Skip to main content.

Dennis Burton | Jean-Daniel Lelièvre | Jerome Kim | Médias et communication | Pouvoir médical | Thaïlande | Vaccin préventif | Willy Rozenbaum

L’annonce médiatique d’un vaccin contre le sida : une nouvelle retombée comme un soufflé

9 octobre 2009 (lemegalodon.net)

2 Messages de forum | | Votez pour cet article

Durant la semaine du 21 septembre, tous les médias — télé, radio, journaux — ont relayé cette information : « Sida, bientôt un vaccin ? ». Un point d’interrogation vite oublié, face à l’enthousiasme affiché par les chercheurs...

En réalité, l’étude censée apporter la réponse à cette question ne saurait permettre d’y répondre. En associant deux candidats-vaccins, qui seuls, n’avaient démontré aucune protection contre le virus, une équipe de chercheurs a testé une stratégie vaccinale loin de faire l’unanimité dans la communauté scientifique.

Certes, aucun candidat vaccin n’avait été testé sur un nombre aussi important de volontaires : 16 000 hommes et femmes volontaires thaïlandais ont participé.

Résultat : ce vaccin expérimental aurait permis de réduire la transmission de l’infection de 30%. Comment décrypter ce chiffre annoncé par communiqués de presse ?

Pour certains, investis dans la même stratégie, comme Jean-Daniel Lelièvre, médecin en immunologie à l’hôpital de Créteil, il s’agirait d’une « avancée importante pour les scientifiques ».

Pourtant ce n’est pas la première fois que cet essai thaïlandais fait l’objet d’une polémique, avec comme enjeu de fond l’avenir de la recherche vaccinale.

En 2004, déjà, Dennis Burton, immunologiste à l’institut de recherche Scripps à San Diego en Californie craignait que cette expérience soit un échec : « Ils utilisent deux produits inefficaces en espérant qu’ils auront de meilleurs résultats en les combinant ». Selon lui, ce serait beaucoup d’argent, 119 millions de dollars, utilisé pour pas grand-chose.

Cinq ans plus tard, les résultats annoncés par communiqués de presse étonnent Willy Rozenbaum, président du Conseil national du sida : « L’hypothèse de départ était un peu étrange et le résultat est étrange, puisque deux fois zéro à ma connaissance, ça fait zéro ». Cet essai « soulève plus de questions que ça n’apporte de réponses », et même « si c’est vrai qu’il n’y a pas de biais, ce n’est qu’un signal positif ». Il est aussi surpris par l’emballement médiatique : « Je ne vois pas pourquoi il y a eu cette exception incroyable, qui est de communiquer sur des données extrêmement partielles, en dehors de toute communication scientifique ».

Alors, comment expliquer le fait que, pour Jean-Daniel Lelièvre, la même annonce porterait sur des résultats « positifs » qui « montrent pour la première fois qu’on peut tenir avec un vaccin, une protection contre cette maladie » ?

Pourtant, lui aussi s’étonne que l’annonce de ce vaccin candidat ait été autant médiatisée. Et il reconnaît que, pour l’instant, les chercheurs ne savent pas pourquoi les volontaires qui ont participé à ce test auraient été protégés par ce vaccin expérimental. Une semaine après avoir déclaré qu’il était « convaincu » par les données statistiques, la revue Science publie le 5 octobre une mise en cause de ces données, car une analyse non-publiée aurait « affaibli » le « succès » tant annoncé !

Interrogé à nouveau par Survivreausida.net, Jean-Daniel Lelièvre s’explique : il n’avait pas en sa possession les résultats définitifs, et aurait donné simplement « un regard scientifique ». Quoi qu’il en soit, il ne changera pas d’avis, sauf si c’est pour « spéculer ». L’essentiel, pour ce chercheur, est d’attendre que les informations « soient rendues publiques », pour conclure « sur les avancées apportées éventuellement par cet essai mais également sur ces insuffisances ».

Alors, en attendant la présentation scientifique des données le 19 octobre 2009, quelles leçons tirer de l’emballement médiatique autour de cet essai ? Le vaccin reste une chimère très coûteuse. Mais, comme le disait Jonathan Mann, pionnier du programme global sur le sida à l’Organisation Mondiale de la Santé, « même si aujourd’hui il y avait un vaccin réellement protecteur, il faudrait encore sans doute plus de temps pour permettre à tous les gens qui ont besoin, puissent en bénéficier qu’il a fallu de temps pour le mettre au point » rappelle Willy Rozenbaum.

Le vaccin a toujours été symbole de l’espoir de vaincre le sida. Le fait qu’il n’y ait pas de vaccin efficace a l’horizon pourrait s’avérer salutaire : « Tous les gens sérieux qui s’occupent de la prévention aujourd’hui, pour dire que, si on utilisait les armes qu’on a déjà, on peut faire mieux », explique Willy Rozenbaum. Aujourd’hui, on sait que le traitement non seulement sauve des vies, mais qu’il empêche la transmission du virus. Certes, les traitements doivent être pris à vie, et l’accès universel est encore loin. Mais les scientifiques ont déjà montré qu’avec cet accès, il est possible d’éradiquer le sida et de permettre aux personnes déjà contaminées de vivre aussi longtemps que les autres.

Sandra Jean-Pierre

Forum de discussion: 2 Messages de forum