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Épidémies émergentes | Jean-Michel Molina

Grippe A/H1N1 : ce qu’il faut savoir quand on est séropositif (avec Jean-Michel Molina)

2 octobre 2009 (lemegalodon.net)

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Jean-Michel Molina, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Saint-Louis répond à nos questions concernant la grippe A.

Sandra : Qu’est-ce qu’une grippe ?

Jean Michel Molina : Une grippe est une infection virale qui est liée au virus influenza et qui entraîne chez les sujets atteints des symptômes tels que, de la fièvre, des maux de tête, une toux, un nez qui coule.

Sandra : C’est quoi la différence entre une grippe et une grippe A ?

Jean-Michel Molina : Bien la grippe pandémique A dite H1N1 est un nouveau virus de la grippe vis-à-vis duquel la plupart de la population n’est pas immunisée à la différence des virus de la grippe saisonnière vis-à-vis duquel, une immunité relative est acquise chaque année.

Sandra : Comment savoir que l’on a la grippe A ?

Jean-Michel Molina : Eh bien nous sommes actuellement en phase pandémique pour le virus de la grippe A. Nous ne sommes pas à la période habituelle de la grippe saisonnière. Il est donc vraisemblable que les personnes présentant aujourd’hui un tableau de grippe soient atteintes de la grippe A. Cependant il existe d’autres virus qui peuvent également donner des symptômes voisins. Un diagnostic voisin ne peut être porté que par des tests virologiques sophistiqués. Cependant en phase épidémique ces tests ne vont arriver qu’à des situations très limitées et exceptionnelles.

Sandra : Comment se protéger pour ne pas attraper la grippe A ?

Jean-Michel Molina : Pour ne pas attraper la grippe A il existe plusieurs modes de prévention. Le plus efficace sera le vaccin lorsqu’il sera disponible. Ce vaccin sera dans un premier temps réservé aux personnes les plus à risques, les femmes enceintes, les enfants de moins 5 ans. Il sera progressivement étendu à des personnes à risques, dont font partie les personnes séropositives pour le VIH puis progressivement à l’ensemble des personnes qui le souhaiteront. Au-delà du vaccin il existe également des traitements préventifs, antiviraux puisque le tamiflu qui est utilisé pour le traitement de la grippe peut être utilisé peut-être utilisé également en prévention de ma grippe. Ce traitement est réservé aux personnes à risques, c’est-à-dire là encore les femmes enceintes, les petits enfants, qui ne sont pas vaccinés, et qui peuvent avoir été en contact avec une personne, ayant eu la grippe A. Dans ces conditions lorsqu’un traitement est donné rapidement dans les premières heures suivant le contact peut empêcher la survenue de la grippe. Alors au de-là de ces traitements, le vaccin le tamiflu il existe d’autre mode de prévention qui sont des règles d’hygiène habituelles, comme le lavage des mains, se tenir à distance des personnes qui toussent et qui éternuent, et également demander à ces personnes qui sont malades de porter un masque pour limiter leur contagiosité.

Sandra : Et pour les personnes séropositives ?

Jean-Michel Molina : Alors pour les personnes séropositives le groupe d’expert s’est réunis récemment et à émis de recommandations sur la prise en charge de la grippe A chez les personnes séropositives. Ces recommandations sont maintenant en ligne sur le site du ministère de la santé donc accessible à toutes les personnes séropositives. Il faut dire qu’il existe des données controversées sur la gravité et le risque de la grippe A chez les personnes séropositives. Les données devront être mis à jour au fur à mesure de nos connaissances. Aujourd’hui par prudence il est recommandé d’être très attentif à cette grippe A chez les personnes séropositives et c’est la raison pour laquelle on souhaite renforcer chez ces personnes, par rapport à la population générale, les mesures de précautions, de diagnostic et de traitement. En particulier chez celles qui sont les plus fragiles chez les personnes séropositives. C’est-à-dire celles qui ne reçoivent pas de traitement antiviral, celles qui ont un déficit immunitaire, avec des CD4 inférieurs à 500 par mm3.

Sandra : Quand une personne séropositive pense être atteinte de la grippe A, qu’est qu’elle doit faire ?

Jean-Michel Molina : Si une personne séropositive pense être atteinte de la grippe, elle doit comme toutes les autres personnes suspectes d’être atteinte de grippe, consulter leur médecin traitant le plus rapidement possible. Et le médecin traitant, au regard des symptômes présentés par le patient ou la patiente, au regard de son déficit immunitaire, va décider ou pas d’un traitement, curatif par le tamiflu, et si la forme clinique est sévère de diriger cette personne vers un service hospitalier spécialisé.

Sandra : Je voudrais revenir sur le tamiflu parce que vous dites que c’est un moyen préventif alors que d’autres disent que non ça ne sert à rien d’en prendre, du moment que l’on n’a pas la grippe A.

Jean-Michel Molina : Eh bien le tamiflu a ce qu’on appelle une mise d’autorisation sur le marché, une commercialisation pour deux indications. D’une part la prévention de la survenue de la grippe chez les personnes qui ont été en contact récent avec une autre personne elle-même atteinte de la grippe et ceci est particulièrement important chez les sujets fragiles, les femmes enceintes et les petits enfants, pour justement, leur éviter la grippe s’ils n’ont pas été vaccinés. D’autre part le tamiflu à une seconde indication, c’est le traitement de la grippe pour les personnes chez qui le diagnostic est porté pour réduire la durée des symptômes et réduire la période de contagiosité.

Sandra : Et pour les femmes enceintes séropositives, je suppose qu’elles doivent également plus se protéger pour ne pas attraper la grippe A ?

Jean-Michel Molina : Les femmes enceintes séropositives sont effectivement à risque de grippe, et notamment de formes sévères de grippe, donc ce sont des personnes qu’il faut protéger de façon très vigilante. Ces personnes doivent effectivement prendre toutes les précautions d’hygiène de façon à éviter d’être en contact avec des personnes atteintes de la grippe. Lavage des mains régulier, se tenir à distance des personnes qui toussent ou qui éternuent, se faire vacciner lorsque le vaccin sera disponible, en particulier à partir du deuxième mois de la grossesse et consulter le médecin traitant en cas de doute, s’il y a eu un contact avec une personne atteinte de grippe, pour décider de l’éventualité d’un vaccin préventif par le tamiflu. D’autre part, si une femme enceinte a les symptômes de la grippe, effectivement chez elle, un traitement par le tamiflu pourra être proposé le plus rapidement possible.

Sandra : Comment être sûr que les vaccins ne produisent pas d’effets secondaires non désirés ?

Jean-Michel Molina : Écoutez le vaccin est un traitement et comme tout traitement il y a des avantages et des inconvénients. Il faut donc peser pour chaque personne le rapport entre le bénéfice et le risque du traitement. Comme on vient de le voir chez les personnes qui ont un risque de présenter une grippe sévère, voir de mourir de la grippe potentiellement, même si cette éventualité reste très rare aujourd’hui, eh bien chez ses personnes il est clair que le bénéfice du vaccin l’emporte sur d’éventuels effets secondaires. Quels sont les effets secondaires du vaccin de la grippe ? Ces effets secondaires de la grippe A n’ont pas de raisons d’être différent du vaccin de la grippe saisonnière. En effet c’est le même mode de fabrication qui est utilisé. Le virus est un virus tué. Il n’y a donc pas de raisons de craindre des effets secondaires inhabituels. Les effets secondaires habituels sont des symptômes à types de douleurs au point d’injection, de fièvre éventuellement pendant quelques heures, de sensations de malaise. Les autres complications sont tout à fait exceptionnelles, qui ne sont pas plus fréquente avec le vaccin, qu’avec la grippe elle-même.

Sandra : Alors en réalité, ce n’est pas un vaccin qui a été fabriqué trop rapidement ?

Jean-Michel Molina : C’est un vaccin qui a été fabrique très rapidement parce qu’il était nécessaire d’avoir un vaccin rapide pour enrayer l’épidémie actuelle. Il a été testé sur une centaine de personnes, ce qui est relativement peu. Et encore une fois c’est un vaccin qui est d’une fabrication très similaire aux vaccins habituels. Il est bien évident que, il faudra surveiller attentivement chez toutes les personnes recevant le vaccin sa tolérance. Et cela fait l’objet d’un certain nombre d’études mener en France sous la tutelle des autorités de santé. Pour ce qui concerne les personnes séropositives, un essai clinique de la recherche contre le sida va être mis en place pour justement pouvoir évaluer l’efficacité et la tolérance du vaccin chez les personnes séropositives.

Sandra : En ce qui concerne les décès, il y a des personnes qui sont mortes de la grippe A et certaines de ces personnes avaient des pathologies graves, est-ce que dans ces personnes, il y avait des personnes séropositives ?

Jean-Michel Molina : Alors il est bien difficile de connaître tous les détails des personnes décédées de la grippe A pour l’instant dans le monde. Dans les pays où les donnés sont assez fiables, il ne semble pas que les personnes séropositives représentent une catégorie de personnes à risques ayant présenté un décès suite à la grippe A.

Sandra : Pour les personnes séropositives sous traitement, est-ce qu’il n’y a pas un danger de prendre du tamiflu, est-ce que ce n’est pas dangereux d’associer tamiflu et autres médicaments ?

Jean- Michel Molina : Là encore les données sont relativement limitées en ce qui concerne l’association du tamiflu avec les antirétroviraux. Il n’y a pas de raisons sur le plan du mécanisme d’action du tamiflu et de son métabolisme d’imaginer des interactions fortes avec les antirétroviraux mais là encore la recherche nationale contre le sida va mettre en place un observatoire chez les personnes infectées par le VIH de la grippe A de façon à pouvoir justement mesurer ces phénomènes s’ils existent.

Interview réalisée le 19 septembre 2009.