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Benlama Bouchaïb | Jamal Khalid | Maroc | Pouvoir médical | Prisons

Le calvaire des détenus séropositifs des prisons marocaines (avec Jamal Khalid)

8 octobre 2009 (lemegalodon.net)

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Jamal : Allô bonjour

Reda : Bonjour et bienvenue à l’émission.

Jamal : C’est Jamal Khalid, avec vous Monsieur Reda.

Reda : D’accord, Jamal Khalid, vous êtes le fondateur de l’association Le Jour et vous nous appelez du Maroc.

Jamal : L’ex-président, en fait, parce que je ne suis plus président. Je vous appelle du Maroc, je ne sais pas exactement, excusez-moi, le thème de l’émission d’aujourd’hui mais j’ai écouté tout à l’heure la bonne femme qui parlait de son fils qui est en prison c’est ça ?

Reda : Exactement, oui.

Jamal : Et qui est HIV. J’ai connu cette situation moi aussi. Je vais vous dire franchement c’est le double calvaire en prison. C’est un monde qui est encerclé, et je voyais tous les jours dans la promenade, dès qu’on sait que quelqu’un est séropositif, c’est le rejet total et même des séropositifs eux-mêmes qu’ils ne veulent pas qu’on le sache...

Reda : Alors revenons un petit peu en arrière, Jamal Khalid, est-ce que vous pouvez vous présenter, votre âge, votre situation familiale et votre rapport avec tout ça, avec le VIH.

Jamal : Je m’appelle Jamal Khalid, j’ai 45 ans. Je suis HIV depuis il y a 20-21 ans. Je vis au Maroc mais sinon je vis à Paris aussi. D’abord excusez-moi, je salue tous les auditeurs et toute l’équipe du Comité de famille ainsi que les combattants de survivre au sida. Je salue tous les VIH de France et d’Europe. Et le thème d’aujourd’hui ça m’a plu, je ne savais pas exactement. Mais je salue tous les détenus qui sont malades et je leur dis de résister, inch’allah il ne reste pas beaucoup. Ils vont trouver. Il va avoir un remède à tout ce calvaire.

Reda : Est-ce que Jamal Khalid au Maroc, est-ce que vous connaissez, est-ce que vous êtes en contact avec des personnes séropositives et qui sont incarcérées en prison avec des familles qui ont des proches qui sont malades et qui sont en prison, dans les prisons marocaines ?

Jamal : Bien sûr, il y a même des immigrés que j’ai rencontrés la dernière fois à l’hôpital parce qu’on a le même hôpital. Là où ils viennent faire leur analyses tout ça, les détenus tout le monde quoi. J’ai vu trois immigrés de Creil et ça m’a vraiment choqué parce que le sida, l’étranger pour eux parce que ce sont des français quand même maghrébins mais d’origine française et la pauvreté totale ! Même pas de sandales, ils n’avaient pas de sandales, ils avaient la tenu de prison là, je ne sais pas comment on appelle. C’est leurs tenues spéciales, même pas des habits civils, et rien du tout, même une cigarette ils n’avaient pas.

Reda : Est-ce qu’en prison un séropositif qui est incarcéré dans une prison marocaine, est-ce qu’il a accès au traitement, à la trithérapie ?

Jamal : Ah ça, c’est franchement, après ce qu’on a fait, la trithérapie maintenant, toutes les personnes qui sont arrivées au stade du sida quoi, c’est-à-dire dépassé les 200 CD4 tout le monde en prend. Ça la vérité,les choses ont changé. Mais avant il n’y avait rien. Vous savez Monsieur Reda, vous étiez au courant de tout. Il n’y avait rien du tout, il y avait que des paroles, que des citations,machin, sida, trucs, des associations qui naissent partout mais le malade il n’avait rien du tout. Aujourd’hui ce qui est bien c’est que le malade peut être soigné, mais sinon il reste beaucoup de choses, sur les côtés psychologiques sur l’insertion parce qu’il y a beaucoup de malades qui bossent pas.

Reda : Jamal Khalid justement pour parler des difficultés quotidiennes, je sais que ça n’a pas été évident pour nous appeler ici à Paris à l’émission survivre au sida. Quelles sont les difficultés quotidiennes auxquels on est confronté quand on est une personne séropositive, qu’on vit au Maroc et qu’on a envie de se battre ?

Jamal : Je vais donner un exemple. Aujourd’hui je vous assure que j’étais à l’hôpital déjà j’étais hospitalisé pour... Ce n’est pas un kyste, c’est comme du sang coagulé au rein gauche, voilà et j’ai passé des moments là. Aujourd’hui je suis parti à l’hôpital, j’ai vu mon médecin traitant, il m’a donné une lettre, pour aller voir un cardio. Ils disent qu’il y a la prise en charge, tout le monde, ceux qui parlent au nom des malades, disent : « ouais la prise en charge, le secret médical... », rien que ces deux choses.

Reda : Mais ce qui nous intéresse c’est ce que vous, vous nous dites.

Jamal : J’emmène la lettre pour le service de cardio vasculaire, déjà ils me demandent de payer alors qu’ils savent que la majorité des VIH, la majorité bosse pas, c’est la vérité, je ne vais pas raconter n’importe quoi. Alors j’ai été chercher de la thune chez des gens que je connais, je rentre voir le médecin et il me donne un truc pour faire une échographie qui coûte vers les 70 euros, et 70 euros pour un marocain c’est la moitié d’un salaire d’un mois. Alors pour le transport, il y a des gens qui viennent et qui prennent des millions de dollars, qui viennent dire, " ouais on les prend en charge de A à Z " . Moi je ne vois pas à part les médicaments. Je vous assure il y a des gens qui ne mangent pas assez de vitamines pour ces médicaments-là, ils n’ont pas les moyens.

Reda : Jamal Khalid merci beaucoup pour cet appel, qu’on est enfin réussi à vous entendre à l’antenne, c’est la première fois en direct, mais c’est promis ce ne sera pas la dernière fois. Donc merci pour cet appel, on vous retrouvera dans les semaines qui viennent pour savoir un petit peu à quoi ressemble la vie avec le VIH au Maroc.

Jamal : Inch’allah, juste un dernier mot.

Reda : Bien sûr Monsieur Jamal.

Jamal : Que tous les pays soient main dans la main, ça va changer, ça va pas rester comme ça. Rien ne reste de cette façon, on n’est pas de la marchandise à vendre, le monde va changer.

Reda : À bientôt Jamal Khalid. Voilà on attendait Ben, on a eu Jamal, ironie de l’histoire c’est qu’ils vont peut-être se rencontrer prochainement à l’occasion d’un voyage de l’un vers le Maroc ou pourquoi pas, l’autre sens. En tout cas, maintenant on sait qu’on a des auditeurs au Maroc. On a écouté en début d’émission l’entretien réalisé par Ben, notre correspondant dans le Nord. Il avait rencontré Jacqueline, qui a son fils qui est en prison. On aimerait bien qu’il en sorte si possible vivant, c’était la toute première partie de l’émission, et là ça faisant des semaines qu’on l’attendait, l’appel de Jamal Khalid qui est le fondateur de l’association Le Jour, association de personnes atteintes au Maroc.

Transcription : Sandra Jean-Pierre