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Sidaction n’est pas le Père Noël : Jeannot, papa séropositif, n’a jamais reçu de réponse à sa demande d’aide après l’agonie et le décès de son bébé

26 décembre 2008 (lemegalodon.net)

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L’émission de radio Survivre au sida et lemegalodon.net, le site qui dénonce les requins du sida, donnent la parole aux séropositifs pour savoir ce que pensent les premiers concernés de l’opération de charité télévisée organisée depuis 1994 en leur nom par l’association Ensemble contre le sida.

Sidaction 2008 : qu’en pensent les séropositifs ?

Il se prénomme Jeannot l’Élégant, un surnom qu’il utilise pour protéger ses deux fils restés vivants. Il a écrit à l’émission parce qu’il n’était « peut-être pas prévu » qu’il serait encore vivant pour témoigner :

Quand mon gosse était en train de mourir du sida... Après sa mort et son agonie qui a duré une année, j’étais resté apathique, prostré, sans réaction.

J’ai eu la faiblesse, après avoir vu les émission de récolte, de quête pour le sida, j’ai eu la faiblesse et l’innocence d’écrire une lettre pour recevoir un peu d’argent pour pouvoir faire des cadeaux pour mes deux autres enfants, pour Noël.

Je n’ai jamais reçu de réponse, à ce jour. Et j’ai survécu jusqu’à ce jour, ce qui n’était peut-être pas prévu.

Alors, je pose la question : qui a bénéficié de tous ces millions ?

Aujourd’hui, je vais bien. Divorcé, je cherche une copine, une amie. Une beurette ferait l’affaire, voir une brunette, même une blondette. J’ai 50 balais, et je pète des flammes.

Jeannot l’Élégant

Jeannot a vécu le décès de son bébé vers la fin de l’année 1994. C’était quelques mois après la première opération de télévision « Sidaction », le 7 avril 1994, qui avait permis de récolter près de 45 millions d’euros.

Voici un extrait de son témoignage :

Jeannot : J’utilise pas mon nom vis-à-vis de mes amigos. Sans fausse pudeur, à la période du premier Sidaction, j’étais malade. Il n’y avait pas de traitement comme aujourd’hui. Il y avait encore l’AZT à l’époque. Je suis resté une année avec mon petit qui n’était pas bien. Il était malade, il a agonisé pendant plus d’un an. Il était séropo et il a déclenché la maladie. C’était des maladies à répétition. Déjà, à la naissance, il était pas bien. Il a mis une année pour partir.

Moi, je me débrouille plus ou moins dans la vie. Mais pendant cette période, j’étais vraiment abattu. J’avais pas le moral. Ce qui fait que pendant une année, j’ai pratiquement rien fait. Je suis resté comme ça, sans bouger...

Puis, j’ai vu une émission, il faisait de la récolte, l’argent pour les gens dans mon cas, on va dire. J’ai d’autres gosses, donc j’ai téléphoné. Je me suis dit : bon, ils vont me donner un coup de main, je vais passer un petit Noël pour les gosses quand même, parce que j’avais rien fait de bon. J’avais ni travaillé, ni rien. J’étais pas bien.

Reda : La promesse faite le 7 avril 1994, c’était que la moitié de l’argent serait utilisée pour répondre à l’urgence dans laquelle se trouvaient les malades...

Jeannot : Et bien ça, je peut vous dire que c’est des conneries, parce que j’ai envoyé plusieurs courriers, et je n’ai jamais eu de réponse à ce jour. Je ne suis ni clandestin, ni rien. J’ai une adresse en fixe etcetera. Ils ont pris mes messages. J’ai téléphoné, j’ai écrit, j’ai fait tout ce qu’il y avait à faire. Rien.

Reda : Qu’est-ce que vous demandiez dans ces courriers ?

Jeannot : Écoutez, moi j’étais abbatu, je pensais mourir. Donc j’étais pas branché « travail », et puis j’avais le gosse qui venait de terminer sa vie. Alors, je souhaitais un peu d’argent pour pouvoir faire des cadeaux pour les gamins, pour ceux que j’avais, que j’avais un peu délaissé. Il fallait que je me reprenne en main, parce qu’on était dans une situation, voilà, quoi.

Reda : Vous nous avez écrit : « J’ai survécu jusqu’à ce jour, ce qui n’était peut-être pas prévu ». Qu’est-ce que vous entendiez par là ?

Jeannot : Moi, j’entends par là, qu’au départ la maladie c’était... Moi je voyais que ça tombait comme des mouches à droite et à gauche. Les gens mouraient. Beaucoup de gens mouraient. Moi j’étais sans arrêt malade, j’avais des maladies à répétition. Ça attaque les bronches, ça attaque de partout ce machin-là.

La déception que j’ai pris, c’est qu’ils ont ramassé des sous, ils ont fait autre chose... Je me suis renseigné, c’est pas seulement vis-à-vis de moi, mais d’autres personnes qui étaient dans mon cas et tout. Personne n’a jamais reçu d’aide. Le peu de gens que je connais, mais je ne dois pas connaître le bon milieu...

Reda : Quel était votre sentiment quand vous ne recevez aucune réponse à votre courrier, alors que vous venez de perdre votre fils ?

Jeannot : D’après moi, vous pardonnerez l’expression, ils nous ont baisé : ils ont ramassé les sous, ils ont fait la fête avec, mais ils ont pas aidés les gens avec, ça c’est des conneries. Et il y avait un paquet de batons. Je suis quand même pas idiot. D’après moi, c’était ça. C’est ma pensée intime. Maintenant, ça n’engage que moi, je n’ai pas accès aux comptes, etc. Mais moi, c’est ma pensée, parce qu’ils n’ont rien fait de bon avec ça. En tout cas, moi je n’en ai pas vu la couleur. Je veux dire, j’étais le premier concerné, j’étais en plein dans le noeud du problème. Voyez ?

Toutes les autres personnes, c’est également la même chose. Moi, j’ai l’impression qu’il y en a qui se sont gavés sur notre dos, c’est tout. Ils ont profité de notre misère pour faire des récoltes de pognon, et puis voilà. D’après moi, c’est pas autre chose. On a eu aucune réponse, c’est ça qui m’étonne. Même une réponse négative, je m’en fous, est-ce que vous comprenez ce que je veut dire ? J’écris, on me répond négativement, vous voyez ? Mais on m’a même pas fait de réponse, ni rien, donc c’est vraiment une grosse magouille pour moi.

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