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Philippe Gaudin, philosophe du Conseil national du sida : « L’éducation pour la santé en général, c’est faire confiance aux gens pour qu’ils assument les risques »

14 mai 2009 (papamamanbebe.net)

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Les traitements contre le virus du sida permettent non seulement de sauver des vies mais également d’empêcher la transmission du virus. Cette nouvelle, longtemps restées confidentielle, a été portée sur la place publique par des médecins de la Commission fédérale suisse sur le sida en janvier 2008. Quinze mois plus tard, le Conseil national du sida a présenté son propre avis sur l’intérêt préventif du traitement devant les médias et les associations, à l’occasion d’une conférence de presse tenue à l’Assemblée nationale le 30 avril 2009.

George Sidéris, président de Warning : Nous recevons de façon extrêmement positive l’annonce faite par le CNS. Pour nous, cette annonce est de nature à relancer un grand espoir parmi l’ensemble des personnes homosexuelles. Je voudrais quand même rappeler une évidence, c’est que les personnes homosexuelles, très majoritairement, se protègent et protègent leur(s) partenaire(s). Je pense qu’il ne faudrait pas quand même inverser cette vision, nous sommes d’abord une communauté qui a souci des autres.

Je serai extrêmement intéressé par le fait que, aujourd’hui, la question de la prévention vis-à-vis du VIH se réinscrive dans une démarche de santé. Notre association milite depuis de nombreuses années pour cette approche de santé globale, et en particulier de santé libre. Vous savez qu’en particulier beaucoup de personnes homosexuelles ont des difficultés vis-à-vis du corps médical du fait d’une morale qui est inadéquat vis-à-vis d’eux, vis-à-vis de comportements tout à fait inadaptés, ou de discours tout simplement inadéquat vis-à-vis des personnes homosexuelles.

Est-ce que le CNS va entamer une réflexion, qui nous semble nécessaire, sur le fait de réinscrire maintenant les problématiques de VIH à l’intérieur d’une approche globale, une approche autistique de santé ? Comme vous l’aviez dit nous sommes tout à fait d’accord sur l’idée de banaliser le VIH. Il faut absolument banaliser le VIH parce que ça veut dire qu’une personne qui est contaminée ne va pas avoir peur de prendre un traitement.

D’abord nous aurons moins un phénomène de déni, c’est-à-dire que les gens vont pouvoir beaucoup plus se faire dépister. Nous pensons que la peur est un frein important vis-à-vis du dépistage, et qu’il faut agir là-dessus.

Enfin autre point, nous rappelons que depuis 2005, notre association est pour la vente libre en pharmacie des auto-tests sanguins ; et je sais que l’UMP a fait une déclaration là-dessus. Notre association est dans ce sens depuis 2005 parce que nous pensons que les personnes sont responsables et qu’elles sont tout à fait capables d’assimiler cela. Le dépistage est fondamental et il permettrait effectivement le succès vis-à-vis des traitements.

Alors est-ce que le CNS peut relancer sa réflexion sur la question des auto-tests, puisque après tout il y a des auto-tests de grossesse ? Et je vous rappelle qu’un test de grossesse n’est pas forcément une bonne nouvelle pour une femme, ça peut être un drame, un drame social très grave, et donc qui peut entraîner ce que nous savons.

Willy Rozenbaum, président du Conseil national du sida : Je crois qu’on aborde ce problème dans plein de rapport... Si vous pensez que c’est un sujet d’importance, vous pouvez nous envoyer un petit mot pour nous dire exactement sur quoi, on vous répondra. Mais je ne suis pas sûr qu’on le mettra en priorité. Sur les auto-tests, je pourrais vous faire une réponse très longue ,mais je vais vous faire une proposition : venez vous faire auto-tester, vous allez voir la tête que vous allez faire.

De toute façon je suis d’accord que c’est sans doute plus compliqué de faire la promotion du préservatif. Je suis complètement d’accord avec vous, c’est un discours un peu plus, je dirais, nuancé, mais on y arrive pour la grippe assez bien : dès que vous avez un symptôme, allez voir le médecin pour confirmer ou non, et puis prenez un traitement. Ce simple message là vous l’entendez depuis quelques jours et vous allez l’entendre pendant un bout de temps. On est dans une démarche classique de contrôle des maladies infectieuses.

Ici nous disons que si vous vous engagez dans une relation sexuelle : 1) faites-vous dépister ; 2) si vous êtes contaminé (avant de vous faire dépister mettez un préservatif, ou masturbez-vous - enfin pardon - mais prenez tout autre méthode de prévention que vous voulez).. si vous êtes positif, faites-vous traiter ; et si les 2 sont négatifs (je ne rentre pas dans les détails de la période potentielle de sa reconversion) et ben enlevez le préservatif, et puis faites un contrat de fidélité, au moins de "sécurité négociée". Est-ce que c’est si compliqué que ça ? C’est plus compliqué que de dire "mettez un préservatif" et puis finalement dans pas mal de cas, on n’en met pas.

Gaudin, du CNS : Je voudrais distinguer les messages grand public. Dr. Rozenbaum vient de parler de la transmission, parler de l’intérêt du dépistage, parler de l’intérêt de se traiter parce qu’on est séropositif et qu’il y a de véritables chances de succès. C’est un discours qui est facilement formulable pour que tout un chacun s’y retrouve. Ce n’est pas tout à fait le même cas pour quelqu’un qui est séropositif et dans lequel on va parler aussi des méthodes de prévention qu’il peut utiliser pour ne pas transmettre à autrui la maladie.

Donc c’est quand même deux registres différents : le registre population générale et le registre de la personne séropositive. Je crois que, en terme de prévention, il y a des messages ciblés qui vont être différents par rapport à des messages grand public qui visent finalement à expliquer la maladie, à faire confiance aux gens. Plus ils seront au courant des modes de transmission, de l’intérêt des traitements, des moyens de dépistage, et donc plus on aura une population dite éduquée qui fera ses choix, y compris dans les prises de risque.

D’ailleurs l’éducation pour la santé en général, c’est faire confiance aux gens pour qu’ils assument les risques. C’est le cas pour le tabac, c’est le cas théoriquement pour l’alcool. On voit bien qu’il y a la dimension publicitaire qui est derrière et qui contrecarre les messages de prévention, mais d’une manière générale c’est quelque chose de tout à fait organisable. Ca ne nous parait pas être un obstacle majeur en tout cas.

Transcription par Marjorie Bidault, Camille Dubruelh et Hélène Ducatez.