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Des milliers de séropositifs exclus des soins et de la protection sociale... en Suisse !

10 octobre 2009 (lemegalodon.net)

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Dominique : Je suis Dominique et je vis en Suisse.

Reda : Ok formidable. Bienvenue à l’antenne et merci pour votre patience puisque ça fait un petit moment que vous êtes en ligne. Est-ce que vous pouvez-vous présenter, au moins votre âge, votre situation familiale et un petit peu ce que vous avez envie de partager avec les auditeurs.

Dominique : Donc je me présente, Dominique et donc j’ai attaqué mon assurance maladie, car je n’ai plus accès aux soins. Ma situation familiale est que, je suis célibataire et que je suis HIV positif depuis 1988 à la suite d’une transfusion sanguine. J’ai travaillé tout du long jusqu’à ce que je me retrouve un petit peu dans l’embarras. Je bataille pour avoir accès aux soins.

Reda : Alors, est-ce que vous pouvez juste, être indulgente avec nous. Nous expliquer comment ça se passe en Suisse où il n’y a pas de sécurité sociale et chacun paye son assurance maladie de sa poche. C’est bien ça ?

Dominique : Voilà tout à fait. Nous recevons donc les factures qui montent environ à 500 francs suisses.

Reda : Environ 300 euros.

Dominique : Oui, par mois.

Reda : C’est énorme. Qu’est-ce qu’on fait si on ne peut pas payer son assurance maladie ? Qu’est-ce qui se passe ?

Dominique : Il se passe que nous avons des prestations bloquées. Plus d’accès aux médicaments, plus accès aux médecins, plus accès aux analyses.

Reda : Et ça c’est ce qui vous est arrivé ?

Dominique : Oui, c’est ce qui m’arrive en ce moment.

Reda : Est-ce que vous pouvez nous dire justement à quel moment vous avez aujourd’hui les traitements, les médicaments dont vous avez besoin pour vivre avec le VIH.

Dominique : Alors, je prends la moitié de mon traitement pour économiser, car j’ai mon médecin qui me suit gratuitement depuis une année tout en ayant effectué des remboursements à la Caisse maladie. Ils ne veulent strictement rien savoir donc il faut que j’aille à l’hôpital pour faire tamponner dans deux services des papiers pour avoir accès à une pharmacie qui délivre certains médicaments.

Reda : Qui est un peu, une pharmacie de solidarité quoi. Là vous êtes hors système on va dire.

Dominique : Je suis comme on qualifie une personne sans papiers.

Reda : Oui d’accord. Alors que vous êtes...

Dominique : Oui

Reda : D’accord, je vais demander à Sandra de reprendre le relais avec les questions et puis éventuellement à Tina et Joël si vous avez envie de comprendre cette histoire. Moi j’hallucine de voir une situation comme ça. On est dans un pays riche, que je sache la Suisse n’a pas encore fait faillite et quand bien même le droit à la santé c’est un droit. Sandra ?

Sandra : Bonjour Dominique.

Dominique : Bonjour.

Sandra : Alors, oui quelques petites questions. J’aimerais savoir ce qui t’a poussé à mener cette action en justice. Quelle a été le déclic, pourquoi tu t’es dit bon là, il faut que je défende, il y a discrimination, faut que je fasse quelque chose ?

Dominique : Pour la bonne et simple raison que je me bats avec cette assurance depuis déjà 2001 et lorsque j’ai retrouvé un emploi j’ai eu du retard dans... On m’a envoyé quatre factures d’un coup. Donc impossible de payer.

Sandra : Est-ce que tu as été aidée pour faire ces démarches ?

Dominique : Bien sûr j’ai été au groupe sida Genève. Je suis très très bien entourée. Ils m’ont aidé pour faire les démarches parce que j’ai pu rembourser plus de 18 000 francs et on me réclame encore des frais que j’ai payés.

Reda : Donc là 18 000 francs suisses, ça fait 12 000 euros quoi, c’est énorme.

Dominique : Oui en l’espace de deux ans. La priorité étant mon assurance maladie.

Reda : Alors, Sandra est aussi connecté sur le site survivreausida.net peut-être des questions sur le live, sinon peut-être Tina ou Joël. Qu’est-ce que vous avez envie demander à Dominique ?

Tina : Mais je ne sais pas si j’ai bien compris, mais alors je ne sais pas comment font les séropositifs en Suisse si tout le monde doit payer son traitement, mais peut-être je n’ai pas très bien compris, mais ça me semble absurde quoi, qu’on doit payer tout de sa poche.

Reda : Non c’est pas payer tout de sa poche mais c’est payer quand même une assurance qui est très chère mais moins chère que si tout le monde devait payer les 1500 ou 2000 euros de trithérapies.

Dominique : Si vous allez dans une pharmacie vous êtes tenu à devoir de votre poche les médicaments. Moi on m’a réclamé l’autre jour dans une pharmacie 2000 francs.

Tina : Et comment font les autres séropositifs ? C’est infaisable.

Dominique : Eh bah ils sont en dépression et ils abandonnent parce que lorsque nous demandons des comptes. Ils nous sortent des comptes qui datent de 2001 avec aucune précision et moi j’ai décidé vraiment de pousser, d’aller jusqu’au bout, pour aider tout le monde, que tout le monde se disent voilà nous avons droit au traitement qui sont vitaux.

Reda : Mais combien de personnes sont dans cette situation, impossible pour eux de payer une assurance maladie qui coute très chère et du coup, exclus des soins ? Est-ce que vous savez ? Est-ce qu’au groupe sida Genève vous savez combien de personnes sont dans cette situation là ?

Dominique : Alors, environ 100 000 dans toute la Suisse. Je n’ai pas les chiffres exactes. Mais dès que nous avons commencé à faire recours avec le groupe sida Genève, ils ont envoyé pour que l’Etat puisse aider et rembourser une partie justement des primes d’assurances. 10 000 feuilles que les assurances ont gardées.

Reda : Donc c’est un problème qui concerne énormément de monde. A ce moment-là, comment se fait-il qu’il n’y a que vous, qui a trouvé le courage ou qui a trouvé les moyens pour intenter une action en justice, contre ses sociétés d’assurances qui excluent les séropositifs qui ne sont pas en mesure de payer ?

Dominique : Il n’y a pas que les séropositifs. Il y a aussi des personnes qui se retrouvent aussi au chômage. Et moi, ce qui m’a poussé dans la révolte c’est que j’ai été plusieurs fois licenciée à cause de la séropositivité et dernièrement aussi. Donc là j’ai dit c’est terminé. Maintenant moi je fonce. Il n’y a pas de raison que nous n’ayons pas accès à des traitements vitaux.

Reda : Alors, le groupe sida Genève avait sorti ce communiqué de presse pour annoncer cette action en justice le 2 septembre. Là on est un mois plus tard. Comment cette action en justice a été reçue, entendue ? Est-ce qu’elle a été relayée par les médias ? Est-ce qu’il y a d’autres personnes qui se sont mobilisées, qui vous ont contactées, qui vous ont rejoints ?

Dominique : Non, non. Je pense que les personnes ont peur. Souvent on m’a dit, il ne sert à rien de faire un combat du fait que les assurances, c’est les seules qui peuvent garder secret leur compte.

Reda : C’est-à-dire les gens craignent une rupture de la confidentialité, qu’on va apprendre qu’ils sont séropositifs s’ils s’engagent dans une action en justice c’est ça ?

Dominique : Voilà tout à fait.

Reda : Et donc ils préfèrent rester dans cette situation là, plutôt que de se montrer ?

Dominique : A mon avis encore en 2006, j’ai vraiment vécu du mobbing où on m’a carrément dit un matin : " Ah j’ai rêvé de toi, tu étais séropositive "

Reda : Houlala, on parlait de discrimination au travail aujourd’hui avec Joël réaction ? Qui est avec nous.

Joël : Oui bonjour Dominique.

Dominique : Bonjour.

Joël : C’est vrai que ton combat est vraiment fantastique et j’espère qu’il aboutira parce que c’est vraiment quelque chose qui est... J’ai dû mal à comprendre et accepter ce type de comportement d’entreprise qu’elles soient en Suisse ou ailleurs qui gagnent de fortunes par des cotisations et qui refuse l’accès au traitement qui est quand même un droit universel maintenant parce qu’il y a beaucoup de structures qui se battent auprès des personnes pour qu’il puissent avoir accès aux soins et c’est vrai que c’est aberrant. Des situations comme ça moi ça, ça me retourne, ce n’est pas possible. J’imagine très bien et encore j’ai du mal dans les années 80 au tout début. Là on est quand même au 21ème siècle et c’est pire que tout.

Dominique : C’est pire que tout dans le sens voilà que, on ne peut pas se dévoiler en tant que séropositive. On doit se cacher pour prendre des médicaments alors qu’on peut très bien avoir un emploi.

Joël : Oui.

Dominique : N’est-ce pas. Et de toute manière les gens ont peur. Ils osent toujours ne pas boire dans la même bouteille ou quoique ce soit. C’est clair que les gens ils ont peur de se battre.

Joël :Oui c’est toujours le problème de la mésinformation et la peur de la maladie. Maintenant on connait les modes de contamination et d’après ce que tu dis c’est ça. On en revient à des stigmatisations des années au tout début des années noires du VIH.

Dominique : Voilà, voilà. La mauvaise image des années noires VIH. Mais par exemple on imagine que l’hépatite C est d’autant plus contagieuse que le VIH à l’heure actuelle.

Joël : C’est vrai ça, tout à fait, tu fais bien de le souligner.

Dominique : Et les gens, bah non, il ne faut pas du tout attention. Alors, pourquoi les personnes qui sont HIV positives, on est toujours sur le qui-vive depuis une vingtaine d’années. On doit subir les traitements. On doit subir la discrimination des gens. Moi ma jeunesse depuis 25 ans, comment je l’ai vécu, je n’ai pas pu avoir de relations fixes puisque je le dis de suite, par honnêteté.

Joël : Oui je te comprends, je suis un peu dans cette même optique et c’est vrai que c’est quelque chose qui me révolte vraiment.

Reda : Malheureusement on est à court de temps. Donc Dominique, merci beaucoup pour cette analyse, pas seulement pour ce témoignage, cette analyse de la situation. Beaucoup de force qu’on peut te souhaiter pour ce combat et surtout appeler d’autres personnes. Il doit bien avoir d’autres révoltés, d’autres personnes qui refusent la soumission, qui refusent de se cacher. Donc on espère qu’elles entendent ton appel et qu’elles te rejoindront dans ce combat.

Dominique : Je vous remercie et pourrais-je passer un petit clin d’œil ?

Reda : Bien sûr.

Dominique : Je voulais passer un petit clin d’oeil à Déborah et à Raoul qui m’aide et me soutiennent dans ce combat. Chaque fois que j’ai besoin de parler, ils sont toujours présents, à mon écoute. Ils me reboustent, ils me donnent des vitamines.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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