour et bienvenue

Cyril : Re bonjour à tous et à toute. Donc oui, je suis venu aujourd’hui pour en parler puisque courant fin mars début avril…

Reda : Est-ce que tu peux te présenter, ton âge, situation familiale et ce que tu souhaites partager.

Cyril : Donc Cyril, 33 ans, j’habite sur la région parisienne. Ce que je souhaite partager c’est l’expérience, ce qui m’est arrivé, le vécu et de se dire qu’à ce moment-là il ne faut pas baisser les bras et s’accompagner du mieux qu’on peut, soit par des associations, soit par des psychologues car ils sont là pour nous aider à ce moment-là. Selon les institutions il n’y a pas que certaines institutions du type scolaire entre autre on peut être mal informé. Il y a d’autres institutions comme la Maison Départementales des Personnes Handicapées qui à la base est là pour informer, conseiller les gens, qu’ils soient séropositifs ou non. Peu importe la situation de handicap dans laquelle ils se trouvent mais on peut être victime aussi, on peut subir des discriminations y compris dans certains organismes qui à la base devraient être plus formés que les autres.

Reda : Voilà donc la MDPH c’est l’ex COTOREP c’est le passage obligatoire pour les personnes titulaires de l’Allocation aux Adultes Handicapés, l’AAH qui permet d’avoir un minimum de revenue quand on est dans l’incapacité de travailler. Alors que s’est-il passé au sein de cette maison qui est censée être un lieu où s’exprime la solidarité collective à l’égard des personnes séropositives.

Cyril : En fait, j’y suis allé pour une réévaluation de mon dossier puisque j’avais quelques soucis de santé donc j’étais anciennement reconnu comme travailleur handicapé au sein de la COTOREP. Suite à ce qu’il m’est arrivé il y a eu une demande de réévaluation par les médecins. Donc je me suis présenté à la maison départementale des personnes handicapées pour remettre un dossier médical qui était spécifique, bien spécialisé que c’était pour certaines personnes, à savoir la direction de la MDPH et le médecin et là j’ai été accueilli par une personne, à cet accueil de la MDPH, qui a tenu des propos effectivement discriminatoires.

Reda : Quels étaient ces propos alors ?

Cyril : Déjà l’accueil était très froid. Quand on arrive et qu’on est en difficulté, qu’on a quelque chose d’important qui concerne les pathologies pour lesquelles on vient, le handicap pour lequel on vient, ce n’est déjà pas évident. Un manque de personnel déjà a priori qui était important et là a commencé des remarques désobligeantes du style vous venez pourquoi ? Donc ouverture du dossier médical qui à la base n’était pas du tout attribué, qui ne concernait pas cette personne-là. Lecture complète du dossier médical. Et là ça été jugement sur jugement et propos discriminatoires sur propos discriminatoires, que je n’étais pas atteint d’une sclérose en plaque, pas mourant, que je n’étais pas non plus dans mon fauteuil roulant, qu’on m’avait déjà accordé une carte d’invalidité pour 5 ans et que dans ces cas-là je n’aurais pas de carte définitive puisque a priori la demande de recours gracieux qui était en instance d’être déposée et que les médecins avaient demandé une révision du dossier, donc un recours gracieux pour la MDPH ne serait pas accepté. Cette personne n’a pas pris le dossier, s’est permise de rigoler d’avoir des propos homophobes puisque ce jour-là j’étais également accompagné de mon compagnon et là je suis reparti choqué, très blessé, avec mon dossier dans les mains puisque ce monsieur m’a rendu mon dossier en me disant au revoir et que le dossier ne serait pas remis aux médecins.

Reda : Donc qu’on soit clair ce n’était pas la personne qui allait statuer ou traiter le dossier, c’est un peu comme quand on va au commissariat pour déposer plainte on se retrouve face à quelqu’un qui ne veut pas prendre la plainte.

Cyril : Absolument pas. C’est quelqu’un qui fait partie non pas du service du personnel mais c’est une société à part qui est embauchée pour faire la sécurité à la MDPH. Ce jour-là, étant en manque de personnel, c’est quelqu’un de la sécurité qui est intervenu, répondait au téléphone et qui dirigeait les gens.

Reda : Donc réactions ?

Yann : Il s’est même permis d’ouvrir le dossier médical qui normalement doit passer entre les mains du médecin ?

Cyril : Tout à fait du médecin et de la direction concernée.

Yann : Tu as pensé porter plainte ?

Cyril : Je n’ai pas porté plainte. J’en ai fait part à la direction puisque suite à ça j’ai fait une dépression en fait, donc mes médecins ont été au courant des événements et on en a fait part à la MDPH donc ça, c’était fin mars, début avril. J’ai reçu des excuses de la MDPH par écrit seulement le 30 septembre de cette année, c’est-à-dire 6 mois après ce qu’on a jugé très tard et inapproprié vu les événements passés. Aujourd’hui c’est une des raisons pour lesquelles je compte continuer, aller au TCI…

Reda : Cette personne à l’accueil, est-ce qu’il y a eu des sanctions ou est-ce qu’elle conteste ?

Cyril : Cette personne n’a pas contesté les faits. La MDPH m’a tenu au courant. Cette personne a été renvoyée. Étant donné qu’on me l’a dit à plusieurs reprises j’ai eu aussi en plus une part de culpabilité c’est-à-dire qu’après je me suis senti mal par rapport à la situation car je pense que c’était quelqu’un qui n’était pas formé.

Reda : C’est le moins qu’on puisse dire.

Cyril : Qui effectivement n’avait pas une ouverture d’esprit adéquate pour accueillir les personnes en situation de handicap. À partir de ce moment, je ne pense pas lui en vouloir sur ça. Là ou j’en veux, c’est que les gens ne soient pas forcément formés pour pouvoir accueillir ces personnes et en fait qu’il y ait des jugements. Chaque poste a certaines responsabilités. Je pense quelles ne lui incombé pas et qu’il n’avait pas à ouvrir un dossier médical et qu’il n’avait pas à avoir de jugement. Maintenant d’après la MDPH ce n’était pas quelqu’un de leur personnel. Il y a eu une petite part de déresponsabilisation là-dessus mais qui a été vite corrigée enfin vite façon de parlé, puisque ça s’est fait tardivement mais la MDPH a renvoyé cette personne.

Reda : Ali comment tu réagis ?

Ali : J’aurais souhaité savoir si du fait que cette personne n’était pas compétente pour prendre la décision de savoir si ton dossier devrait être réexaminé donc transmis à l’échelon au-dessus du sien. Donc est-ce que au jour d’aujourd’hui, est-ce que t’a la possibilité de relancer la MDPH et de faire en sorte que ton dossier soit réévalué comme logiquement il aurait dû l’être d’après ce j’ai compris.

Cyril : Tout à fait. Suite à cela, ça a fait boule de neige. Ce n’est pas resté sans suite. Malheureusement le poisson a essayé d’être noyé puisque sujet fâcheux mais où la MDPH là-dessus a relativement vite réagi puisque quand l’affaire à fait suffisamment de bruit la direction de la MDPH m’a rappelé. Nous avons eu des conversations téléphoniques à plusieurs reprises et j’ai eu la possibilité, donc avec l’aide de la HALDE qui défend les droits pour les personnes handicapées à faire bouger un petit peu les choses. La MDPH m’a recontacté en me disant que mon dossier allait être évalué relativement rapidement, qu’effectivement ils reconnaissaient que c’était fâcheux, mais qu’il y avait un petit incident à l’accueil. Donc là je me suis permis de leur dire petit accident, petit incident pas vraiment mais qu’effectivement il fallait faire quelque chose. Suite à ça on m’a dit que cette personne avait été renvoyée et moi je pense mise à part le fait de renvoyer quelqu’un, s’il n’y a pas de formation dans le fond et s’il n’y a pas une continuité de la chose on pourrait mettre 10 personnes derrière et les renvoyer chaque fois. Ce n’est pas…

Reda : Tina est-ce qu’il y a des réactions sur le live ?

Tina : Oui il y en a plein. Angel Marquise dit : terrible histoire de cet homme dont le nom m’échappe mais je suis de tout cœur, je connais ce parcours malheureusement et je sais à quel point se faire traiter de la sorte est proche de la calomnie et il est difficile de faire face car c’est la révolte qui l’emporte. Je ne peux comprendre une telle attitude la part de l’administration.

Reda : OK, d’autres commentaires pertinents et courts ?

Tina : Ben aussi donne son commentaire il dit en zone rurale quand tu dénonces, tu es mis de côté car le public et l’employeur n’ont pas d’information et cela te stigmatise. Cela n’est pas un secret.

Reda : Qu’est-ce que tu attends aujourd’hui Cyril ? Qu’est-ce qui pour toi constituerait réparation par rapport à ce type de traitement ?

Cyril : Tout simplement il y a une commission exceptionnelle qui a eu lieu suite à la réévaluation du dossier où ils ont jugé bon, lors de cette commission, je pensais avoir vécu le pire à l’accueil et malheureusement lors de cette commission, on était une dizaine de personnes. Il y avait une personne d’AIDES, une accompagnatrice qui me soutenait moralement et physiquement puisque j’avais fait un malaise suite à la chimiothérapie pour le VHC la veille, qui était dans un but d’écoute et de soutien. Malheureusement il s’est tenu de nouveau des propos déplacés lors de cette commission où on m’a rappelé qu’au jour d’aujourd’hui ce n’était pas le plus reconnu comme dans le temps, comme des pathologies mortelles et que c’était plutôt curable à l’heure actuelle, qu’il y avait des effets secondaires moindres. Donc je me suis permis de leur dire gentiment que c’était moi, les malades en général, que ce soit le VIH, le VHC ou d’autres pathologies très lourdes quand on a ces antirétroviraux à vivre au jour le jour c’était ça qu’il fallait se rende compte à ce moment-là. Suite à ça, ils m’ont répondu que je n’étais pas non plus trisomique 21 donc ce n’était pas une maladie génétique que la carte définitive qui avait été demandée par les médecins n’était pas accordée.

Reda : Il faudrait un projet madeleine pour la MDPH on peut dire.

Cyril : En gros c’est ça. Suite à ça, il y a eu l’attribution d’une carte qui était envoyée de 10 ans où ils ont prolongé de 5 ans à 10 ans. Mais toujours est-il que ça été jugé insatisfaisant par les médecins et qu’on demande qu’il y ait des formations dans toutes les MDPH pour éviter que l’incident se reproduise.

Reda : Merci Cyril d’être venu à l’émission survivre au sida. Si vous avez d’autres choses à dire comment traitent les MDPH, qu’est-ce qui se passe dans ces maisons, n’hésitez pas sur le site survivreausida.net

Transcription : Sandra Jean-Pierre