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Risques et discriminations : le palmarès des contaminations dentaires et le dentiste vu par les séropositifs

10 juin 2009 (lemegalodon.net)

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L’Institut national de veille sanitaire (InVS) a réalisé une étude sur les risques potentiels de contamination lors d’intervention médicale chez le dentiste. Si la plupart des matériaux utilisés sont stérilisés ou à usage unique, certains outils passent de bouche en bouche. Alors, y a t-il foncièrement un risque de transmission d’un virus d’un patient à un autre ? Jean-Michel Tiolet apporte des éléments de réponses.

Reda : Peut-on attraper le sida ou les hépatites chez le dentiste ? C’est une question qui suscite plein de fantasmes, ça part vite en vrille, vu l’ignorance constatée en matière de prévention et des modes de transmission du VIH et des hépatites. Marjorie et Arthur se sont rendus à l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) qui vient de réaliser une étude qui tente tant bien que mal à l’aide de modèles mathématiques, d’apporter des réponses à cette question. Alors d’abord, l’info brute, on va entendre, vous allez nous dire qui répondra à des questions pour essayer de chiffrer les risques quand on se rend chez le dentiste.

Arthur : C’est l’avis de Jean Michel Thiolet qui est docteur membre de l’InVS, l’Institut de national de Veille Sanitaire qui est chargé de la surveillance épidémiologique en France.

Interview

Marjorie : Est-ce que vous avez des chiffres à nous donner, à retirer de cette étude ?

JM Thiolet : Qu’est-ce qui ressort ? C’est qu’effectivement le risque individuel pour un individu donné de contracter une infection est très faible, il est inférieur à 1 pour 100 000 séances de soins dans la plupart des circonstances. Mais compte tenu du nombre de séances de soins dentaires réalisés en France chaque année, par contre le nombre de contaminations attendu qui a été calculé, s’il est inférieur à 1 par an pour le VIH et à moins de 2 par an pour l’hépatite C, pourrait être de près de 200 pour l’hépatite B.

Alors, en l’absence, je le répète, de stérilisation des porte-instruments rotatifs entre chaque patient, cette étude n’a pas prit en compte les éventuels procédés de désinfections et notamment des désinfections de haut niveau éventuellement pratiquées par les dentistes. Donc, un risque qui individuellement est très faible et qui n’est pas négligeable au plan de la collectivité et pour le VHB, ce chiffre justifie pleinement ces résultats, ainsi que les recommandations qui sont faîtes de stérilisation des portes instruments entre chaque patients.

Reda : Le plus gros risque ce serait pour l’hépatite B, un risque au niveau collectif mais en même temps si l’on fait partie des 200 personnes contaminées par le virus de l’hépatite B, comme qui dirait, c’est du 100%. Est-ce que Arthur et Marjorie vous avez le nombre d’actes, combien de visites chez le dentiste en France chaque année pour permettre de mesurer là-dessus, 200 cas ça représente quoi ?

Arthur : Les français vont en moyenne 2 fois chez le dentiste par an, tous les jours les cabinets dentaires voient défiler des milliers de patients, et comme le disait le docteur Jean Michel Thiolet, il ne s’agit pas des fraises, ni des ustensiles qu’utilise le dentiste, mais il s’agit des petits outils qui servent à tenir et faire tourner la fraise, qu’on a du mal à nettoyer, et ce sont ces petits instruments-là qui peuvent porter la charge virale.

Reda : D’accord, et que sait-on de la fiabilité de ce modèle mathématique, est-ce qu’il vous a présenté ça comme "ça y est on sait, on a des réponses" ? Ou bien est-ce que c’est une espèce de calcul, d’approximation, dans quelle mesure est-on dans l’approximation ?

Arthur : Alors justement, c’est un calcul complètement approximatif, ils ne sont pas allés dans chaque cabinet dentaire partout en France. Ils ont fait une moyenne avec le nombre de personnes qui vont chez le dentiste chaque année, avec le nombre de personnes contaminées, comme on a dit 200 personnes touchées par le VHB, moins de 2 pour le VHC et 1 pour le VIH, et ils ont fait une moyenne de tout ça et on sorti leur étude.

Reda : C’est pas du tout pareil puisque l’hépatite B ça peut être très grave mais ça se guérit et il y a un vaccin, l’hépatite C ça se guérit difficilement, mais dans la moitié des cas. Mais par contre pour le VIH il n’y a pas de guérison mais là on apprend qu’en fait c’est comme on l’a déjà entendu, le VIH se transmet très difficilement. Alors on va écouter cette deuxième partie de cet entretient avec le docteur Thiolet pour essayer de comprendre un petit peu comment ces chiffres ont été fabriqués par l’institut de veille sanitaire.

Jean-Michel Thiolet : On aurait pu éventuellement se baser sur l’expérience, mais dans la littérature on ne retrouve pas de transmission de virus de patient à patient pouvant être liée spécifiquement à ce défaut de stérilisation des porte-instruments rotatifs entre chaque patient. Le seul cas publié de transmission entre patients d’un virus, ne l’a été que très récemment dans des pays comparables au nôtre : en 2007 aux Etats-Unis ; c’est le seul cas publié dans la littérature, il n’y en a pas d’autre. Donc il a fallut envisager d’autres voies pour déterminer ce risque et l’évaluer et donc nous avons fait appel à des techniques de modélisations, c’est-à-dire des techniques mathématiques.

Et donc pour se faire nous avons d’abord procédé à une analyse elle-même du risque pour qu’il y ait une transmission d’un virus d’un patient à un autre patient par l’intermédiaire d’un matériel, il vous faut d’abord un patient qui soit porteur de l’un de ces virus, qu’au cours des soins qui lui sont donnés il y ait saignement, que le sang ainsi produit au cours du soin contamine l’instrument rotatif qui est réutilisé sans stérilisation entre chaque patient et qu’en suite il y est au cours de la réutilisation de ce porte-instrument rotatif une contamination d’un patient qui lui même est susceptible vis à vis de ce virus.

Et donc ce qui a été fait pour pouvoir rendre ce modèle, cette analyse en chiffre c’est donc prendre les chiffres de prévalence de portage des virus VIH, VHC et VHB aussi bien en population générale ce qui donne un premier chiffre, un premier paramètre pour notre modèle, ensuite les fréquences d’utilisation de ces porte-instruments rotatifs, les fréquences de saignement.

Ensuite ont été pris en compte la durée potentielle de survie du virus à l’intérieur de ces instruments rotatifs et enfin la proportion de sujets réceptifs dans un modèle de multiplication qui permettent d’évaluer les probabilités pour un patient à l’occasion d’un soin dentaire quel qu’il soit ou plutôt une séance chez un dentiste quelle qu’elle soit, d’être éventuellement contaminé par l’un des trois virus qui ont été étudiés.

Reda : Impossible dans cette émission de Survivreausida de parler de dentiste sans parler de ce qui se passe de l’autre côté du miroir, c’est-à-dire du côté des personnes qui vivent avec le VIH ou une hépatite, à savoir la discrimination et les refus de soins dentaires ; et donc je voulais demander à Larissa et Tina de réagir à cette discussion sur le chiffrage du risque de se retrouver avec un virus chez le dentiste, qu’en pensez vous ?

Tina : Oui, on en discute même souvent entre gens concernés, à demander : "est-ce que toi tu le dis à ton dentiste ou non ?" Moi je peux dire la réponse générale c’est de dire non ; les dentistes sont obligés, c’est leur métier de prendre les précautions, ils ne peuvent pas savoir même si la personne dit non c’est qu’elle n’a pas fait son test et qu’en vérité elle est concernée ou bien qu’elle n’ose pas le dire. On part du principe que le dentiste doit prendre toutes les mesures de sécurité pour ses patients, et donc mis à part pour une question de traitement, d’informer son médecin qu’on prend une thérapie par rapport à un soin ou un traitement qu’il veut prescrire, que ce n’est pas nécessaire ou obligatoire, moi en tous cas je dis honnêtement que je ne le dis pas à mon dentiste pour ne pas après avoir soit l’impression d’être discriminée ou bien l’être vraiment et de toutes façons on va toujours penser : " ah oui, là il a fait moins bien, parce que je suis séropositive", c’est toujours désagréable d’imaginer que le dentiste est au courant...

Larissa : Moi je demande systématiquement aux secrétariats chez le dentiste s’il prend les personnes séropositives, et je n’ai pas eu de discrimination directe, mais par contre j’ai eu des remontées de certaines personnes qui ont été discriminées par les dentistes.

Reda : Quoi qu’il en soit on sait que de nouveau s’il y a contamination dentaire, cela va être par les personnes qui ne sont pas traitées, qui ne connaissent pas leur statut sérologique et qui peuvent avoir une charge virale très élevée, et du coup sont les personnes entre lesquelles se passent la majorité des contaminations. L’autre chose que moi j’ai relevée, c’est que lorsque le docteur Thiolet de l’InVS, parle du risque, puisque dans cette émission on a beaucoup débattu à propos de l’avis suisse qui essaye de quantifier le risque pour une personne séropositive sous traitement de contaminer celui ou celle qu’elle aime, et on sait que dans l’avis suisse, il est dit que le risque est inférieur à 1 sur 100 000. Ceux qui aimeraient contester cet avis disent « attention, moins de 1 sur 100 000 c’est peut-être pas tout à fait ça, et même si c’est ça, il faut faire attention, il reste un risque très très faible mais il est là, il n’y a pas de risque 0 ».

Et on essaierait plutôt en France de faire peur par rapport à ça, alors que quand Thiolet présente le même risque, ou le même ordre de risque, il l’utilise pour rassurer… je ne sais pas si vous m’avez suivit mais il me semble que dans les deux cas on parle du même risque mais de façon totalement différente, ce qui montre bien à quel point tout est question de communication, sachant que dans un cas il s’agit de modèle clinique et dans l’autre de modèle mathématiques. Vos réactions sur le site survivreausida.net.