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Les déclarations du pape, une aubaine légitimatrice pour l’opération Sidaction

21 mars 2009 (F*ck le ruban rouge)

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Hier soir, une amie, jeune femme de 31 ans, me racontait la réaction de sa propre mère à l’annonce de sa séropositivité, il y a de cela 8 ans. Pour sa mère, elle serait elle-même responsable (et coupable) de sa contamination. Car pour celle-ci, catholique pratiquante, si elle n’avait jamais parlé de sexe avec ses enfants, c’était pour mieux prodiguer le message de l’abstinence jusqu’au mariage. Et hors de question, dans cet objectif, de parler du préservatif ! Cette amie craint que la médiatisation des propos du pape ne fera que renforcer le jugement de sa mère...

Voilà pourquoi les propos sur le sida des conservateurs d’inspiration religieuse — toutes tendances confondus — sont insupportables et doivent être dénoncés sans relâche.

Mais la polémique médiatique — à quelques jours de l’opération de charité télévisée menée par Line Renaud — finit par donner le sentiment que les propos de l’un d’entre eux (certes, plus haut dignitaire de l’Église catholique), rapporté par un journaliste de France 2, sont mis à profit comme une aubaine légitimatrice pour une opération de collecte de dons. En 2005, Sidaction avait mis la faible récolte sur le compte de l’interruption télévisuelle occasionnée par la mort du pape, alors qu’Arielle Dombasle avait été coupé par un flash d’info...

Dans ce brouhaha incantatoire, deux camps moralisateurs s’affrontent : d’un côté, les religieux dont le premier crime est de rendre les cibles de l’épidémie victimes de leur propre sort. En face, un regroupement hétéroclite d’associations de lutte contre le sida issues du mouvement homosexuel, des anti-cléricaux ou laïques, et des spécialistes de la prévention qui ont érigés le port du préservatif en morale, au nom de la lutte contre l’épidémie.

Les deux ont tort, car la morale n’est jamais une réponse aux besoins de santé. L’injonction à l’abstinence ou à la monogamie est vouée à l’échec. L’injonction au port du préservatif, malgré 25 ans de campagnes de prévention, n’a pas mis un terme à l’épidémie, pas plus dans les pays riches que dans les pays pauvres.

Il n’a pas été facile de retrouver une traduction fiable des propos du pape :


— Question de Philippe Visseyrias de France 2 : Saint Père, parmi les multiples maux dont souffre l’Afrique, il y a aussi en particulier celui de l’épidémie du sida. La position de l’Eglise catholique quant aux moyens de lutter contre ce fléau est souvent considérée comme irréaliste et inefficace. Aborderez-vous ce thème durant le voyage ?

— Réponse de Benoît XVI [traduit de l’italien] : Je dirais le contraire. Il me semble que l’entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est vraiment l’Eglise catholique, avec ses mouvements et ses diverses structures. Je pense à la Communauté Saint Egidio qui fait tant, de manière visible et aussi de manière invisible pour lutter contre le sida, aux religieux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont au service des malades... Je dirais qu’on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si ce n’est pas le cœur, si les africains ne s’y entraident pas, on ne peut résoudre ce fléau avec la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’accroître le problème. La solution ne peut venir que d’un double engagement : en premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui permette une nouvelle manière de se comporter les uns avec les autres, et deuxièmement une vraie attention particulièrement à l’égard des personnes qui souffrent, la disponibilité, les sacrifices aussi, les renoncement personnel pour être avec les personnes souffrantes. Ce sont les moyens qui aident et permettent des progrès visibles. C’est pourquoi, je dirais que c’est là notre double force : renouveler l’homme intérieur, donner une force spirituelle et morale pour un comportement juste dans la manière de considérer son propre corps et celui d’autrui, et d’autre part cette capacité à souffrir avec ceux qui souffrent, d’être présents aux cotés de ceux qui traversent des épreuves. Je crois que c’est là la juste réponse, que l’Eglise la met en œuvre et offre ainsi une aide très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui y participent.

Sur l’aggravation supposée du « problème », la phrase est ambigüe, car on ne sait pas si le problème dont il s’agit est celui du sida ou de la morale. Si humaniser la sexualité signifie la réduire à sa fonction dans la procréation dans le cadre d’une relation monogame, c’est triste mais cela ne fait que réitérer la vision étriquée des conservateurs religieux.

Le crime que personne ne semble avoir relevé concerne ce qui est dit sur les personnes qui vivent avec le virus. La disponibilité, les sacrifices et le renoncement sont certes des composantes de la solidarité avec les personnes atteintes. Mais l’infection à VIH se soigne, même si elle ne se guérit pas ! De ce fait, la première exigeance de solidarité, c’est de lutter pour l’accès aux traitements antirétroviraux et pour des conditions de vie permettant de vivre et de se soigner dans la dignité.

D’ailleurs, le grand débat scientifique aujourd’hui porte sur l’intérêt préventif de la charge virale : Kevin De Cock et ses collègues ont démontré à l’aide de modèles mathématiques que l’éradication de la pandémie est possible si l’accès universel au dépistage est doublé par l’accès universel au traitement. Cela rétablit l’espoir alors même que la recherche vaccinale est durablement dans l’impasse.

Les médicaments contre le virus pourrait même rendre obsolète le préservatif, car les preuves s’accumulent pour démontrer qu’ils sont efficaces pour empêcher la transmission du virus : ainsi, selon l’avis de la Commission fédérale suisse sur le sida, une personne qui prend bien son traitement antirétroviral ne serait plus contaminante sous certaines conditions !

Si le pape passe sous silence cette question, cela démontre à quelle point, pour les conservateurs religieux, le sida reste un « fléau social », alors qu’il s’agit d’abord d’une maladie, avec laquelle il est possible de vivre et d’espérer grâce au progrès de la médecine, sans le moindre recours aux incantations religieuses.

Ce silence sur l’accès aux traitements, alors même que partout sur le continent des familles luttent pour survivre au sida et pour obtenir les médicaments dont ils ont besoin, est criminel. Il est la conséquence du jugement porté par les conservateurs religieux sur ceux et celles qui vivent avec le VIH.

Mais ceux qui portent le discours moralisateur pour prôner le port du préservatif taisent également cette avancée de la recherche médicale et le débat — certes polémique — qui l’entoure devenant ainsi, paradoxalement, les complices des conservateurs religieux. Alors même que le préservatif — sans avoir besoin d’un discours moralisateur — reste un formidable outil à la fois de prévention et de contraception, et le seul, pour l’instant, qui fasse l’unanimité.

Reda

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