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Dans les cités, le sida a décimé les "toxicos" et menace maintenant les migrants

1er décembre 2008 (AFP)

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PARIS - Il y a vingt ans en banlieue, le virus du sida a décimé une génération de jeunes toxicomanes. Des "années d’horreur" que personne ne voudrait voir revenir, à l’heure où dans les cités les nouvelles contaminations concernent dorénavant les migrants.

"Génération sacrifiée", assène Reda Sadki, animateur depuis 1995 d’une émission de radio "Survivre au sida" qui donne la parole aux séropositifs issus de l’immigration et de la banlieue.

"Au début des années 80, l’héroïne inonde les quartiers et les toxicos sont considérés comme les pires des malades, ceux dont on dit que c’est une cause perdue", raconte-t-il à l’AFP.

Travaillant depuis 20 ans à l’hôpital de Saint-Denis dans le "93", le Dr Denis Méchali a été aux premières loges. Pour lui, autant l’épidémie du sida chez les homosexuels a eu un écho médiatique grâce à certaines figures célèbres de cette communauté, autant la dimension de la catastrophe chez les "tox" de banlieue a été "un peu zappée" malgré son "extrême violence".

"Ils ont subi un certain racisme social qui a retardé la prise de conscience et le développement d’une prise en charge adaptée", estime le Dr Méchali.

"Ils s’étaient massivement contaminés, par échange de seringues, et j’ai des souvenirs de parents qui enterraient trois enfants d’affilée". Saint-Denis était "dans l’oeil du cyclone" pendant la grande vague de l’épidémie entre 1990 et 1995.

"Cinq années d’horreur. Ils tombaient comme des mouches, 80% sont morts", lâche le praticien, chef du service des maladies infectieuses et tropicales du Centre hospitalier.

L’Ile-de-France et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ont été particulièrement touchées, note le Dr Caroline Sémaille de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), rappelant qu’outre le VIH, "les usagers de drogues ont aussi pris de plein fouet l’infection à l’hépatite C".

Ben, 47 ans dont 25 ans avec le VIH, des maladies opportunes et maintenant une hépatite C au stade de cirrhose, explique les raisons qui l’ont fait basculer : "le désoeuvrement, le manque de perspective : la drogue enlève l’anxiété et donne du cran, ça permet d’oublier sa misère. On ne voit pas qu’on s’enfonce".

Il fait partie des rescapés de l’hécatombe, ceux qui ont "tenu" jusqu’à l’arrivée en 1996 des premiers médicaments efficaces. Les effets de la politique de réduction des risques commençaient aussi à se faire sentir après la vente libre des seringues (1987), les programmes d’échange de seringues (1991), les produits de substitution, Subutex (1994) et Methadone (1995).

"En 2007, les usagers de drogues représentaient moins de 2% des découvertes de séropositivité", preuve que les drogués se sont emparés des outils de prévention, se réjouit le Dr Sémaille, qui s’inquiète toutefois de la menace de l’hépatite C, sachant que 60% des toxicomanes sont déjà infectés.

En 2007, 59% des découvertes de VIH concernaient des hétérosexuels dont la moitié sont des personnes venant d’Afrique sub-saharienne, souvent implantées dans les banlieues franciliennes.

"Si quelque chose fait point commun, en banlieue, entre les toxicos et les migrants d’Afrique sub-saharienne, c’est la pauvreté, la précarité sociale, les difficulté d’accès à l’emploi majorées par la discrimination du +délit de sale gueule+", constate le Dr Méchali, qui a vu la file de ses patients changer de visage au fil des années à l’hôpital de Saint-Denis.