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Dépistage aux frontières | Femmes séropositives | Julie (Shaolin) et Romain

C’est les vacances ! Pour Shaolin, jeune maman séropositive, cacher ses médicaments pour voyager est « un enfer »

29 juin 2009 (papamamanbebe.net)

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Reda : C’est les vacances donc on va parler de voyager. Voyager en l’occurrence avec le VIH. On va partir en Chine, peut-être aux Etats-Unis, c’est la question qui se pose, car il y a deux ans, l’administration Bush avait annoncé la levée de l’interdiction d’entrer aux Etats-Unis pour les séropositifs.

On va essayer, pas aujourd’hui, mais mardi prochain de savoir exactement ce qu’il en est. En attendant, Marjorie et Arthur ont rencontré Shaolin, une jeune maman du Comité des familles. Elle a 35 ans et un petit garçon qui va sur ses trois ans et elle part en vacances demain. Ils sont allés à sa rencontre. Est-ce que vous vous êtes perdu en chemin ?

Marjorie : Je ne vois pas du tout de quoi tu parles Reda…

Reda : Là c’était pour partir en banlieue, pas en vacances. C’était donc hier que cet entretien a été enregistré. On écoute et on en parle après.

Son

Shaolin : Quand je suis allée à Pékin, j’ai caché mes traitements. Ca m’a pris la tête, mais d’une manière incroyable ! J’en parlai à mes pharmaciens, même à mes grands-parents qui m’ont donné des boîtes. En plus il y a des traitements qu’il faut garder au frais, donc l’enfer !

Mes grands-parents m’ont donnés des boîtes de vitamines A qu’il fallait garder au frais… J’ai tout gardé dans des autres boîtes de médicaments. Même mon pharmacien de ville qui me connaissait m’a aidé et en même temps je déclarais ma colère à tout le monde de devoir faire ça ! C’était insensé !

Effectivement il y a un formulaire à remplir : Avez-vous une maladie ? Avez-vous des animaux ? et Avez-vous le VIH ?, je crois, carrément ! Donc on coche NON. Même pour les animaux j’ai coché NON alors que j’ai trois chats, mais NON NON NON partout, comme ça on n’a pas d’embêtements. Mais je n’étais pas super à l’aise dans l’avion.

Juste après les traitements, on sert un peu les fesses et la machoire, et en arrivant à la douane, c’est pareil. Le prétexte par contre est assez tranquille puisque comme en Chine c’est une autre médecine donc je trouvais légitime d’avoir tous mes médicaments occidentaux, même si ce n’était pas ceux qui étaient dans les boîtes. En plus vu que ça faisait quelques mois que j’avais commencé mon traitement donc je mettais renseignée sur les associations qu’il y avait là-bas au cas où il m’arrivait quelque chose.

J’en ai trouvé quand même qui aidaient l’ambassade de France, enfin j’avais vraiment pris toutes les adresses au cas où il y ait quoi que ce soit. Mais ça c’est très bien passé mis à part les décalages horaires. Avec les traitements c’est aussi pas évident.

Fin Son

Reda : Marjorie comment s’est passé cet entretien, cette rencontre avec Shaolin, jeune maman qui connaît depuis fort longtemps le Comité des familles, et qui aime bien voyager ?

Marjorie : L’entretien s’est très bien passé. D’accord, on s’est paumé en chemin, je tiens à l’avouer, mais on est quand même arrivé ! Elle nous a donc expliqué son interêt pour les voyages en Asie, et comment ça se passait. En off on a fait l’analogie avec les dealeurs qui se trimbalent avec leur drogues avec eux. Elle elle partait avec sa tonne de médicaments qu’elle devait cacher, ce côté clandestin, et c’est vraiment ça qu’elle compte dénoncer.

Reda : Hadja, Tina et Carole, comment vous réagissez face à cette problématique-là ? Le fait qu’il faut soit mentir, soit renoncer à voyager, soit trimballer sa trithérapie comme si on trimballait des produits illicites… ?

Hadja : Je trouve que c’est dommage, notamment parce que j’ai remarqué que les grands pays qui organisent des conférences sur le sida, c’est chez eux qu’il y a les interdictions de voyager avec le VIH. Par exemple en 2004 je crois à Bangkok, il y avait ce même problème. On ne pouvait pas rentrer, mais bizarrement c’est eux qui ont organisé la conférence internationale sur le VIH/sida. Et je crois qu’ils ont levé l’interdiction à deux mois de la conférence.

Reda : Levé ou suspendu temporairement ?

Hadja : Je ne sais pas du tout. (Finalement l’interdiction a été définitivement levée jusqu’à ce jour, Ndlr)

Reda : Je me souviens aussi d’une conférence au Canada où il y avait 124 délégués concernés par le VIH qui avaient décidés de rester et demander l’asile. Il y a ça aussi. Tina dans la vie quotidienne, c’est possible de vivre avec le VIH, mais reste cette interdiction, cette barrière à l’entrée. Qu’est-ce que ça te fais toi ?

Tina : J’ai vraiment l’impression que pleins de portes se ferment à cause du VIH injustement. Il n’y a pas de raison ! Une personne qui voudrait voyager avec ses traitements et qui a le VIH ne représente aucun danger pour le pays mais on ferme les portes et je me dis que moi, avant de commencer un traitement, je vais faire plein de voyages parce qu’après ça va être un peu compliqué !

Reda : Et Carole, toi tu viens de faire un voyage même si tu es restée en France, de la Martinique à Paris. Est-ce que tu accepterais de te soumettre à ce genre de procédure et qu’est ce que toi tu ferais ? Mentir, cacher ces médicaments ?

Carole : Quand je fais des voyages je ne le cache pas du tout. J’ai l’ordonnance tout ça. Je n’ai jamais eu de problème à ce niveau-là. Mais personnellement je trouve ça aberrant. C’est comme un traitement pour un cancer ou quoique ce soit, tout le monde peut tomber malade !

Reda : Le VIH n’est pas une maladie contagieuse, ça ne se transmet pas par le contact, en serrant les mains ou en passant une douane. Ça se transmet par le sexe, le sang, ou de la mère à l’enfant quand il n’y a pas de médicament.

Donc départ demain pour Shaolin mais nous, on en reparlera la semaine prochaine de cette histoire. Marjorie est-ce que tu peux nous dire ce que toi, Camille et Arthur vous espérez avoir de concret pour les auditeurs sur cette question mardi prochain ?

Marjorie : Déjà on a prévu de partir dans les agences de voyages pour savoir si eux sont au courant de cette levée de l’interdiction, savoir ce qu’ils en pensent, s’ils ont des démarches à faire ou pas… On veut aussi avoir des autorités donc on a essayé de joindre l’ambassade américaine en France et l’ambassade de France aux Etats-Unis. Pour l’instant on n’a toujours pas de réponse mais pour la semaine prochaine, on espère qu’on les aura.