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Algérie | À propos du Comité des familles pour survivre au sida (2003–2013) | Génération sacrifiée, 20 ans après

Génération sacrifiée : « Il y a en France le sida du marais et le sida des banlieues »

1er décembre 2008 (Le Soir d’Algérie)

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Vingt ans après la consécration du 1er décembre comme journée internationale de lutte contre le sida, les promesses faites, alors, d’égalité des chances face au VIH sida sont loin d’être tenues. De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed Trente-trois millions de personnes séropositives dans le monde, dont la majorité vit dans la plus grande précarité, avec un accès aux soins et au traitement limité et dont la maladie participe à les exclure davantage ; 69% des personnes vivant avec le virus dans les pays en développement et qui ont besoin d’un traitement anti-rétroviral ne peuvent toujours pas en bénéficier… Des chiffres suffisamment éloquents sur ce qui reste à faire partout dans le monde.

En France, il existe un collectif « le Comité Maghreb-Afrique des familles pour survivre au sida » créé en juin 2003 qui refuse toute approche compassionnelle et affirme « qu’en France, sur 35 000 personnes décédées depuis le début de l’épidémie, 15 000 étaient des enfants de l’immigration, dans les quartiers », en fait la moitié des victimes du sida dans l’Hexagone et dont on ne parle presque jamais.

Ce comité des familles ne cesse, depuis, de lutter pour l’égalité des droits face à la maladie.

Redha Sadki, son jeune fondateur, d’origine algérienne, anime depuis 1995 une émission de radio « Survivre au sida », la seule radio qui donne la parole aux séropositifs et aux familles d’immigrés et fait entendre leurs voix, leurs revendications pour « que cessent le silence et le tabou qui règnent encore dans nos communautés autour de cette maladie » et pour faire parler les oubliés de cette maladie.

Il y a 20 ans, en banlieue, le virus du sida a décimé une génération de jeunes toxicomanes et dans les cités les nouvelles contaminations concernent, aujourd’hui, les migrants.

Dès 1998, l’association interpellait les pouvoirs publics et dénonçait le fait que le sida régressait deux fois moins vite chez les immigrés.

« Si quelque chose fait point commun, en banlieue, entre les toxicos et les migrants d’Afrique subsaharienne, c’est la pauvreté, la précarité sociale, les difficultés d’accès à l’emploi majorées par la discrimination », déclare à l’AFP, le Dr Mechali, qui soutient l’association et se consacre depuis des années à la prise en charge des malades à l’hôpital de Saint- Denis (banlieue nord de Paris).

Sida = drogue = cité = étrangers, c’est par cette équation pour le moins réductrice pour ne pas dire raciste, que résumait vendredi dernier un intervenant en évoquant la perception qu’ont beaucoup encore ici en France de la maladie.

Cette perception freine considérablement la prise en charge des malades et surtout la prévention.

« Les pauvres, la banlieue et les immigrés sont les laissés-pourcompte ».

Souvent, dans les études produites sur le sida, des énormités ont été avancées, comme celle qui réduisait l’épidémie à « une pathologie d’importation » chez les Africains noirs et à un « problème de dialogue entre les générations » pour les Arabes ».

Dans cette lutte, notait Redha Sadki à un journaliste qui l’interviewait, « Sisyphe n’est pas un mythe ».

Ce qui fait aussi blocage est ce principe toutes les fois brandi par les pouvoirs publics de ne pas stigmatiser une population par rapport à une autre alors que celle des banlieues, et les dirigeants le savent, n’a aucune chance d’avoir les mêmes possibilités d’accès, de par ses conditions sociales, aux mêmes soins.

Ces populations n’ont, a raconté un intervenant médecin, même pas droit au même type d’accueil pour se soigner.

Souvent, l’interrompe une assistante à la conférence de presse, les hôpitaux de banlieues sont dépassés ; certains services spécialisés sont même menacés d’être fermés.

Le Comité des familles lutte également pour l’accessibilité des soins aux sans-papiers.

Si jusqu’à ces dernières années, les sans-papiers atteints par la maladie ne pouvaient être expulsés, aujourd’hui des menaces, a-t-il été annoncé, commencent à poindre pour enfreindre ces dispositions.

Aujourd’hui, disent encore les responsables du Comité des familles, « le sida frappe silencieusement une nouvelle génération et explose dans nos pays d’origine.

Nous ne laisserons pas tomber nos sœurs et nos frères qui sont malades ici ou là-bas ».

Mais, a tenu à préciser Rédha Sadki, « nous avons toujours refusé d’envoyer des médicaments pour se donner bonne conscience et dédouaner les gouvernements de nos pays. » Le comité privilégie plutôt les relations directes avec les associations locales.

Quant à savoir pourquoi ce comité ne fait pas cause commune avec les grandes associations françaises de lutte contre le sida, un de ses membres a pris le soin de montrer ce qui distingue ce comité de ces associations : « Il y a le sida du Marais et celui des banlieues. » Il y a, nous a-t-on encore expliqué, les associations « paillettes », celles qui veulent contrôler la parole sur le sida et dépensent sans compter l’argent du contribuable, et la nôtre, qui s’occupe de catégories sociales moins visibles ».

« Chère Carla, vous allez annoncer lundi 1er décembre votre engagement contre le sida, notamment auprès des mères et des enfants touchés par le virus.

Au nom des mères et des pères vivant avec le VIH, nous souhaitons vous rencontrer pour vous alerter sur la situation dramatique que nous vivons au quotidien.

La situation dans les quartiers et banlieues où nous vivons est grave : notre génération a payé un lourd tribut au sida, et nous luttons pour que nos enfants grandissent dans un monde plus juste.

Votre écoute et votre soutien peuvent changer les choses. » La Carla dont parle ce communiqué est Carla Bruni, la première dame de France qui tenait, hier lundi, une conférence de presse où elle a annoncé son engagement pour cette cause et sa mission en tant qu’ambassadrice auprès du Fonds de lutte contre le sida.

Cet appel du comité, sera-t-il entendu ?

K. B.-A.