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Irak | Sang contaminé

Irak : Les personnes séropositives craignent des représailles

25 janvier 2009 (PLUSNews)

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BAGDAD, 21 janvier 2009 (PlusNews) - Epouse, puis maintenant veuve, Hana’a Khalil [1] s’est évanouie lorsqu’un médecin d’un hôpital de Bagdad lui a annoncé à la fin des années 90 qu’elle avait contracté le VIH. Quand elle a retrouvé ses esprits, elle ne pouvait croire ce que le médecin lui disait.

« Je me trouvais physiquement dans son cabinet, mais mon esprit était ailleurs, focalisé sur les conséquences sanitaires et sociales que j’allais devoir affronter », a-t-elle confié.

Etre séropositif en Irak est synonyme d’isolement social – et même de mort entre les mains d’extrémistes religieux, selon lesquels le virus se transmet lorsqu’une personne commet des actes indécents.

L’Irak affiche un très faible taux de prévalence du VIH : seules 44 personnes seraient séropositives selon Ihsan Jaafar, qui dirige le directorat de santé publique du ministère de la Santé, chargé de la lutte contre le VIH/SIDA.

Ihsan Jaafar a déclaré que le directorat encourageait les individus à subir des tests de dépistage et surveillait les personnes séropositives et leur famille, en leur offrant « des traitements gratuits, ainsi qu’une aide financière ».

Le mari de Hana’a a été contaminé deux années après leur mariage, au début des années 90. A cette époque, le couple avait un enfant, et avait décidé de taire la nouvelle, de peur d’être stigmatisé.

Cependant, lorsque Hana’a a appris, à son tour, sa séropositivité, elle et son époux ont décidé de dévoiler leur secret.

Bannis

« Nous étions pris de panique et avions besoin de soutien », a souligné Hana’a. « Nous en avons parlé aux parents de mon mari, avec qui nous partagions une maison, mais malheureusement, ils n’ont pas compris et nous ont demandé de quitter notre domicile, car ils avaient honte de nous », a-t-elle poursuivi.

Les parents de Hana’a n’ont pas recueilli le couple et l’enfant, ainsi, ces deniers ont décidé de louer une maison et de dire aux membres de la famille qu’ils étaient partis à l’étranger. Une dizaine d’années plus tard, le mari a succombé à la tuberculose, l’infection opportuniste la plus courante chez les personnes vivant avec le VIH.

Après l’invasion américaine de 2003, le sort de Hana’a est entré dans une nouvelle phase, alors que les extrémistes musulmans déclaraient que les personnes séropositives étaient des « pécheurs » qui devaient être tués.

« J’étais devenue comme un Bédouin, je me déplaçais d’un endroit à l’autre à la recherche d’eau et de nourriture. Mais en réalité, je recherchais de la sécurité », a-t-elle confié.

Le premier cas détecté en 1986

Le virus est tout d’abord arrivé en Irak en 1985, alors qu’une société française avait importé du sang contaminé. Les premiers cas de VIH/SIDA ont été détectés l’année suivante, chez des dizaines de personnes atteintes d’hémophilie, un trouble sanguin héréditaire, a expliqué Wadah Hamed, responsable du Centre de recherche sur le sida d’Irak.

« A cette époque, l’accès au traitement était difficile et arbitraire. Les personnes infectées étaient placées dans des établissements médicaux séparés », a ajouté M. Hamed, qui est également à la tête du programme national de prévention contre le sida en Irak.

« ...J’ai l’impression d’être un voleur qui se cache des autres... »

Quelque 482 cas ont été détectés depuis 1986, parmi lesquels 272 personnes étaient des ressortissants irakiens et le reste était des étrangers. Aujourd’hui, seuls 44 malades sont encore en vie, a-t-il précisé.

Les patients reçoivent l’équivalent de 85 dollars américains par mois de la part du gouvernement, ainsi qu’une subvention pour acheter des vêtements. Les personnes ayant été contaminées en 1985 perçoivent 200 dollars américains supplémentaires par mois.

De plus, chaque mois, elles subissent un examen médical gratuit et l’état de santé de leur partenaire et des membres de leur famille est contrôlé respectivement tous les trois et six mois. Bagdad, la capitale, dispose d’au moins 11 centres médicaux à cet effet et un centre a ouvert ses portes dans chacune des provinces du pays.

Une campagne de sensibilisation discrète

« Saisissez la chance qui s’offre à vous et subissez gratuitement un examen médical dans l’un des centres VIH/SIDA. Votre nom et vos informations personnelles ne sont pas utiles », peut-on lire sur une affiche dans le bureau de M. Hamed.

Timidement, le ministère lance une campagne de sensibilisation au VIH/SIDA, de concert avec les médias locaux, en distribuant des affiches et en organisant des ateliers.

En outre, les programmes de sensibilisation ont été inclus dans les programmes des écoles secondaires, et une ligne d’écoute a été créée afin de permettre aux populations de recevoir des conseils.

« Nous pensons que la campagne doit être discrète, car notre pays n’est pas encore prêt à aborder de tels sujets. Nous ne voulons pas déclencher un mouvement de panique et d’anxiété parmi le public en collant des affiches partout », a estimé M. Hamed.

De concert avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le ministère de la Santé irakien propose aux malades de suivre gratuitement une trithérapie antirétrovirale.

Continuer à faire profil bas

Chaque fois qu’Ammar Mohammed [2] part subir son examen médical mensuel ou retirer son paiement mensuel, il craint de rencontrer une de ses connaissances.

« J’ai l’impression d’être un voleur qui se cache des autres », a confié Ammar Mohammed qui fut choqué en apprenant fin 2006 le meurtre d’un patient séropositif soigné dans un centre médical.

« Depuis, je me suis mis à changer de centre médical de temps à autre, afin d’éviter de me faire repérer dans le même centre, chaque mois », a-t-il dit.

Les autorités irakiennes chargées de la santé et de la sécurité ne disposent d’aucune donnée sur les personnes séropositives tuées par des hommes armés.

Notes

[1] Nom d’emprunt

[2] Nom d’emprunt