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Le Sida a aussi ses zones de non-droit

1er décembre 2008 (Métro)

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En France , prévention et soins délaissent encore les quartiers déshérités, pourtant très touchés.

Triste anniversaire. La Journée mondiale de lutte contre le sida a vingt ans ce lundi. Mais même si les efforts déployés depuis 1988 pour contrer l’épidémie ont eu des résultats positifs, l’épidémie n’est jugulée dans aucune région du monde. 33 millions de personnes vivent avec le VIH à travers la planète.

En France, on dénombre 134 000 personnes séropositives, dont quelque 27000 qui souffrent du sida, la forme active du virus. D’après les derniers chiffres de l’institut de veille sanitaire (InVS) publié lundi matin, sur les cinq millions de dépistages effectués en France en 2007, 10 600 se sont révélés positifs, soit 0,2%.

Mais les scientifiques estiment aussi qu’environ 36 000 personnes séropositives n’ont pas connaissance de leur contamination ou ne se font pas suivre médicalement. Et un séropositif sur cinq est dépisté à un stade avancé de l’infection. La période 2004-2007 a été marquée par une diminution globale du nombre de découvertes de séropositivité dans l’Hexagone. Les gays représentent encore 38 % de l’ensemble des nouveaux cas dépistés en 2007, mais la majorité (60%) des personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2007 ont été contaminées par rapports hétérosexuels. Et la moitié d’entre elles viennent d’Afrique subsaharienne.

" Dans la communauté africaine, sida = mort, sida = sexualité déviante, d’où la nécessité de renforcer la prévention. " Dr Denis Méchali.

Un cri d’alarme

60% de cette population, contaminée dans son pays d’origine ou depuis son arrivée en France, vit dans les banlieues des grandes villes. Des quartiers où " les toxicomanes ont été touchés de plein fouet par le VIH dans les années 80-90 ", explique Caroline Semaille, responsable du département surveillance des maladies infectieuses à l’InVS. Sur les quelque 300 séropositifs toxicomanes que le docteur Denis Méchali, responsable du service maladies infectieuses à l’hôpital de Saint-Denis, près de Paris, suivait dans les années 90, seuls 10% sont encore en vie.

Pour lui, " l’épidémie qui a décimé les usagers de drogues des quartiers est une épidémie oubliée. Et l’Etat, à l’époque, a mis beaucoup de temps à réagir. "

En attendant Line Renaud

Voilà pourquoi une association d’Ile-de-France, le comité Maghreb Afrique des familles pour survivre au sida, lance un cri d’alarme. " Sur 35 000 personnes décédées depuis le début de l’épidémie, 15 000 étaient des enfants de l’immigration, dans les quartiers ", selon les décomptes de Reda Sadki, président du comité des familles.

" Pour éviter que l’histoire ne se répète ", il incite aujourd’hui l’Etat à intensifier ses actions de prévention, lancées en 2002, auprès des populations d’origine africaine. " La prévention y est moins développée qu’auprès du reste de la population ", admettent de concert Caroline Semaille et le Dr Mélachi, pour qui " le sida est aussi une maladie de le précarité ".

Reda Sadki déplore que " les populations des quartiers atteintes par le VIH soient moins médiatisées et mobilisent moins que les associations gay parce qu’elles appartiennent à des catégories sociales moins visibles ". Et de conclure : " On attend toujours que Line Renaud (vice-présidente de Sidaction, ndlr) s’intéresse à nous… ". Serait-on face à une nouvelle épidémie oubliée, du moins à la télé ?  

Chronologie : Le sida et les pouvoirs publics

- 1978 : premier cas de sida découvert en France
- 1986 : déclaration obligatoire du sida
- 1987 : autorisation de la vente libre des seringues en pharmacie
- 1991 : programme d’échange gratuit des seringues
- 1995 : Autorisation des traitements de substitution (métadone et subutex)
- 1996 : Arrivée des premières tri-thérapies

Extrait du rapport 2006 de l’InVS :

"Une autre situation préoccupante concerne les personnes d’Afrique subsaharienne, parmi lesquelles le nombre de cas de sida a fortement augmenté entre 1998 et 2002, en association avec un dépistage souvent tardif. […] Cette population reste par contre fortement touchée par la précarité, ce qui peut induire des difficultés de suivi des traitements, avec un risque d’échecs thérapeutiques. "  

Documents joints

Métro (édition Paris) daté du 1er décembre 2008 (PDF, 521.4 ko)